2 Septembre 2026
Pinocchio: Unstrung // De Rhys Frake-Waterfield. Avec Robert Englund, Richard Brake et Cameron Bell (IV).
Après les relectures macabres de Winnie l’Ourson, Bambi ou encore Peter Pan, le Twisted Childhood Universe continue de saccager mes souvenirs d’enfance pour mon plus grand plaisir. Cette fois, c’est le petit marionnettiste en bois qui s'y colle. Sur le papier, transformer Pinocchio en monstre sanguinaire ressemble à une idée complètement stupide. Mais si l'on aime les séries B décalées et qu’on accepte le délire, l'expérience se révèle franchement marrante. Le réalisateur Rhys Frake-Waterfield ne cherche absolument pas à concurrencer les chefs-d'œuvre du genre. Avec un budget minuscule et une histoire aux coutures très visibles, le film demande de poser son cerveau à l'entrée.
Une version horrifique de la marionnette de bois.
Pourtant, contre toute attente, cette version horrifique fonctionne plutôt bien et délivre exactement ce qu'elle promet : une orgie de sang et de second degré. Ici, l'histoire commence aux côtés de James, un gamin profondément traumatisé. Orphelin depuis peu et endeuillé par la perte d'un ami, il vit complètement isolé. Pour tenter de lui redonner le sourire, son grand-père Geppetto, un inventeur un brin bizarre installé dans la campagne anglaise, fabrique une drôle de marionnette. C’est ainsi que Pinocchio prend vie. Évidemment, ce Pinocchio n’a rien du gamin modèle que l'on connaît. Il reste extrêmement naïf et saisit très mal les règles de notre monde.
Alors, quand James subit des brimades et souhaite à voix haute que ses harceleurs disparaissent, le pantin prend le souhait au pied de la lettre. C'est le début du carnage. Ce parti pris d'écriture marche bien. Le film ne transforme pas immédiatement Pinocchio en pure figure du mal. Il le dépeint plutôt comme une créature incapable de faire la différence entre le bien et le mal. Le bonhomme pense sincèrement rendre service à son nouvel ami, même si ses méthodes passent par des effusions de sang assez traumatisantes. Il ne faut surtout pas chercher de logique dans le scénario de Pinocchio: Unstrung. Les incohérences s'accumulent, les réactions des personnages manquent parfois cruellement de bon sens et certaines péripéties arrivent comme un cheveu sur la soupe.
Pourtant, ce côté bancal ne m'a pas vraiment gâché le plaisir. Le long-métrage sait exactement ce qu'il est : un divertissement rythmé, généreux en violence et sans prise de tête. En ajustant ses attentes, on passe un très bon moment. Les choix douteux des protagonistes font parfois sourire, mais le film a le bon goût d'aller vite. En un peu plus d'une heure et vingt minutes, l'intrigue va droit à l'essentiel sans perdre de temps en blablas inutiles. Du côté des acteurs, la très bonne surprise vient de Richard Brake dans le rôle de Geppetto. L'acteur, qu'on a déjà croisé dans des rôles flippants comme dans Barbarian, insuffle une vraie présence à un personnage qui aurait pu être totalement ridicule. Son Geppetto tient plus du savant fou foldingue que du vieillard tendre.
Autre apparition réjouissante : Robert Englund prête sa voix au personnage de Cricket. Pour tout amateur de cinéma d'horreur, entendre la voix de l'interprète de Freddy Krueger réserve un vrai petit plaisir de fan. Cricket devient d'ailleurs rapidement l'une des meilleures idées du métrage, avec un look et une attitude qui collent parfaitement à ce joyeux bordel. Là où le film frappe fort, c’est sur ses effets sanglants. L'équipe a largement privilégié les effets pratiques et l'utilisation de véritables marionnettes animatroniques. Le résultat surprend agréablement compte tenu des moyens financiers très limités. Têtes broyées, membres déchiquetés, mutilations crades : la boucherie est totale.
C'est tellement exagéré par moments que ça en devient comique, basculant presque dans le spectacle de guignol gore. Et c'est précisément ce ton qui sauvant le visionnage. Le long-métrage ne cherche jamais à faire réellement peur, il préfère miser sur la surenchère divertissante. Le travail visuel sur Pinocchio mérite aussi d'être souligné. Utiliser un pantin mécanique réel lui donne un côté physique extrêmement dérangeant. Ce visage figé et ce sourire en bois instaurent une vraie sensation de malaise à l'écran. Arrivé au cinquième épisode de cette saga horrifique d'un genre nouveau, le concept risquait de tourner en rond après Winnie-the-Pooh: Blood and Honey ou Bambi: The Reckoning.
Heureusement, cette itération tire son épingle du jeu grâce à une personnalité plus affirmée. Le film embrasse totalement son absurdité au lieu de se prendre trop au sérieux. En tant que critique solo, je suis ressorti de cette séance plutôt satisfait.
Note : 5/10. En bref, Pinocchio: Unstrung ne révolutionnera évidemment pas le cinéma. Il traîne des défauts évidents, un manque de budget visible sur certains effets numériques et des personnages au comportement absurde. Mais le contrat est rempli. Le rythme ne faiblit jamais, la générosité gore est au rendez-vous et le petit tueur en bois possède une vraie gueule. Si vous aimez les slashers décalés et les séries B décomplexées, ce Pinocchio vaut clairement le coup d'œil.
Sorti le 6 octobre 2026 directement en VOD
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