4 Septembre 2026
Lanterns // Saison 1. Episode 3. OutKast.
On laissait l’épisode précédent sur un vrai cliffhanger autour de Sinestro, impatients d’en savoir plus sur l'enquête de Rushville. Lanterns choisit pourtant d’effectuer un virage serré avec « OutKast » en mettant de côté le mystère du Manhunter pour se concentrer sur la jeunesse de John Stewart. Le pari pouvait sembler risqué, voire un brin frustrant au premier abord. Et pourtant, cette pause s'avère rapidement essentielle pour le récit. Ce troisième chapitre nous fait entrer de plein fouet dans le passé de John. On y découvre pourquoi le jeune homme paraît si distant, froid et presque verrouillé depuis le début.
Si j'avais un peu de mal à cerner ses motivations au cours des deux premières sorties, cet éclairage sur son enfance remet totalement les pendules à l'heure. L'une des plus grosses surprises vient du fait que l’histoire entre John et les Green Lantern ne date pas d'hier. Petit, il observait Hal Jordan à l'écran, fasciné par cette figure héroïque. Mais sous ce vernis d'admiration, le tableau familial s'avérait bien plus sombre. On apprend que son père, John Stewart Sr., a lui aussi failli porter l'anneau. Seulement voilà, face au test ultime de la peur, il a flanché. Là où Hal clamait haut et fort ne rien redouter, le père de John a admis sa terreur. Cet échec cuisant a brisé le paternel.
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Pendant que la famille assistait impuissante à sa lente déchéance, une Gardienne est venue proposer un marché troublant : former le jeune John dès son plus jeune âge pour qu'il devienne le remplaçant tout désigné de Hal. C'est l'un des meilleurs angles trouvés par les scénaristes. John n’a jamais choisi de devenir un héros. Sa trajectoire a été tracée à son insu, bien avant qu’il ne soit en âge de décider de quoi que ce soit. Dès le premier épisode, une scène montrait John gardant une pomme sur la tête pendant que son père tirait dessus. L'image paraissait poussée à l'extrême. Cet épisode lui redonne enfin du sens : John a été forgé pour bannir la peur. Son père ne l'entraînait pas, il le conditionnait.
Encaisser, obéir, ravaler ses émotions. On a fabriqué le soldat idéal pour remplir une mission imposée. Le contraste le plus marquant réside dans sa vraie nature. John aime dessiner. Il possède une sensibilité d'artiste que son éducation s'est efforcée d'étouffer au fil des ans. Ce tiraillement interne entre la création et la discipline militaire donne une épaisseur folle aux silences du personnage. Aaron Pierre utilisait déjà très bien son regard dans les premiers épisodes, mais il dispose cette fois du matériel nécessaire pour exprimer toute cette complexité. Et l'interprétation fonctionne à merveille. Au lieu de dépeindre des parents protecteurs parés des meilleures intentions, Lanterns fait le choix d'une dynamique bien plus dérangeante.
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Bernadette, la mère, voit son mari s'effondrer et accepte de livrer son fils à cette destinée pour préserver le foyer. Cet amour étouffant se transforme en une pression permanente. Chaque hésitation de l'enfant est vue comme une anomalie à corriger. Résultat : la rigidité de John en 2016 ne découle pas seulement de son parcours dans l'armée, elle vient d'une enfance passée à exécuter des ordres sans jamais pouvoir respirer. Cette plongée dans les souvenirs éclaire également la relation entre Hal et John. Hal ne s'en rend pas compte, mais son existence même a dévasté la famille Stewart. Pour le père de John, il reste celui qui a volé la place qu'il convoitait. Les échanges tendus des débuts prennent alors une toute autre valeur.
D'un côté, on a un John préparé depuis toujours à prendre la relève et qui nourrit une rancœur mêlée d'admiration. De l'autre, Hal aborde son rôle comme un simple boulot qui commence sérieusement à l'épuiser. Au-delà de la peur, l'épisode interroge surtout la notion de libre arbitre. La série suggère intelligemment que ne rien montrer ne veut pas dire ne rien ressentir. Les émotions de John demeurent enfouies sous un blindage de règles et d'autodiscipline. En cherchant à fabriquer un être invulnérable pour porter l'anneau, ses parents ont surtout créé un homme qui ne sait plus qui il est. Même si l'envie de retourner à l'intrigue de Rushville reste forte, cette parenthèse valait largement la peine.
Note : 8/10. En bref, Lanterns assume un ton plus dramatique, prend le temps d'approfondir ses protagonistes et transforme son duo principal. John n'est plus juste le bleu de service un peu rigide aux côtés d'un vétéran désabusé. Il devient un personnage à part entière, habité par des failles profondes. Le prochain épisode devra relancer l'enquête, mais le contrat est rempli : la suite s'annonce passionnante.
Disponible sur HBO max
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