Treasure & Dirt (Mini-series, 6 épisodes) : quand le désert australien vole la vedette à l'enquête

Treasure & Dirt (Mini-series, 6 épisodes) : quand le désert australien vole la vedette à l'enquête

Avec ses six épisodes, Treasure & Dirt débarque comme un thriller australien qui coche en apparence toutes les cases du polar classique, mais avec une petite touche poisseuse bien à elle. Adaptée du roman de Chris Hammer, cette mini-série pose ses caméras à Nulla, une ville minière fictive paumée au milieu de nulle part. Tout commence par un meurtre particulièrement barbare qui vient secouer une communauté déjà au bord du gouffre. Si la série m'a accroché, ce n'est pas tant pour savoir qui a fait le coup. Son vrai point fort réside dans son décor, ses figures locales borderline et cette impression pesante que Nulla vit totalement coupée du reste du monde. 

 

Un mineur décapité dans une ville d'opale entraîne les détectives Ivan Lucic et Nell Buchanan dans un réseau complexe de secrets, de cupidité et de péchés enfouis dans le désert.

 

On met les pieds dans un endroit poisseux où les lois habituelles n'ont plus cours et où chaque nouvel arrivant ajoute une couche de mystère à une intrigue déjà bien tordue. L'histoire démarre sans tarder. On suit Ivan Lucic, un inspecteur taiseux joué par Michael Dorman, dépêché sur place après la découverte d'un corps décapité dans une mine d'opale. Sur le papier, l'accroche ressemble à mille autres polars. Le flic de la grande ville débarque dans une petite communauté fermée, gratte un peu sous la surface et réalise très vite que tout le monde a un squelette dans son placard. Sauf que Treasure & Dirt évite le piège du pur copier-coller. Ivan est un type abîmé, très renfermé, franchement pas ravi à la perspective de bosser en équipe. 

 

Il se retrouve collé à Nell Buchanan, incarnée par la très juste Liv Hewson. Nell connaît Nulla comme sa poche, mais elle y porte un regard ambigu, comme si elle n'y avait plus vraiment sa place. Ce duo en opposition marche vraiment bien. Leur relation prend le temps de s'installer sans bouffer tout l'espace. L'enquête reste le fil conducteur, mais ce sont clairement les personnages et leurs failles qui donnent du relief au récit. Ce qui fait la vraie personnalité de la série, c'est Nulla elle-même. Cette ancienne cité minière semble tout droit sortie d'un rêve éveillé. Le désert s'étend à perte de vue, les bicoques tombent en ruine et la chaleur écrasante donne presque l'impression d'observer les personnages à travers un mirage. 

 

La réalisation réussit ce tour de force : rien n'est surnaturel, mais un sentiment d'étrangeté constante flotte dans l'air. Les habitants ont chacun leurs toc, leurs secrets et leurs techniques pour tenir le coup dans cet environnement hostile. Même la police locale fonctionne au feeling. La sergente Pat Richter préfère gérer les embrouilles avec sa propre logique plutôt que de sortir le manuel de procédure. Nulla ressemble à un bled oublié de tous, où la population a fini par fabriquer son propre code de conduite. C'est là que Treasure & Dirt dépasse le simple polar : on cherche autant à démasquer le tueur qu'à comprendre le mode de fonctionnement de cette micro-société.

 

La galerie de portraits vaut son pesant d'or. Entre les chercheurs d'opale illuminés, les notables locaux, les hommes d'affaires louches et les gourous mystiques, la série aurait pu sombrer dans la caricature facile. Pourtant, la mise en scène intègre tout ce monde avec beaucoup de naturel. Prenez le maire autoproclamé : son comportement frôle parfois le ridicule, mais la série traite son comportement loufoque comme une banalité du quotidien. Cela donne un humour très sec, presque absurde, qui détonne gentiment au milieu de toute cette violence. D'autres figures viennent pimenter le tout, comme Robby Inglis, un milliardaire de la tech venu s'égarer dans la poussière, ou David "The Seer", une sorte de guide spirituel plutôt inquiétant. 

 

La série parvient à mélanger des thèmes qui n'ont rien à voir ensemble : la ruée vers l'opale, le crime organisé, les dérives sectaires et les traumatismes personnels. Étonnamment, le tout tient debout grâce à ce décor aride où l'on finit par croire que n'importe quoi peut arriver. Visuellement, Madeleine Gottlieb exploite à merveille l'isolement. Le désert n'est pas un simple fond d'écran, il pèse sur le mental de chacun. La poussière, l'immensité et le silence finissent par créer une sorte de gravité propre à la ville. Les plans isolent souvent les flics dans de grands espaces vides, accentuant cette sensation qu'on ne repart jamais vraiment de Nulla. On retrouve un côté western moderne très plaisant, appuyé par une bande-son minimale qui laisse respirer les scènes. 

 

La série ne cherche pas à caser un rebondissement toutes les cinq minutes, ce qui pose une vraie ambiance, même si cela amène parfois quelques petites longueurs. Pour être tout à fait honnête, il faut un petit temps d'adaptation. Les deux premiers épisodes forcent un peu trop sur le côté étrange et l'enquête piétine parfois. Mais la machine trouve son rythme dès que l'écriture creuse la psychologie d'Ivan et de Nell. Ivan gagne en profondeur quand ses démons refont surface, et Nell évite brillamment le cliché du guide local. Passé le milieu de saison, les pièces du puzzle s'assemblent beaucoup mieux et l'histoire devient franchement prenante. Les lecteurs du bouquin de Chris Hammer seront peut-être un peu déstabilisés.

 

 La mini-série prend des libertés sur le ton en poussant le curseur vers quelque chose de plus stylisé, voire plus perché. Certains regretteront sans doute le réalisme du livre, mais j'ai préféré prendre cette adaptation pour ce qu'elle est : une proposition télévisuelle qui assume son grain de folie plutôt que d'appliquer une formule vue cent fois. Au final, Treasure & Dirt laisse l'image d'un voyage télévisuel assez singulier. L'intrigue policière fait le job, mais ce n'est pas ce qu'on retient une fois le générique de fin déroulé. On garde surtout en tête ces visages cassés, cette poussière omniprésente et cette ambiance bizarre où tout semble légèrement de travers. 

 

Malgré quelques baisses de régime, la série a suffisamment de gueule pour sortir du lot. Le crime n'est qu'un prétexte pour explorer l'isolement et la folie douce qui s'empare des hommes quand ils vivent trop longtemps loin de tout. Rien que pour cette plongée étouffante dans le désert australien, le détour vaut clairement le coup.

 

Note : 7/10. En bref, Treasure & Dirt laisse l'image d'un voyage télévisuel assez singulier. L'intrigue policière fait le job, mais ce n'est pas ce qu'on retient une fois le générique de fin déroulé. On garde surtout en tête ces visages cassés, cette poussière omniprésente et cette ambiance bizarre où tout semble légèrement de travers. 

Prochainement en France

 

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