Slow Horses (Saison 6, épisodes 1 et 2) : début de saison sombre et prenant
La sixième saison de Slow Horses frappe fort dès son lancement sur Apple TV. Après cinq saisons à jongler entre bourdes administratives, coups bas de couloir et missions d’espionnage plus ou moins sous couverture, la série prend un virage nettement plus sombre. Cette fois, les tocards de Slough House ne sont pas seulement ignorés ou méprisés par la hiérarchie du MI5. Ils deviennent les cibles directes d'une menace invisible. Des anciens du service meurent curieusement, les archives de Slough House s’effacent des serveurs officiels et River Cartwright doit encaisser un drame intime.
Ces deux premiers épisodes posent les bases d'une intrigue tendue où le passé ressurgit avec une violence froide. Tout commence par une scène brutale qui met immédiatement dans l'ambiance. On retrouve Struan Loy, aperçu au tout début de la série. Éloigné du renseignement, il menait jusqu'ici une vie paisible, loin de la tension des services secrets. Cette parenthèse s'effondre brutalement lorsqu'il croise la route de deux tueurs d'une efficacité redoutable. Pas d'esbroufe, pas de grands discours, le meurtre est exécuté comme une simple tâche administrative. La disparition de Loy choque par son côté expéditif et pose une question dérangeante.
Pourquoi exécuter un ancien agent sans histoire ? Et surtout, qui cherche à faire le ménage parmi ceux qui sont passés par Slough House ? Ce premier assassinat n'est que la première pièce d'un domino meurtrier. D'autres anciens membres périssent dans ce qui ressemble à des accidents domestiques ou des drames banals. Mais pour qui sait observer, les indices s'accumulent. La série installe un vrai suspense, efficace et captivant, sans nous donner immédiatement toutes les clés du problème. Pendant que cette menace fantôme rôde, River Cartwright traverse une épreuve personnelle douloureuse. David Cartwright, son grand-père et figure tutélaire de l'espionnage britannique, vient de s'éteindre.
Leur relation complexe laissait beaucoup d'implicite, et cette disparition laisse River démuni, coincé entre la douleur du deuil et la colère d'avoir encore tant de questions sans réponses. Jack Lowden apporte une belle vulnérabilité à son personnage. Habitué à foncer tête baissée pour prouver sa valeur, River apparaît ici fragilisé. La scène des funérailles illustre parfaitement l'esprit de la série, balançant sans cesse entre émotion retenue et ironie mordante. Comme la vraie carrière du grand-père est classée secret défense, l'hommage officiel dépeint un parcours administratif ennuyeux à mourir. River se retrouve à lire un texte banal sur un homme qui a pourtant manœuvré dans l'ombre pendant des décennies.
La réaction cynique de Jackson Lamb au fond de l'église apporte un contrepoint parfait, évitant intelligemment tout excès de sentimentalisme. De son côté, Jackson Lamb réalise très vite que l'administration du MI5 prépare un sale coup. Les fiches de Slough House ont disparu du système, les salaires ne tombent plus et la bureaucratie semble effacer purement et simplement l'existence du bureau des rebuts. Ce qui aurait pu ressembler à une énième crasse administrative prend une tournure sinistre quand Lamb relie cette amnésie informatique aux morts suspectes des anciens agents. Gary Oldman est toujours aussi impérial dans le rôle de ce chef crasseux et désabusé, dont l'attitude vacharde dissimule un sens de l'observation inégalé.
Lamb ne panique jamais. Il encaisse, écoute, assemble les pièces et prépare son coup. Sa confrontation avec Diana Taverner vaut d'ailleurs le détour. Désormais au sommet du MI5, Taverner jure qu'elle n'est pour rien dans la suppression de Slough House. Dit-elle la vérité ou protège-t-elle ses propres arrière-gardes ? Le doute plane, rappelant au passage que dans l'espionnage, le danger vient autant des bureaux de Regent's Park que des tueurs en liberté. Pour ne rien arranger, Frank Harkness fait son retour. Incarné avec brio par Hugo Weaving, ce père toxique rôde autour des obsèques de David Cartwright. La rencontre entre le père et le fils tourne rapidement court. Pas d'explications ni de tentative de rapprochement, Harkness frappe River et s'éclipse dans la nature.
Ce passage souligne à quel point l'héritage familial de River reste une bombe à retardement. Est-il impliqué dans l'élimination des anciens agents ? Agit-il pour son propre compte ? La série préfère entretenir le mystère plutôt que d'apporter des réponses prémâchées. Le deuxième épisode, baptisé Daddy Issues, accélère encore le rythme. L'étau se resserre autour de Lamb et son équipe. On comprend que quelqu'un cherche à nettoyer le passé en effaçant les preuves numériques et en éliminant les témoins gênants. En parallèle, Diana Taverner se retrouve prise au piège par un magnat des médias bien informé, ce qui élargit l'intrigue vers le terrain politique et médiatique.
Et puis, la toute dernière scène nous offre un retour totalement inattendu : la réapparition de Sid Baker auprès de River. Disparue depuis la première saison, sa présence relance complètement les cartes et promet des révélations passionnantes pour la suite.
Note : 8/10. En bref, ces deux premiers épisodes de la saison 6 réussissent leur pari en installant une atmosphère plus grave, portée par le deuil et la paranoïa, sans jamais perdre cet humour noir qui fait la signature de la série. Le suspense fonctionne à plein régime et l'attente pour la suite va être particulièrement longue.
Disponible sur Apple TV
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