Adults (Saison 2, 8 épisodes) : la série gagne en maturité

Adults (Saison 2, 8 épisodes) : la série gagne en maturité

Il existe un piège classique dans les séries racontant la vingtaine. Appartements partagés à New York, boulots précaires, galères sentimentales et soirées qui dérapent : le risque de tourner à la caricature guette à chaque coin de rue. Avec sa première saison, Adults avait déjà saisi l'essentiel de son sujet. Ses cinq héros vivent comme des grands, mais avancent totalement à tâtons, sans la moindre notice explicative. Pour sa deuxième saison sur FX, la comédie conserve son point de départ. Cinq amis new-yorkais, un grand appartement commun et un enchaînement de choix absurdes. 

 

Pourtant, la dynamique a changé. Les répliques tombent plus juste et le groupe commence à sortir de sa zone de confort. L'écriture gagne en finesse, rendant cette suite bien plus prenante. Issa, Anton, Paul Baker, Samir et Billie possèdent toujours cette capacité unique à transformer un problème bénin en catastrophe générale. La différence majeure réside dans le traitement des personnages. Le scénario dépasse le simple stade de la vanne pour explorer ce qui motive chacun d'eux. La colocation fonctionne grâce à ce mélange de névroses. Issa reste imprévisible et franchement irresponsable. Anton s'efforce de plaire à tout le monde au détriment de ses propres besoins. 

 

Paul Baker traverse la vie avec une nonchalance apparente, même si ses choix personnels se compliquent. Billie, la plus structurée du groupe, traverse une phase d'incertitude totale. Samir, de son côté, veut si bien faire qu'il provoque régulièrement l'effet inverse. Ces traits de caractère ne servent plus seulement de ressorts comiques. Ils deviennent la source directe des tensions du groupe. Une comédie basée sur cinq amis fusionnels risque vite de tourner en rond si aucun enjeu ne vient bousculer le quotidien. Dans cette saison 2, la vraie menace reste le passage du temps. Les carrières prennent des directions différentes, les sentiments évoluent et la réalité rattrape la colocation.

 

Le rapprochement entre Anton et Paul Baker constitue le fil conducteur de cette étape. Loin des romances artificielles conçues pour faire durer le suspense, cette intrigue prend le temps de s'installer. La situation reste délicate. Les sentiments sont évidents, mais aucun des deux ne souhaite sauter le pas. Paul Baker doit gérer sa relation compliquée avec Issa, tandis qu'Anton ne peut plus masquer ce qu'il ressent. La série évite le piège du mélodrame instantané. L'attraction passe par des détails : un regard en coin, des silences pesants, des quiproquos ou des réactions complètement décalées. Cette retenue montre une réalité plus vaste sur le groupe. 

 

Ces cinq colocataires passent leurs journées ensemble, mais ils peinent à communiquer ouvertement.  Préférer l'humour aux conversations sérieuses a ses limites, et le système finit par se fissurer. L'un des moments forts de ces nouveaux épisodes repose sur un pitch absurde : l'intrusion d'un raton laveur dans l'appartement. L'incident survient alors que la bande subit encore les effets du LSD. Ce qui aurait pu être un simple gag devient un exercice d'improvisation et de panique collective assez jouissif. Sous la comédie visuelle, l'épisode raconte autre chose. Ces cinq jeunes gèrent une crise absurde avec une organisation désastreuse, à l'image de leur vie personnelle. 

 

Ils affrontent un animal sauvage plus facilement qu'ils ne révèlent leurs faiblesses. Adults utilise ainsi le chaos extérieur pour révéler le désordre intérieur, une formule qui fonctionne ici à merveille. La série traite de l'âge adulte sans tomber dans le discours moralisateur. Travail, argent, vie de couple, famille ou ambitions professionnelles : tous ces sujets s'intègrent naturellement au milieu d'un dialogue ou d'une soirée ratée. À 25 ans, la frontière entre indépendance et bricolage quotidien demeure floue. Il faut assumer ses factures et ses choix sans avoir toutes les cartes en main. Le personnage de Billie illustre parfaitement ce décalage. Son apparente rigide s'effrite, révélant une peur classique de l'avenir. 

 

Voir ses certitudes voler en éclat apporte une vraie dimension comique et touchante. La saison 2 élargit le cadre en montrant les personnages en dehors du logement familial. Les apparitions de guests comme Raven-Symoné ou Zosia Mamet viennent enrichir le récit sans écraser le casting principal. Au lieu de capter toute l'attention, ces visages connus mettent en valeur de nouvelles facettes chez les héros. La confrontation entre Raven-Symoné et Anton donne lieu à d'excellentes scènes. Ces détours rappellent judicieusement que la colocation ne résume pas toute leur existence. Chacun possède ses propres contraintes familiales ou professionnelles.

 

Le principal regret concerne le format. Huit épisodes de vingt minutes représentent un volume très réduit. L'ensemble se visionne rapidement, presque trop. Certaines sous-intrigues méritaient un peu plus de champ. Quelques conflits apparaissent et trouvent une solution accélérée pour respecter le rythme de la saison. Une comédie de groupe gagne à laisser respirer ses situations. Si la qualité reste au rendez-vous, cette contrainte temporelle bride parfois le potentiel de la série. Alors que la première saison cherchait ses marques, cette suite affirme son identité. 

 

Adults demeure une sitcom efficace, mais elle gagne en épaisseur. Elle capte ce moment charnière où les amitiés doivent s'adapter aux changements individuels. Vivre ensemble rassure, mais évoluer au même rythme demande des efforts. C'est cette sincérité qui fait la force de ces huit épisodes. Derrière les blagues et les situations loufoques se dresse le portrait d'une génération qui apprend à accepter l'imprévu. 

 

Note : 8.5/10. En bref, Adults signe une saison 2 équilibrée et fluide. Malgré sa brièveté, elle confirme tout le potentiel de sa bande de comédiens et donne envie de voir jusqu'où cette colocation peut tenir.

Disponible sur Disney+

 

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