5 Octobre 2026
Certaines séries captivent dès le premier épisode parce qu’on sent exactement où elles veulent nous emmener. DANG!, la comédie animée pour adultes de Netflix, choisit une tout autre option. Elle préfère profiter du voyage, rouler sans trop se soucier de l’arrivée et voir ce qui se passe en chemin. Après ces six premiers épisodes, le constat reste partagé. On passe un moment plutôt sympa, le rythme est là et l'ensemble se regarde tout seul, mais il reste ce petit goût d'inachevé. On sent clairement que la série aurait pu aller plus loin. Imaginée par Andrew Law, qui double aussi le personnage principal, la série pose le décor autour d'une famille au bord du bazar permanent.
La vie, amusante et chaotique de deux frère et soeur, bascule lorsque leur pire cauchemar se réalise : leur sœur aînée, très ambitieuse, débarque et veut passer du temps avec eux.
Andrew et Eunice squattent New York avec une méthode bien à eux : transformer le désordre en routine. C’est alors que Ruthie, leur grande sœur, recroise leur route. Elle est enceinte, stable, installée dans sa vie pro, et donne l’impression d’avoir capté les règles du jeu. Soit exactement tout ce que ses deux cadets ne sont pas. Autant dire que le retour à trois ne se fait pas dans le calme. C’est justement ce trio qui fait tenir l’ensemble. Le grand intérêt de cette saison 1 réside dans le contraste entre les trois profils. Andrew, Eunice et Ruthie ont des façons complètement opposées de gérer l’âge adulte, et c'est ce décalage qui crée la dynamique.
Andrew et Eunice finissent par devenir attachants à force d'être à côté de leurs pompes. Ils sont parfois pénibles, futiles ou carrément de mauvaise foi, mais leur complicité sonne juste. C’est la relation typique de deux personnes qui se pratiquent depuis trop longtemps pour garder un filtre. C’est dans leurs répliques spontanées et leurs piques quotidiennes que le scénario trouve ses meilleurs moments, bien plus que dans les gags absurdes ou la surenchère. De son côté, Ruthie apporte un contrepoids intéressant. Elle incarne la réussite sur le papier, avec un boulot carré et une vie rangée. Mais l’écriture s’amuse vite à fissurer ce beau tableau. C’est le personnage le plus accrocheur de la saison.
Le piège classique aurait été d'en faire une grande sœur moralisatrice et énervante. La série lui laisse heureusement assez de failles pour éviter la caricature. Côté humour, la série vise très clairement une tranche d'âge précise. Celle qui jongle avec les galères de boulot, les amours bancales, la pression des proches et ce sentiment diffus de jouer à l'adulte sans trop savoir comment s'y prendre. Quand ça touche juste, c'est réussi. Les situations du quotidien, les embrouilles de famille et la manie de vouloir tout contrôler sont tournées en dérision avec pas mal de pertinence. Le problème, c'est que le tir manque parfois sa cible.
À force de miser sur des références très ciblées, l'écriture perd en efficacité dès qu'un gag tombe à plat. Par moments, l'enchaînement de répliques donne l'impression de chercher à caser du style plutôt qu'à faire avancer l'histoire. Et c'est là qu'apparaît la principale limite de ces six épisodes : le manque de cap. La matière était pourtant là. Trois visions du monde, un cadre urbain chaotique et des liens familiaux complexes offraient un terrain idéal pour construire une vraie comédie de mœurs. Malheureusement, la saison reste trop souvent en surface. Les sujets plus profonds sont effleurés puis balayés par le gag suivant.
La thématique de la famille dysfonctionnelle tourne un peu en rond au lieu de creuser ce qu'implique le passage à l'âge adulte. Ruthie montre pourtant bien que la réussite n'assure pas le bonheur, tandis qu’Andrew et Eunice prouvent que refuser le moule classique peut bloquer sur place. Il y avait un vrai sujet à traiter sur la comparaison sociale et la peur de rater sa vie, mais la série privilégie presque toujours la vanne facile. Visuellement en revanche, le travail est réussi. L’animation 2D a sa propre patte et évite le piège du copier-coller avec les autres productions du genre. Les visages sont très expressifs, ce qui apporte beaucoup au rythme comique. Les couleurs et le mouvement soutiennent bien l'énergie des dialogues, et certaines scènes gagnent vraiment en efficacité grâce au dessin.
Le doublage original suit la même ligne. Andrew Law, Poppy Liu et Stephanie Hsu incarnent leurs rôles avec juste ce qu'il faut de relief pour éviter l'effet catalogue de vannes. La complicité entre les voix renforce la crédibilité des relations fraternelles. Au final, le bilan de cette première saison est mitigé. On ne s’ennuie pas devant DANG!, les épisodes filent vite et certains passages font franchement sourire. Mais la série manque encore de consistance. On aurait aimé voir les personnages évoluer un peu plus ou sentir une vraie ligne narrative se dessiner au fil de l'histoire.
Note : 5.5/10. En bref, si vous cherchez une comédie animée légère à regarder sans vous prendre la tête, la saison fait le job. Mais pour devenir vraiment marquante et justifier une suite, il faudra que la série ose raconter quelque chose de plus solide derrière le désordre de ses personnages.
Disponible sur Netflix
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