CIA (Saison 2, épisodes 1 et 2) : secrets de famille et trahisons
Après un final de première saison plutôt mouvementé, CIA revient avec deux épisodes qui recadrent tout de suite les enjeux pour Colin Glass et Bill Goodman. On repart sur le terrain avec une affaire d'anciens agents corrompus, mais le vrai gros morceau concerne la famille de Bill et ses zones d'ombre, sans oublier l'ombre de Toni qui plane toujours au-dessus de Colin. La série essaie clairement d'épaissir ses personnages tout en gardant son rythme d'investigation habituel. Ce qui me motive à suivre cette reprise, c'est surtout la dynamiques entre nos deux compères. Le duo fonctionne mieux, le bloc est plus solide, mais les zones de non-dits continuent de mettre du sable dans rouages.
Les affaires de la semaine tombent parfois dans la facilité, c'est vrai, mais les dossiers personnels reliés aux héros rattrapent le coup et donnent vraiment envie de voir la suite. La saison démarre fort avec une ouverture violente en haute mer. Un type nommé Kip, tranquillement posé sur un yacht, se fait liquider sans sommation par un tueur qui repart avec un coffre rempli de billets avant d'envoyer le corps par-dessus bord. Une entrée en matière classique mais efficace pour lancer une enquête qui va déterrer des cadavres de la CIA vieux de plusieurs années. Côté perso, Colin fait du Colin. Il enchaîne les rencards sans s'attacher, jusqu'au moment où un rencard lui glisse une info utile : Lalo Cabrella, un gros morceau de cartel recherché depuis un bail, traîne dans le coin.
Chassez le naturel, l'agent reprend vite le dessus. Il répète à qui veut l'entendre qu'il a définitivement tourné la page Toni, mais vu comment la saison précédente s'est terminée, personne ne le croit vraiment. Bill fait lui aussi son retour au bureau, trois semaines après la mort de son père. Il prétend que tout va bien, qu'il a encaissé le coup, mais dans les faits, c'est une autre histoire. Il manque de concentration, esquive le sujet dès qu'on parle de deuil et se ferme comme une huître. Colin le repère immédiatement et tente de creuser la question, conscient qu'un partenaire distrait sur le terrain, c'est un danger pour deux. J'aime bien cette manière d'aborder les failles de Bill.
C'est un mec ultra carré qui veut toujours garder la main, sauf que là, son refus de flancher devient toxique pour lui-même. Sur une intervention tendue, le moindre retard à l'allumage se paye cash, et Colin a totalement raison de le recadrer sur la confiance. Pour l'enquête pure, on tourne autour d'une vieille opération de la DEA qui a dérapé, où des agents auraient détourné une fortune. Mitch et Kip sont mouillés jusqu'au cou, et les cadavres qui s'accumulent prouvent que quelqu'un fait le ménage pour faire taire les témoins. Le bémol, c'est que les scénaristes manquent un peu de finesse. Les projecteurs se braquent vite sur Keith, un agent trop louche pour être net, et les indices s'empilent si vite qu'on devine la résolution bien avant la fin.
C'est divertissant, mais sans grande surprise. Heureusement, le vrai déclic de l'épisode vient de ce fameux billet de train pour Tbilissi datant de 1998, retrouvé dans les papiers du père de Bill. Colin comprend direct que ce bout de papier relie le daron à une période sombre de l'agence. Découvrir que le père de Bill traînait aussi ses guêtres à la CIA remet complètement en cause ce que le fils croyait savoir sur sa propre famille. C'est ce fil rouge-là qui m'accroche vraiment, plus que la chasse au tueur de l'épisode. Le deuxième épisode change d'ambiance et laisse tomber la corruption locale pour s'attaquer à une affaire d'espionnage plus internationale. On fait la connaissance de Viktor, un agent russe empoisonné au ricin qui sait qu'il n'en a plus pour très longtemps.
Il vient trouver Colin pour retrouver son empoisonneur, avec en monnaie d'échange des informations cruciales pour sauver des infiltrés américains à Moscou. L'histoire grimpe d'un cran : la Russie prépare un coup de filet contre les taupes américaines, et Viktor a refusé de jouer le jeu, ce qui lui vaut sa condamnation à mort. Colin et Bill doivent trier les mensonges et remonter la piste jusqu'à un dénommé Gregor, protégé par son statut diplomatique. Ce dernier finit par lâcher un nom : Pasha, le cerveau qui prépare le kidnapping d'une femme détenant des données sensibles. Pour éviter le drame, l'équipe monte un piège et c'est Teddy, la nouvelle analyste, qui sert de doublure à la cible.
Ça permet de la sortir un peu de derrière son écran et de lui balancer une bonne dose de stress sur le terrain. L'action est bien rythmée, même si l'enchaînement repose parfois sur d'énormes coïncidences qui arrangent bien le scénario. Mais le cœur de l'épisode est ailleurs. Si Viktor prend autant de risques avant de mourir, c'est surtout pour revoir une dernière fois la femme qu'il a aimée et abandonnée des années plus tôt à cause de son boulot d'espion. Son ultime souhait : assister à son concert dans l'ombre avant de s'éteindre. Cette touche d'humanité fonctionne très bien. Viktor n'est pas juste un indicateur jetable, c'est un miroir tendu à Colin. Les deux hommes partagent le même constat amer : ce job détruit systématiquement la vie personnelle.
La scène du concert dégage une vraie mélancolie. Viktor s'éteint sans pouvoir réparer ses erreurs, tandis que Colin prend de plein fouet la réalité de ses propres sentiments pour Toni. Ses discours de façade sur la page tournée ne tiennent plus du tout la route. Ces deux épisodes montrent bien que le duo reste le vrai moteur de la série. Ils apprennent à bosser ensemble, mais ils n'ont pas la même vision de l'honnêteté. Bill supporte mal les mensonges de Colin, alors que Colin continue d'agir en solo sans mesurer l'impact de ses secrets sur ceux qui l'entourent. Bill prend d'ailleurs une décision importante en révélant son métier d'agent à sa fiancée Katie. Il refuse de reproduire la culture du secret de son père et tente d'être transparent.
C'est noble, mais dans ce milieu, dire la vérité à ses proches est souvent le meilleur moyen de leur amener des emmerdes. De son côté, Colin essaie de faire le ménage. Il brûle les documents sur Toni pour se prouver qu'il passe à autre chose, mais garde discrètement une photo d'elle. Un petit geste qui confirme ce qu'on savait déjà : cette histoire est très loin d'être réglée. Ce lancement de saison prépare le terrain de manière intéressante, même si tout n'est pas parfait. Les enquêtes manquent un peu de mystère et la résolution des affaires va parfois trop vite. Par contre, le traitement des personnages et de leurs failles est nettement plus réussi que l'an dernier.
Le mystère autour du père de Bill, la nostalgie amère de Colin et le retour inévitable de Toni donnent un ton plus mûr et plus intime à cette suite. On sort du simple choc de méthodes entre le FBI et la CIA pour parler du coût humain de ce métier. C'est cet aspect-là qui me donne envie de revenir la semaine prochaine, en espérant que la série prenne le temps de bien développer ses intrigues personnelles sans tout bâcler.
Note : 6/10. En bref, un début de saison 2 efficace sur le plan dramatique, qui brille par l'évolution de ses personnages et ses secrets de famille poignants, malgré des enquêtes criminelles un peu trop prévisibles. Une reprise prometteuse qui séduit davantage par la complexité de son duo principal que par la pure intrigue policière.
Prochainement en France
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