Trigger Point (Saison 4, 6 épisodes) : c’est gros, c’est absurde mais impossible de décrocher

Trigger Point (Saison 4, 6 épisodes) : c’est gros, c’est absurde mais impossible de décrocher

Certaines séries traversent les années de façon surprenante. Trigger Point fait clairement partie de cette catégorie. Après trois saisons à mettre Lana Washington au milieu de galères pas possibles, la série revient avec six nouveaux épisodes. En démarrant cette quatrième saison, la question se pose naturellement : jusqu'où peut-on pousser une démineuse face à un réveil qui tourne et un tas d'explosifs sans tourner en rond ? La troisième saison m'avait laissé sur ma faim. J'étais donc curieux d'observer la suite. Le concept de départ reste bon : une brigade de déminage sous pression au cœur de Londres, ça fonctionne tout de suite. C'est plutôt l'exécution qui me chiffonnait. 

 

Un peu trop mécanique, trop concentrée sur le bruit des détonations et avec une héroïne envoyée au casse-pipe toutes les dix minutes. Cette quatrième saison ne cherche pas à modifier sa recette. Dès le premier épisode, le ton est donné : voiture piégée, cible hautement stratégique, flics dépassés et Lana propulsée au milieu du marasme dans des conditions ingérables. Le problème, c'est que l'escalade monte d'un cran. Les attaques se multiplient dans la capitale anglaise, et cette surenchère donne rapidement l'impression que chaque épisode doit absolument dépasser le précédent. C'est à ce moment-là que la fatigue pointe le bout de son nez. La série maîtrise l'art de faire monter le stress. 

 

Les moments où des civils se retrouvent pris au piège fonctionnent toujours. Le montage vif et le rythme soutenu imposent une vraie tension. Mais après quatre ans, l'effet de nouveauté s'estompe. La montre qui défile, les ordres balancés à toute vitesse dans le talkie-walkie, les choix de dernière seconde... le schéma commence à se voir. Par moments, le visionnage ressemble presque à une partie de jeu vidéo. Lana parcourt la ville, esquive des tirs, monte sur les toits, désamorce une charge puis fonce vers la suivante sans prendre le temps de respirer. Les situations deviennent parfois si énormes qu'il faut carrément poser son cerveau sur la table de chevet pour apprécier le spectacle. 

 

Ce n'est pas gênant si l'on sait à quoi s'attendre, mais la perspective change. Heureusement, l'écriture du personnage principal offre une belle surprise cette année. Après avoir encaissé sans rien dire pendant des années, Lana commence à faire le tri dans sa tête. Les séquences chez la psychologue montrent une femme nettement plus vulnérable. Le trait manque un peu de finesse, mais ce ralentissement fait du bien. Lana cesse d'être une simple machine à couper des fils rouges et bleus. Elle apparaît rincée, abîmée par les événements passés, incapable de feindre que tout va bien. Ces passages apportent un peu de matière à une figure souvent cantonnée à son gilet pare-balles. Vicky McClure gère très bien cet aspect. 

 

Elle s'impose particulièrement dans le calme, sans avoir besoin de courir ou de hurler. Son visage fermé en dit long, et c'est dans ces instants que l'empathie revient. Le scénario accorde également plus d'espace à Helen Morgan. D'abord installée comme une seconde un peu verte, elle prend de la bouteille. Son histoire personnelle rejoint les enjeux de la menace globale, ce qui renforce l'intérêt autour de son rôle. Helen doit trancher, faire face à ses doutes et supporter une pression permanente. Ces séquences surpassent pas mal de moments d'action brute, prouvant que l'intrigue gagne en force dès qu'elle s'intéresse à ses visages plutôt qu'à la casse matérielle. Sur le plan de la casse, l'équipe n'a pas lésiné sur les moyens. 

 

Les épisodes trois et quatre franchissent un seuil important en posant une bombe nucléaire sur la table. Là, difficile de ne pas esquisser un sourire devant une telle surenchère. Après les véhicules piégés et les prises d'otages répétitives, la série cherche visiblement à battre son propre record. Le résultat donne un ensemble spectaculaire, mais pas nécessairement plus captivant. Les deux derniers épisodes poursuivent sur cette lancée. La recherche de l'engin dans un cadre ultra-tendu avec un événement sportif majeur en fond remet une couche de stress, au milieu de décisions politiques absurdes et d'un sprint final effréné. Techniquement, l'ensemble tient la route. La réalisation reste solide, les scènes d'action sont bien découpées et certains passages font réellement retenir leur souffle. 

 

En revanche, la qualité des dialogues laisse encore à désirer. Beaucoup de lignes servent uniquement à expliquer l'action en cours ou à venir. Les échanges manquent de naturel, les protagonistes parlant parfois comme des notices explicatives vivantes. Pourtant, l'ennui ne s'installe pas vraiment. C'est toute l'étrangeté de cette saison. Les ficelles sont grosses, les réactions prévisibles, les erreurs stratégiques arrivent au pire moment, mais le divertissement fonctionne malgré tout. Trigger Point assume son statut de blockbuster télévisuel. Il faut accepter ce contrat pour avaler les six épisodes. Le final s'inscrit dans la continuité logique des événements. Les indices semés sur l'avenir de Lana laissaient deviner la trajectoire, notamment cette envie de lever le pied. 

 

La série s'amuse avec l'idée d'un départ, mais la routine reprend vite le dessus. Lana reste égale à elle-même, portant toujours la structure sur ses épaules, même si le monde autour d'elle gagnerait à prendre un peu d'air. Au final, ce chapitre quatre apporte plus de satisfaction sur le plan psychologique que le précédent, tout en perdant des points sur la crédibilité globale. Le traitement de Lana et d'Helen ainsi que quelques montées d'adrénaline sauvent les meubles, mais la surenchère permanente atteint sa limite. Entre une menace nucléaire, un stade plein à craquer et une héroïne increvable, difficile de voir comment la suite pourrait surenchérir sans tomber dans le ridicule complet.

 

Ma relation avec cette série reste ambiguë. On râle devant les dialogues maladroits et les situations improbables, mais quand le chronomètre se met à tourner et que Lana transpire sur ses câbles, le regard reste scotché à l'écran. Cette quatrième saison ne révolutionne rien. Elle affine la psychologie de ses personnages tout en appuyant trop fort sur le champignon de l'action spectaculaire. Une série efficace quand elle accepte de poser se poser deux minutes, mais qui ressemble trop souvent à une attraction de foire dès que les explosions s'enchaînent.

 

Note : 5.5/10. En bref,  ce chapitre quatre apporte plus de satisfaction sur le plan psychologique que le précédent, tout en perdant des points sur la crédibilité globale. Le traitement de Lana et d'Helen ainsi que quelques montées d'adrénaline sauvent les meubles, mais la surenchère permanente atteint sa limite.

Prochainement en France

 

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