19 Mai 2025
Doctor Who (2023) // Saison 2. Episode 6. The Interstellar Song Contest.
Avec un titre comme « The Interstellar Song Contest », difficile de ne pas s’attendre à un épisode un peu farfelu, ancré dans une esthétique kitsch volontairement poussée, presque parodique. Dès les premières minutes, tout semble confirmer cette impression : une scène d’ouverture explosive, un concours musical spatial présenté par une créature féline nommée Sabine, un Rylan Clark décongelé du futur… Le cadre semble taillé pour une récréation légère, un hommage délirant à l’Eurovision, dans un décor de station spatiale baignée de néons. Mais très vite, l’épisode prend un virage inattendu.
L’attaque de la station par Kid, un insurgé issu de la planète Hellia, redistribue totalement les cartes. Ce n’est plus une célébration musicale, mais une prise d’otages déguisée, puis un acte de violence massif. Cette bascule brutale crée un contraste fort, presque dérangeant. En quelques secondes, la foule entière est expulsée dans le vide spatial – une scène visuellement frappante, à la fois froide et belle, qui tranche radicalement avec le ton initial. Ce genre de rupture fonctionne ici avec une certaine efficacité. L’épisode joue avec nos attentes, se sert du décor léger comme leurre, pour mieux glisser vers un fond bien plus sombre : oppression systémique, vengeance déformée, manipulation à grande échelle.
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On retrouve une certaine tradition de Doctor Who : celle de camoufler des thèmes lourds sous des habits bigarrés. Mais ici, le contraste est plus marqué que d’habitude, presque inconfortable, et c’est peut-être ce qui fait la force de l’épisode. Le personnage de Kid n’est pas qu’un méchant caricatural. Il représente une colère construite sur une histoire d’injustices – son peuple, les Hellions, a vu sa planète détruite et son image publique déformée. Même si ses actions sont condamnables, on perçoit une logique derrière sa violence. L’écriture ne cherche pas à excuser, mais à contextualiser. C’est une nuance appréciable, qui permet à l’épisode d’aller au-delà d’un simple manichéisme.
Du côté des personnages principaux, c’est l’évolution du Docteur qui retient l’attention. Dans sa confrontation avec Kid, il laisse entrevoir une colère rare, une froideur presque glaçante. La réplique « tu as mis de la glace dans mon cœur » sonne comme un aveu de changement profond. Ce n’est pas un simple effet dramatique : cette violence, même si elle reste contenue dans un cadre de science-fiction, soulève une vraie question sur les limites morales du personnage. On avait déjà perçu des fragments de ce glissement dans des épisodes précédents, mais ici, le basculement est net. Et s’il se retient in extremis, c’est uniquement à cause du regard de Belinda. Ce regard effrayé, déçu, agit comme un miroir soudain.
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Belinda, justement, trouve peu à peu sa place dans l’épisode. Son duo avec Cora, chanteuse et Hellion dissimulée, permet d’apporter une contre-voix à la narration principale. Loin des envolées héroïques du Docteur, elles incarnent une forme d’empathie discrète, un besoin de réparation plutôt que de revanche. Cora, en révélant sa véritable identité sur scène, met en lumière une forme de résistance pacifique qui fait écho au cœur même de la série. Sur le plan narratif, l’épisode fonctionne à plusieurs niveaux. Il propose une intrigue autonome, avec une montée en tension maîtrisée, mais s’insère aussi comme le début d’un final plus large.
On le sent clairement dans les dernières minutes : le retour de Susan Foreman, mentionnée dans des épisodes antérieurs, apporte une touche de mystère et de nostalgie qui vient briser l’élan dramatique. De même, la révélation finale autour de la Terre et du rôle réel du vindicator ouvre des perspectives inquiétantes pour la suite. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont l’épisode jongle avec ses tonalités. Là où « Space Babies » jouait la carte de l’absurde pur et où « Boom » installait un suspense presque claustrophobe, The Interstellar Song Contest choisit de se camoufler sous les habits d’une satire pop pour mieux surprendre.
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On peut discuter du dosage – certains trouveront peut-être la transition vers le drame trop abrupte – mais le pari narratif est assumé. Visuellement, l’épisode est cohérent dans son exubérance. La mise en scène accompagne le virage du scénario : des plans larges colorés du concours, on passe à des cadrages plus serrés, plus sombres, à mesure que la situation dégénère. Et la dernière performance de Cora, chantée dans une langue inconnue, fonctionne comme un moment suspendu. Pas besoin de comprendre les paroles : l’intention suffit. C’est une conclusion à la fois mélancolique et ouverte, qui rappelle que dans cet univers, la justice ne passe pas toujours par la force.
Ce n’est peut-être pas l’épisode le plus spectaculaire de la saison en termes de narration ou de rythme. Mais il parvient à surprendre, à déstabiliser même, là où on ne l’attendait pas. Et cette sensation-là, dans une série aussi ancienne, reste précieuse.
Note : 7.5/10. En bref, Doctor Who fait l’Eurovision dans l’espace et je dois avouer que cela fonctionne assez bien en termes de narration et de rythme.
Disponible sur Disney+
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