29 Avril 2025
Ravage // De Gareth Evans. Avec Tom Hardy, Forest Whitaker et Timothy Olyphant.
Le dernier film de Gareth Evans, Ravage, fraîchement débarqué sur Netflix, laisse une impression étrange, quelque part entre fascination et désillusion. Il s’inscrit dans cette catégorie de thrillers urbains hyper-violents, servis par une esthétique brute et des personnages cabossés. Et pourtant, malgré la présence de Tom Hardy et de Timothy Olyphant, deux acteurs au charisme indéniable, difficile de sortir de cette expérience avec une conviction claire. L’ensemble ressemble davantage à un projet confus qu’à un film pleinement assumé. Ravage s’ouvre sur une affaire de drogue qui tourne mal, comme souvent dans ce genre de récits.
Un détective meurtri doit se frayer un chemin dans la clandestinité criminelle après une affaire de drogue qui a mal tourné pour sauver le fils d'un politicien, tout en démêlant un réseau de corruption et de conspiration qui prend au piège toute la ville.
Très vite, le spectateur se retrouve plongé dans les bas-fonds d’une ville oppressante, où la corruption s’étale dans tous les recoins : politiciens véreux, flics à la morale élastique, et gangs brutaux façon triades. Dans ce décor sombre, Tom Hardy incarne un policier aux méthodes peu orthodoxes, visiblement hanté par son passé et prêt à tout pour démêler cette toile de violence. Mais le problème n’est pas tant l’histoire, que son traitement. Le scénario donne l’impression d’avoir été généré en mode automatique : une succession de rebondissements prévisibles, de dialogues mécaniques, et de stéréotypes éculés. Difficile d’être surpris à quelque moment que ce soit. Tout semble déjà vu, comme si le film recyclait les codes d’un genre sans chercher à les bousculer.
Ce qui marque surtout, c’est l’esthétique. Gareth Evans avait su séduire par le passé avec The Raid et ses chorégraphies millimétrées. Ici, on retrouve quelques restes de cette énergie, mais l’ensemble souffre d’un vrai déséquilibre visuel. La caméra tremble, les coupes sont abruptes, et l’utilisation d’un filtre numérique façon "comic book fatigué" donne un aspect artificiel à l’ensemble. Il y a parfois l’impression que le film cherche à imiter des œuvres comme Sin City sans en avoir ni la clarté visuelle, ni le sens du style. À plusieurs reprises, les scènes d’action deviennent presque illisibles, rendant le visionnage frustrant plutôt que captivant. La violence, pourtant omniprésente, perd en impact à force d’être mal encadrée.
Tom Hardy reste égal à lui-même : intense, physique, et souvent mutique. Son personnage semble construit pour lui, entre regards lourds de sens et explosions de colère maîtrisées. Et pourtant, il donne l’impression de tourner en rond. Non pas qu’il soit mauvais, loin de là, mais il semble coincé dans une mécanique trop prévisible pour vraiment exprimer quelque chose de nouveau. Le reste du casting, quant à lui, est moins marquant. Les seconds rôles s’empilent sans grande nuance : un mafieux sadique ici, un policier borderline là… Rien de vraiment mémorable.
C’est dommage, car ce type de film repose beaucoup sur la capacité à faire exister tout un univers à travers ses personnages. Ici, l’arrière-plan reste flou, et personne ne parvient à s’imposer durablement. Ce qui sauve Ravage, c’est peut-être son ambiance. La ville, désaturée, presque fantomatique, évoque plus Gotham City que New York. Elle ne respire jamais, n’offre aucune échappatoire. C’est un monde où tout le monde est sale, où personne ne croit plus à la justice. Ce choix esthétique, bien que maladroitement exécuté par moments, a au moins le mérite d’être assumé. L’univers visuel colle à l’histoire : sale, bordélique, sans espoir.
Ce n’est pas un cadre dans lequel on cherche à faire passer un message profond, mais plutôt un prétexte à la brutalité. Et dans ce registre-là, le film se tient. Il ne prétend pas être autre chose que ce qu’il est : un défouloir urbain aux relents de polar noir. Les scènes de combat sont, sans surprise, au cœur du film. Certaines sont efficaces, mêlant corps-à-corps et fusillades avec un bon sens du rythme. D’autres souffrent d’un excès de mouvement et d’un montage trop agressif. Gareth Evans, autrefois maître dans l’art de filmer la violence, semble ici avoir perdu en précision. Il reste tout de même quelques séquences qui valent le détour pour les amateurs d’action pure.
Pas de poésie dans les coups portés, mais une forme de brutalité organique, presque bestiale. Ce n’est pas du niveau de John Wick ou The Raid, mais cela fait le travail… si tant est que l’on ne soit pas trop exigeant. Au fond, Ravage est un film qui semble constamment hésiter entre plusieurs directions. Il aurait pu être un pur film d’action, ou bien un polar noir plus profond. Il aurait pu chercher la subversion, ou au contraire s’assumer comme un pur divertissement. Au lieu de ça, il reste dans un entre-deux, pas désagréable à regarder, mais difficile à recommander. C’est le genre de film qu’on regarde sans grande attente, pour passer une soirée sans prise de tête. Un film qui tape fort mais pense peu.
Il y a une forme de sincérité dans cette proposition brute, mais elle se heurte à une exécution trop brouillonne pour convaincre totalement. Ravage n’est pas un mauvais film, mais il est loin d’être marquant. Il s’adresse clairement à un public amateur de récits violents et stylisés, sans ambition narrative particulière. La présence de Tom Hardy attire, l’esthétique intrigue, mais le résultat reste en demi-teinte. Une œuvre qui aurait pu être bien plus qu’un simple défouloir si elle avait assumé un cap plus clair. Pour une soirée d’action sans exigence, pourquoi pas.
Mais ceux qui espèrent une intrigue solide, un propos fort ou des personnages marquants risquent de rester sur leur faim. Comme beaucoup de films de plateforme, Ravage semble avoir été conçu pour être consommé vite, oublié aussitôt.
Note : 5/10. En bref, Ravage n’est pas un mauvais film, mais il est loin d’être marquant. Il s’adresse clairement à un public amateur de récits violents et stylisés, sans ambition narrative particulière. La présence de Tom Hardy attire, l’esthétique intrigue, mais le résultat reste en demi-teinte.
Sorti le 25 avril 2025 directement sur Netflix
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