A Tale of Two Cities (Mini-series, épisodes 1 et 2) : Le Conte de deux cités

A Tale of Two Cities (Mini-series, épisodes 1 et 2) : Le Conte de deux cités

Adapter du Charles Dickens, ce n’est jamais une promenade de santé. La barre est haute et le matériau de base est dense. Avec Le Conte de deux cités, le défi est encore plus grand : l’histoire jongle constamment entre Londres et Paris, mêlant destins individuels, colères populaires et secrets familiaux bien enfouis. Après avoir visionné les deux premiers épisodes de cette mini-série, le bilan est globalement positif. L'ensemble se tient bien, même si certains choix de rythme et de développement entre les personnages laissent encore un peu perplexe. Le premier épisode pose le décor sans perdre de temps. On débarque à Paris en 1764 dans une ambiance électrique. 

 

Londres, 1782. Alors que la guerre fait rage entre la France et la Grande-Bretagne, la jeune Lucie Manette, voit sa vie bouleversée par un message tout droit venu de Paris : son père, présumé mort depuis près de 20 ans, serait peut-être encore vivant. Le messager, un émigré français idéaliste, Charles Darnay, est arrêté et accusé de trahison. Lucie fait appel à un jeune avocat aussi brillant qu’imprévisible, Sydney Carton, pour libérer Darnay dans l'espoir qu'il l’aide à retrouver son père. S’ensuit un triangle amoureux puissant et complexe où les deux hommes se battent pour être dignes de l’amour de Lucie, dont le cœur est déchiré. Pourtant, aucun des deux hommes, si semblables physiquement mais si différents de caractère, ne peut échapper à l'autre. Leurs destins se trouvent liés à la vie et la mort, emportés par le tourbillon de l’Histoire alors même que la France tout entière est sur le point de s’embraser.

Lucie Manette est sortie du lit en pleine nuit par son père, le docteur Alexandre Manette. Il faut fuir immédiatement. On entend frapper fort à la porte, la menace est imminente. Comprenant qu’il n’a nulle part où aller, le docteur décide de se rendre aux autorités pour laisser à sa fille une chance d’échapper au pire. C’est un certain Jarvis Lorry qui récupère Lucie pour la mettre à l’abri de l’autre côté de la Manche, à Londres. Avant d'être emmené, Alexandre promet à sa fille qu’ils se retrouveront. Mais le traumatisme est immédiat : la fillette assiste à une scène d'une rare violence où son père est frappé et laissé pour mort. Dix-huit ans plus tard, la blessure est toujours béante.

 

À Londres, Lucie a grandi au sein du foyer Lorry. Quand Jarvis meurt, elle se retrouve soudainement très seule, sans famille proche pour l'épauler. Mais sa situation change lorsqu'elle découvre qu'elle hérite d'une somme confortable issue des affaires de son père. La série ajoute alors une touche personnelle intéressante au personnage : Lucie apprend en secret la médecine et la chirurgie. C’est un choix d'écriture plutôt malin. Cela évite d'en faire une simple héroïne passive emportée par les événements. Lucie a des objectifs, une vraie personnalité, et cette passion pour la médecine est aussi sa façon à elle de garder un lien avec la mémoire de son père.

C’est à ce moment précis que Charles Darnay débarque dans sa vie. Ce Français installé en Angleterre traîne un passé pour le moins flou. Il ne tarde pas à se faire repérer et se retrouve accusé d’espionnage. Une altercation avec John Barsad dégénère, Darnay finit blessé, et Lucie intervient pour le soigner. Cette intrigue judiciaire permet d’introduire le personnage le plus captivant de ce début de saison : Sydney Carton, joué par Kit Harington. Au premier abord, Sydney ressemble au stéréotype de l’avocat à la dérive, souvent imbibé d’alcool et plus habitué aux comptoirs qu’aux plaidoiries. Mais derrière cette dégaine négligée se cache un esprit brillant, ironique et ultra-observateur.

 

Sydney accepte de défendre Charles et réussit un véritable tour de force au tribunal pour le faire acquitter. C’est le point de départ d'un triangle très intéressant entre Sydney, Charles et Lucie. La tension entre les deux hommes est palpable dès leurs premiers échanges, chacun développant une attirance différente pour la jeune femme. Pendant que ces histoires personnelles se nouent à Londres, la situation politique couve à Paris. Le contraste est saisissant. La misère urbaine alimente une haine féroce envers les nobles, et la famille Defarge se retrouve en première ligne face aux injustices du pouvoir. L’accident mortel où la voiture du Marquis écrase la petite Juliette agit comme une étincelle. 

L’attitude méprisante et détachée du Marquis face à la famille en deuil illustre parfaitement le gouffre qui sépare l'aristocratie du peuple. Le deuxième épisode fait monter la pression en emmenant Lucie et Charles directement à Paris. L'histoire prend une tournure beaucoup plus intime puisque Lucie finit par retrouver son père. Alexandre Manette n’est pas mort, mais son état est dramatique. Enfermé pendant près de vingt ans dans les geôles de la Bastille, l'homme est brisé, amnésique, incapable de reconnaître sa propre fille. La scène de leurs retrouvailles est réussie précisément parce qu'elle évite le piège du mélodrame facile. C'est un moment doux-amer : Lucie retrouve son père, mais elle réalise aussi qu'une grande partie de l'homme qu'il était a définitivement disparu.

 

Dans l'ombre, Ernest Defarge essaie d'organiser leur fuite pour sortir Alexandre de la capitale, tandis que Thérèse Defarge mène sa propre enquête sur les sombres agissements passés de la famille Évremonde. Le principal défaut de ce deuxième chapitre réside dans son rythme. On ressent une vraie précipitation par moments, alors que d'autres scènes tirent inutilement en longueur. Condenser un roman aussi riche que celui de Dickens en peu d'épisodes impose des choix drastiques, mais certaines évolutions relationnelles auraient mérité un peu plus de temps pour mûrir. C'est particulièrement frappant dans la relation entre Lucie et Sydney. Leur rapprochement se fait de manière très soudaine, presque artificielle au vu de leurs interactions précédentes. 

Heureusement, leurs échanges sur leurs passés respectifs rééquilibrent les choses, notamment lorsque Sydney évoque le souvenir de sa mère. Il devient d'ailleurs le seul capable de canaliser Alexandre lors de ses crises de démence. Cela donne une vraie sensibilité à Sydney, qui dépasse le simple rôle de rival jaloux. De son côté, Charles décide d'affronter le Marquis et la réalité de ses origines. En révélant son lien direct avec les Évremonde, il fait le choix fort de renier sa famille et de refuser son héritage pour ne pas être complice de leurs exactions. C’est un développement pertinent qui donne enfin un peu d'épaisseur à son personnage. L'épisode se termine sur un choc : le meurtre du Marquis. Le mot « Justice » gravé près du corps pose les bases du mystère pour la suite, même si les pistes suggérées manquent un peu de subtilité à ce stade. 

 

Note : 6/10. En bref, après ces deux premières heures : la série pose de très bonnes bases. La direction artistique est réussie, l'atmosphère de l'époque est bien retranscrite et les acteurs font du bon travail. Le premier épisode s'avère plus accrocheur grâce à son rythme dynamique, là où le second souffre de quelques baisses de régime. Le trio formé par Lucie, Charles et Sydney reste le principal moteur de l'intrigue. Si la série parvient à ajuster sa narration, la quête d'Alexandre et Lucie a tout pour offrir un final particulièrement fort.

Prochainement sur France Télévisions

 

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