10 Septembre 2026
Lioness // Saison 3. Episode 5. The Idiot Army.
Lioness continue de prendre son temps, parfois un peu trop. Avec ce cinquième épisode de la saison 3, « The Idiot Army », la série choisit d'allonger la sauce alors que la menace autour de Joe devenait critique. On fait un gros détour par les coulisses d’une opération clandestine aussi ambitieuse que moralement foireuse. Taylor Sheridan n’a jamais été du genre à faire simple. Lioness tricote en permanence entre espionnage dur, magouilles politiques, missions secrètes et drames persos, au risque de nous donner l'impression de regarder trois séries différentes en même temps. Cet épisode pousse le curseur encore plus loin. C'est parfois frustrant, parfois le bordel, mais ça reste suffisamment accrocheur pour ne pas décrocher.
Surtout, l'épisode enfonce une clou déjà bien visible : les pires ennemis ne sont pas toujours de l'autre côté du globe. L’épisode s’ouvre sur une mission qui pose le ton direct. L'équipe Lioness remet le couvert avec ses méthodes habituelles : séduction et manipulation de volée pour gratter du renseignement. Cade, un gamin coincé dans une affaire de fuite d'infos sensibles, croit passer un bon moment avant de tomber de haut. La séquence marche bien parce qu'elle amène un peu d'air et de second degré dans une saison ultra sombre. Voir le type piger au fur et à mesure qu'il s'est fait piéger comme un bleu, c'est plutôt satisfaisant. Mais honnêtement, toute cette mise en scène était-elle vraiment utile ?
La série semble tellement coincée dans ses tics de drague stratégique qu'elle en oublie qu'il existe des moyens bien plus simples d'embarquer un suspect. Même constat pour le passage avec Two Cups. C'est efficace sur le moment, mais on sent surtout le prétexte pour caser une scène aguicheuse avant de revenir aux choses sérieuses. C’est tout le paradoxe de Sheridan : il veut nous vendre un thriller d'espionnage réaliste tout en gardant un côté sexy et spectaculaire. Sauf qu'ici, l'esbroufe prend le dessus sur le fond. Le vrai cœur du sujet apparaît quand l'opération Treasure se dévoile enfin. Joe et sa bande ne traquent pas seulement des agents étrangers envoyés sur le sol américain.
Le danger vient d'abord de citoyens locaux, prêts à revendre des secrets d'État au plus offrant. Cade incarne parfaitement cette génération d'amateurs dépassés, tellement naïfs ou arrogants qu'ils s'imaginent pouvoir jouer avec des tueurs sans y laisser des plumes. Dans ces moments-là, Zoe Saldaña fait des merveilles. Elle passe d'une seconde à l'autre de la mère de famille dépassée à l'agent glacial qui pourrait vous démonter sans ciller. Son personnage n'a plus aucune patience pour les idiots qui jouent aux apprentis espions. Cade passe pour un guignol face à elle, convaincu d'être intouchable jusqu'au retour de bâton.
L'interrogatoire rappelle d'ailleurs pourquoi Joe porte la série : elle ne braille pas, elle observe, pousse le mec dans ses retranchements et le laisse s'étouffer tout seul avec ses mensonges. Cette saison 3 affine aussi le duo entre Joe et Kyle. Leurs méthodes diffèrent, mais la logique reste la même : quand il s'agit de sécurité nationale, les lois deviennent très optionnelles. L'épisode monte en intensité avec des méthodes d'interrogatoire musclées, des coups de pression limites et une frontière de plus en plus floue entre devoir et règlement de comptes. La question centrale revient constamment : jusqu'où le pouvoir peut-il aller pour se protéger ? Évidemment, personne n'est d'accord dans les bureaux chauffés de Washington. D'un côté, le groupe de terrain ramène des résultats.
De l'autre, leurs méthodes sont une bombe à retardement politique si ça fite dans la presse. La guerre d'égos et de chasses gardées entre le FBI, la CIA et la Maison-Blanche devient presque plus prenante que le travail sur le terrain. Reste un problème récurrent : la série étouffe parfois sous le poids de ses propres explications. Entre les rappels de procédures, les classifications défense et le jargon juridique, le rythme en prend un coup. On se surprend à vouloir que ça accélère. Heureusement que Morgan Freeman passe par là pour poser sa voix et rappeler à tout ce beau monde d'arrêter de mesurer son périmètre pour enfin traiter le problème. On comprend aussi que le réseau visé est bien plus vaste qu'imaginé, avec des taupes planquées à des postes stratégiques.
C'est là que la saison trouve son second souffle. Plutôt que de tout nettoyer à la dure, Joe préfère retourner ces agents pour remonter la chaîne. Classique, mais toujours efficace. Ce qui interpelle le plus, c'est la structure temporelle. On passe la majorité de l'épisode à suivre les événements qui ont mené au drame, alors qu'on sait pertinemment que Joe va finir par se faire capturer. La menace plane en permanence. L'opération avance, les enjeux politiques grimpent, mais une seule question compte vraiment : comment Joe bascule-t-elle dans le piège ? Les dernières minutes remettent enfin la pièce dans la machine. Joe débarque dans un lieu inconnu, et un détail visuel bien senti pointe directement vers la piste russe.
La coupe est nette, le suspense relancé. Après avoir accumulé les explications théoriques, la série se rappelle enfin que son héroïne est dans le viseur. Ce cinquième épisode n'est clairement pas le plus fluide. Ça s'éparpille, ça parle beaucoup et certaines sous-intrigues auraient mérité un bon coup de rabot. Pourtant, la sauce prend encore. C'est la force de Lioness : même quand l'écriture s'emmêle les pinceaux dans le jargon, la dynamique générale ne retombe pas complètement. Zoe Saldaña tient le navire à bout de bras et installe une tension permanente.
Note : 6/10. En bref, « The Idiot Army » fait office de gros épisode de transition. Il ne tranche rien pour l'instant, mais il pose les pions pour le final. Reste à espérer que la série arrête maintenant de tourner autour du pot. Joe est dans la nacelle, la guerre est à sa porte, il serait temps de passer aux choses sérieuses.
Disponible sur Paramount+
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