5 Octobre 2026
Teenage Sex and Death at Camp Miasma // De Jane Schoenbrun. Avec Hannah Einbinder, Gillian Anderson et Amanda Fix.
Jane Schoenbrun continue de creuser son sillon dans le cinéma fantastique indépendant. Après nous avoir plongés dans les méandres du virtuel et des identités floues, la cinéaste revient avec un projet au titre accrocheur : Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Sur le papier, on s’attend à un pur hommage aux séries B des années 80, rempli d’adolescents insouciants, de sang frais et d'un tueur masqué dans les bois. Mais ceux qui connaissent le travail de Schoenbrun se doutent bien que le voyage ne sera pas aussi simple. Le film prend le genre du slasher à bras-le-corps, s'en amuse, le détourne, et l'utilise pour aborder des thématiques beaucoup plus intimes comme la sexualité, le désir et la quête de soi.
Après plusieurs suites bâclées et malgré une fanbase en déclin, une jeune réalisatrice enthousiaste reprend les rennes de la franchise de slasher Camp Miasma, avec pour mission de la ressusciter. Mais alors qu’elle rend visite à la star du premier film, une actrice mystérieuse et recluse, les deux femmes s’entraînent dans un univers sanglant entremêlant désir, peur et hallucinations.
Le point de départ reste pourtant classique en apparence. On suit Kris, une jeune réalisatrice à qui l'on confie la lourde tâche de rebooter une franchise d'horreur culte des années 80 : Camp Miasma. Dans ces films, le croque-mitaine s'appelle Little Death, un clin d'œil à peine voilé au concept de la petite mort. Pour s'imprégner de cet univers et trouver la bonne approche, Kris décide d'aller rencontrer Billy, l'ancienne héroïne du tout premier opus. Devenue une icône retirée du monde, cette survivante vit toujours dans l'ombre du rôle qui a marqué sa jeunesse. C’est précisément dans la rencontre entre ces deux femmes que le film trouve sa véritable ligne directrice.
Kris ne cherche pas seulement à réunir des anecdotes pour nourrir un scénario banale. Elle se retrouve face à une femme dont l'existence a été totalement façonnée par un personnage de fiction. Très vite, la frontière entre le passé, les souvenirs réels et les scènes de cinéma commence à se brouiller. Le long-métrage quitte le terrain du simple pastiche pour devenir une étude troublante sur la fascination que l'on porte aux images. Dans le cinéma d'horreur traditionnel, le sexe sert souvent de prétexte. C'est la punition garantie pour les adolescents qui s'éloignent de la morale. Schoenbrun prend ce cliché à l'envers. Ici, la sexualité et la nudité deviennent des outils de réappropriation du corps et de découverte de soi.
La caméra ne transforme plus les personnages féminins en simples objets de désir destinés à souffrir à l'écran. Cette bascule donne au récit une couleur queer évidente et rafraîchissante. Pour autant, le film ne méprise jamais son sujet de base. On ressent au contraire un amour sincère pour la culture VHS, les effets spéciaux artisanaux et l'esthétique poisseuse des séries B d'autrefois. Côté distribution, le duo principal fonctionne très bien. Hannah Einbinder apporte beaucoup de justesse dans la peau de cette cinéaste coincée entre ses ambitions artistiques et la pression d'une industrie qui veut du prémâché. Face à elle, Gillian Anderson impose une présence énigmatique et captivante dans le rôle de cette ancienne Scream Queen marquée à vie.
L'opposition entre la jeune garde qui tente de réinventer ses propres références et l'ancienne vedette prisonnière du passé crée une dynamique riche en tension. Visuellement, l'ensemble possède une identité visuelle marquée. Le film oscille sans cesse entre des séquences colorées très travaillées et des explosions de violence brutale. Les scènes de meurtre assument leur côté théâtral et artificiel, rappelant constamment au spectateur qu'il regarde un jeu sur le cinéma. C'est aussi cette liberté de ton qui risque de déstabiliser une partie du public. La narration refuse la linéarité classique et demande d'accepter une part de mystère et d'abstraction.
Si je dois exprimer une réserve sur le film, elle se situe au niveau du rythme et du surlignage. Par moments, la volonté d'analyser le genre prend le dessus sur l'émotion pure. Certaines scènes de dialogue expliquent un peu trop l'intention du film, alors que la mise en scène réussissait déjà très bien à faire passer le message. À force de vouloir lier la théorie du cinéma, l'identité de genre et le slasher pur jus, le récit perd parfois un peu de sa hargne. Il n'en reste pas moins que Teenage Sex and Death at Camp Miasma est une proposition singulière et courageuse dans le paysage horrifique actuel. Jane Schoenbrun préfère tenter des choses, quitte à diviser, plutôt que d'offrir un produit calibré et sans âme.
Même si tout n'est pas parfait dans la construction du récit, cette façon de transformer un genre populaire en espace de réflexion intime mérite qu'on s'y attarde. C'est un film qui parle avant tout de notre rapport aux œuvres qui ont bercé notre adolescence et de la manière dont la fiction finit par nous construire.
Note : 6.5/10. En bref, Teenage Sex and Death at Camp Miasma est une proposition singulière et courageuse dans le paysage horrifique actuel. Jane Schoenbrun préfère tenter des choses, quitte à diviser, plutôt que d'offrir un produit calibré et sans âme. Même si tout n'est pas parfait dans la construction du récit, cette façon de transformer un genre populaire en espace de réflexion intime mérite qu'on s'y attarde.
Sorti le 17 septembre 2026 au cinéma
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