29 Avril 2025
Marching Powder // De Nick Love. Avec Geoff Bell, Stephanie Leonidas et Danny Dyer.
Le cinéma britannique a souvent su capturer les complexités de ses sous-cultures, notamment celle des "hooligans" et du monde du football. Avec Marching Powder, Nick Love tente de raviver cette flamme, en s’entourant une fois de plus de Danny Dyer, visage emblématique de ce registre depuis The Football Factory. Pourtant, malgré une volonté évidente de renouer avec l’ADN des années 2000, ce nouveau film laisse un goût d’inachevé. Le pari d’un retour aux sources semble peiner à convaincre. Au cœur de l’intrigue, Jack, un père absent et un compagnon défaillant, navigue dans une existence rythmée par les abus, les bagarres et une irresponsabilité chronique.
Jack, homme d'âge moyen arrêté pour drogue, s'efforce pendant 6 semaines de réparer son mariage, de contrer son beau-frère tyrannique et de guider son demi-frère Kenny Boy, mais ses efforts échouent alors que sa vie sombre dans le chaos.
Le personnage, incarné par Danny Dyer, peine à susciter la moindre empathie. Entre les lignes, il est possible de percevoir une tentative de montrer une trajectoire vers la rédemption. Mais cette promesse narrative ne va nulle part, comme si le film lui-même ne croyait pas à l’évolution de son anti-héros. Jack est présenté comme un homme brisé, enchaînant les comportements destructeurs, tout en entraînant son entourage dans ses dérives. À plusieurs reprises, il expose son fils à des situations malsaines – drogues, pornographie, violences –, sans que cela ne semble véritablement choquer l’univers du film. Cette banalisation interroge, surtout lorsqu’elle est traitée sur un ton censé être comique.
Le registre humoristique de Marching Powder repose en grande partie sur des provocations, un langage volontairement cru et des scènes volontairement outrancières. Certains spectateurs semblent y avoir trouvé matière à rire, mais ce type d’humour s’inscrit dans un cadre très limité, souvent caricatural, où les injures deviennent des ressorts comiques à part entière. L’écriture du film mise lourdement sur des expressions choquantes et des références sexuelles gratuites, sans toujours parvenir à justifier leur présence dans l’intrigue. L’effet recherché, celui d’un humour noir ou satirique, s'effondre rapidement devant le manque de profondeur des dialogues et la pauvreté des situations.
Les répliques ressemblent parfois à une succession de phrases extraites d’un vieux numéro de Nuts Magazine, plus proches de la provocation adolescente que d’une critique sociale bien ficelée. L’idée de suivre un personnage en quête de changement est loin d’être nouvelle, mais elle demande une certaine rigueur scénaristique pour fonctionner. Dans Marching Powder, cette quête est survolée, sans véritable développement. La relation entre Jack et sa femme, censée être un point d’ancrage émotionnel, manque cruellement de consistance. Les retrouvailles semblent forcées, peu crédibles, et offrent peu d’écho émotionnel.
De la même manière, l’arrivée d’un personnage comme Kenny Boy, le beau-frère neuroatypique, aurait pu ouvrir des perspectives différentes. Pourtant, son rôle se limite à un ressort scénaristique servant à provoquer de nouveaux dérapages. Ce manque d’originalité dans la construction des arcs narratifs affaiblit l’ensemble. Certaines scènes liées à la justice ou aux procédures judiciaires manquent cruellement de réalisme, comme si l’équipe de production n’avait pas pris la peine de consulter un expert juridique. Cela peut sembler anecdotique pour un film de ce genre, mais ces erreurs répétées détachent un peu plus le spectateur de l’histoire. Pour ceux qui ont eu une proximité avec ce type de réalité, ces incohérences sont flagrantes.
La narration off assurée par Dyer, censée guider le spectateur et donner une tonalité ironique au récit, manque de spontanéité. Elle semble parfois plaquée, sans rythme, comme si le comédien lui-même ne croyait pas à ce qu’il racontait. Cette voix-off aurait pu être l’un des moteurs du film, elle devient au final un frein de plus. Ce que Marching Powder semble surtout refléter, c’est une nostalgie d’un monde qui n’existe plus vraiment. Celui où la virilité s’exprimait par la violence, où la marginalité était glorifiée comme une forme de liberté, et où l’excès faisait figure de style de vie. Mais cette nostalgie ne s’inscrit dans aucune critique ou remise en question ; elle est posée là, brute, comme une relique d’une époque révolue.
La cible semble claire : un public masculin d’un certain âge, amateur de football, de vêtements bien coupés et de récits où "les gars" vivent entre virées alcoolisées et altercations. Rien de mal à cela, en soi. Mais le film peine à offrir autre chose qu’une redite de vieux clichés, sans la fraîcheur ni la vigueur des premiers films de Nick Love. À force de refuser d’évoluer, le réalisateur s’enferme dans une formule qui ne parle plus à grand monde, en dehors de ceux qui veulent revivre leurs vingt ans. Le film aurait pu fonctionner en tant que comédie grinçante, une satire du "lad culture" britannique. Mais à force de flirter avec le mauvais goût sans jamais en tirer de substance, Marching Powder passe à côté de son potentiel.
Il finit par ressembler à un hommage bancal à une période dont les codes ne font plus vraiment sens aujourd’hui. Certes, Danny Dyer reste fidèle à son image, avec cette gouaille caractéristique et un certain charisme. Mais cela ne suffit pas à compenser l’absence de vision du réalisateur. Son fils, Arty Dyer, dont la performance reste assez effacée, ne parvient pas à porter le rôle de fils délaissé avec la justesse attendue. Le choix de ce casting familial pourrait même évoquer un soupçon de népotisme qui alourdit encore le ressenti général. Marching Powder aurait pu être une introspection sur la masculinité toxique, une exploration de la chute et de la rédemption, ou simplement un divertissement efficace dans son genre.
Il ne réussit rien de tout cela. Le résultat est un film bancal, maladroitement provocateur, qui semble vouloir ressusciter une époque où ce type d’histoire faisait encore écho dans le paysage cinématographique britannique. Ce qui ressort surtout, c’est un manque d’évolution, à la fois dans l’écriture, dans la mise en scène et dans le regard porté sur les personnages. Au final, difficile de trouver une bonne raison de recommander Marching Powder, sauf à vouloir mesurer à quel point certaines recettes du passé ont mal vieilli.
Note : 3/10. En bref, un retour en demi-teinte pour Nick Love et Danny Dyer dans l’univers du film de foot et de la culture "lads ».
Prochainement en France en SVOD
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