1 Octobre 2026
Il fallait bien en finir. Après une première partie de saison 4 empêtrée dans des détails inutiles et des intrigues alambiquées, les épisodes 6, 7 et 8 devaient redresser la barre. La tâche était claire : apporter des réponses logiques, boucler l'histoire et donner au public la fin percutante qu'il attendait. Sur le papier, la série avait réuni de gros ingrédients : une formule d'arme chimique, une sale conspiration liée à la CIA, deux tueuses redoutables, une menace sur un candidat politique et Jack Reacher au beau milieu du pétrin. Au moins, ce triptyque final a le mérite de passer la seconde.
Le fameux disque dur, véritable fil rouge depuis le premier épisode, livre enfin ses secrets. On comprend que la photo mystérieuse n'était pas juste un prétexte pour meubler. Elle pointe vers les traces d'un programme chimique clandestin mené des années plus tôt en Indonésie. L'explication arrive tard, mais elle permet au moins de comprendre pourquoi tout le monde s'entretue depuis le début. L'épisode 6 lance une longue course contre la montre. Tout le monde court après quelqu'un. Reacher et Tamara partent à la recherche d'un chimiste capable de décoder les données, tandis que Jacob et Plum se retrouvent embarqués dans une situation qui les dépasse complètement.
Le vrai souci vient une fois de plus de la mise en scène. La série s'obstine à complexifier des situations qui mériteraient de la simplicité. Dès qu'une réponse apparaît, trois nouveaux problèmes surgissent. Chaque découverte amène son lot de mercenaires et la moindre explication se fait interrompre par une fusillade. L'affrontement impliquant les sœurs Hoth illustre bien ce travers. Reacher fait face à Lila et Amisha quand un autre groupe armé déboule sans crier gare. La scène bascule dans un chaos généralisé avec de la fumée, des coups de feu, des lames et des cadavres qui s'accumulent. Ça bouge, mais l'empilement d'action sert surtout à masquer le manque de fond du scénario.
Dans tout ce tumulte, le géant paraît moins souverain qu'avant. Alan Ritchson garde une présence physique impressionnante, mais son personnage a perdu ce flegme et cette longueur d'avance qui faisaient sa force lors des débuts. Au lieu de dominer son sujet, il passe son temps à réagir dans l'urgence. Sans surprise, cet épisode s'achève sur plusieurs fronts ouverts. Reacher et Tamara se font capturer, Jacob finit au poste et Plum se retrouve blessé. Un découpage classique pour pousser à lancer la suite sans attendre. L'épisode 7 remet les pendules à l'heure concernant Leo Ahlquist. On découvre enfin son rôle réel dans l'affaire indonésienne et la valeur exacte des fichiers convoités.
On en apprend aussi davantage sur le passé de Sampson. L'homme politique était présent lors des événements passés et avait contribué à fermer le laboratoire secret. Le problème reste le timing. Ces explications arrivent si tard qu'elles donnent l'impression d'avoir été ajoutées pour boucher les trous. Mais ce qui dérange le plus dans cet épisode concerne un choix d'écriture marquant. Une fois les informations obtenues, Reacher élimine Ahlquist alors que ce dernier ne représente plus un danger direct. La scène détonne. Reacher a toujours été un violent, il tue sans hésiter et n'a rien d'un enfant de chœur. Mais jusqu'ici, il existait une frontière nette entre neutraliser une menace réelle et exécuter un type à terre.
Cette nuance compte énormément pour comprendre le bonhomme. En cherchant à insister sur son côté impitoyable, les scénaristes lui font perdre un peu de son âme. L'intérêt du personnage ne repose pas uniquement sur son 1m99 et sa force brute. Il vient de sa logique, de sa perception de la justice et de sa ligne de conduite très stricte. Heureusement, l'intrigue autour de Sampson rehausse le niveau. Pris pour cible pendant un rassemblement public, il réalise le danger au dernier moment. Son face-à-face avec Tomas Waberi permet d'abandonner un instant les disques durs et les fichiers secrets pour revenir à un enjeu humain et concret.
Sampson choisit de s'interposer pour éviter un carnage. La séquence fonctionne très bien, diffuse une vraie tension et apporte une charge émotionnelle dont la saison manquait cruellement. Sa mort laisse une vraie trace dans le récit. Le final de l'épisode 8 joue la carte du tout pour le tout. Reacher, Tamara et Jacob investissent le repaire des sœurs Hoth. C'est l'heure du grand nettoyage, les armes automatiques crachent et les bagarres s'enchaînent sans pause. Il faut reconnaître que la baston tient ses promesses. La réalisation tire bon parti du décor, exploitant les ascenseurs, le mobilier et les couloirs pour varier les approches. Le combat opposant Reacher à Lila et Amisha apporte une vraie nouveauté.
Pour une fois, la montagne de muscles prend de vrais coups. Les deux tueuses manient le karambit avec une précision redoutable et poussent Reacher dans ses derniers retranchements. Le découvrir ensanglanté, essoufflé et au bord de l'épuisement redonne un peu de crédibilité à l'ensemble. Ses difficultés passées trouvent enfin une justification physique à l'écran. Seul regret, la scène s'étire plus que de raison. Les combattants encaissent des dégâts majeurs sans flancher et l'épisode multiplie les faux dénouements. Entre le retour d'Amisha, le coup de main de la CIA et l'intervention de Jacob, on a l'impression de voir trois fins bout à bout. L'intrigue principale finit par se refermer proprement.
Amisha se fait arrêter, le danger chimique disparaît, Plum obtient ses preuves pour boucler son enquête et Tamara décroche la reconnaissance qu'elle visait. Parmi l'équipe, ce sont d'ailleurs les figures secondaires qui tirent leur épingle du jeu. Tamara s'impose naturellement sans jamais singer le comportement de Reacher. Elle apporte ses compétences propres et fait le lien avec Jacob. Ce dernier, qui risquait de passer pour le boulet de service, gagne en profondeur après le drame qui touche sa famille. Son geste final face à Amisha prouve qu'il conserve sa propre morale. Quant à Plum, le journaliste du dimanche apporte une touche de fraîcheur et s'avère bien plus utile que prévu.
C'est presque frustrant de constater que ces trois-là héritent du meilleur travail d'écriture de la saison. Au final, ces trois derniers épisodes permettent de limiter la casse. L'action prend le dessus, les cartes sont révélées et la conclusion tient debout. Mais cela n'efface pas les ratés des épisodes précédents. Le sujet de fond autour de la conspiration d'État avait du potentiel. Un thriller sombre mêlant la CIA et une menace globale offrait de quoi faire une très bonne saison. Malheureusement, la production a préféré empiler les mercenaires et les bagarres au lieu de construire une vraie intrigue à suspense. Reacher reste un bon personnage quand il observe, analyse et frappe au bon endroit au bon moment.
Cette année, il a surtout distribué des pignes sans trop réfléchir. Alan Ritchson fait le job et le spectacle reste divertissant. Mais après quatre saisons, le décalage avec la fraîcheur des débuts commence à se voir. La saison 1 savait créer du suspense sans transformer chaque scène en champ de bataille. Cette saison 4 donne parfois l'impression de corriger ses faiblesses d'écriture par un surplus de violence. Et même avec un bon sandwich sur le pouce, ça ne suffit pas tout à fait à faire passer la pilule.
Note : 7/10. En bref, la saison 4 de Reacher sauve les meubles grâce à un triptyque final plus rythmé et des personnages secondaires bien exploités. Malheureusement, l'accumulation de bagarres et les raccourcis scénaristiques ne font pas oublier le manque de finesse d'une saison qui a trop souvent sacrifié l'intelligence de son héros au profit de la surenchère d'action.
Disponible sur Amazon Prime Video
Amazon a renouvelé Reacher pour une saison 5 et une saison 6.
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