22 Avril 2025
Doctor Who (2023) // Saison 2. Episode 2. Lux.
Après un premier épisode marquant dans cette nouvelle saison de Doctor Who, l’épisode 2 continue d'explorer les limites de la série, tant sur le fond que sur la forme. En gardant un fil conducteur déjà esquissé lors de l’arrivée de Ncuti Gatwa dans le rôle du Docteur, cet épisode s'aventure sur un terrain encore peu foulé dans l’univers Whovien : celui de l’animation et du méta-récit. Dès les premières minutes, on ressent une atmosphère étrange, presque silencieuse, marquée par une tension sourde. Le Docteur et Belinda, sa nouvelle compagne, sont coincés dans un lieu qu’ils ne peuvent quitter.
Quelque chose les empêche de retourner exactement là où ils étaient. On ne comprend pas tout de suite ce qu’il se passe, et c’est tant mieux : l’épisode prend le temps de poser une ambiance mystérieuse, sans tout révéler trop tôt. Le décor principal ? Un vieux cinéma américain, vestige des années 50, dans lequel les deux protagonistes sont attirés. À l’intérieur, un seul humain : le gardien, Mr Pye, visiblement accablé par un chagrin profond. Rapidement, un personnage inattendu surgit de l’écran : Lux, une figure animée au style rétro. Et c’est là que tout bascule. Lux n’est pas qu’un simple cartoon.
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Il est une entité appartenant à un groupe mystérieux – une sorte de panthéon composé de dieux incarnant des concepts comme la musique, le jeu ou la mort. L’épisode s’inscrit alors dans une continuité mythologique amorcée dans la saison précédente, où le Docteur affrontait déjà des forces d’une ampleur quasi divine. Ici, la menace est plus colorée, plus délirante… mais tout aussi inquiétante. À partir du moment où le personnage de Lux est pleinement révélé, l’épisode prend un tournant radical. L’univers devient instable, les frontières entre fiction et réalité se brouillent. Le Docteur et Belinda sont projetés dans un monde déformé, parfois littéralement transformés en dessins animés.
Cela aurait pu facilement tomber dans le gadget, mais l'épisode assume son côté expérimental avec beaucoup d’intelligence. On sent une vraie envie de jouer avec les codes du cinéma, de l’animation, et même de la narration. Certaines séquences évoquent des œuvres cultes comme Qui veut la peau de Roger Rabbit, tout en restant profondément ancrées dans l’univers de Doctor Who. Les personnages interagissent avec la caméra, brisent les conventions du cadre, et flirtent avec la méta-fiction sans jamais perdre leur crédibilité. Ce qui rend cet épisode particulièrement intéressant, c’est sa capacité à mêler le spectaculaire et le symbolique.
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Derrière l’apparence joyeuse du dessin animé, on devine une critique plus profonde de l'industrie hollywoodienne. Le fait que l’action se déroule dans l’Amérique ségrégationniste des années 50 n’est pas anodin. Davies, le showrunner, aborde à nouveau la question du racisme, cette fois à travers le prisme du voyage temporel. Le Docteur et Belinda, tous deux non-blancs, doivent affronter un contexte historique qui leur est hostile. C’est traité avec justesse, sans tomber dans le didactique. Le personnage de Mr Pye incarne lui aussi une autre douleur, plus intime. Son histoire d’amour perdue, en arrière-plan de l’intrigue principale, donne un ton mélancolique à l’épisode.
Loin d’être un simple figurant, il est la clé de l’intrigue – un homme brisé qui trouve dans la fiction une échappatoire, quitte à en payer le prix. Si Belinda est encore en phase d’introduction dans la série, on commence déjà à percevoir la complémentarité entre elle et le Docteur. Leur dynamique est testée ici dans un contexte où les repères sont constamment floutés. Ce deuxième épisode joue justement sur cette incertitude, obligeant les personnages à se réinventer pour faire face à une menace qu’ils ne comprennent pas complètement. Gatwa, de son côté, confirme qu’il a pleinement trouvé sa place dans le rôle du Docteur.
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Il sait être léger, presque excentrique, puis basculer dans une gravité impressionnante quand la situation l’exige. Cette capacité à passer d’un registre à l’autre est précieuse dans un épisode aussi changeant. Il serait facile de juger cet épisode comme "trop étrange" ou "trop différent" par rapport aux codes habituels de Doctor Who. Mais justement, cette différence fait sa force. La série a toujours su se réinventer, et ce genre d’expérimentation en est la preuve vivante. Ce n’est pas juste une parenthèse délirante, c’est un épisode qui interroge la nature même de la fiction.
En mêlant animation, critique sociale, nostalgie du cinéma classique et questionnements existentiels, Doctor Who nous offre ici un voyage singulier. Et si tout ne plaira pas à tout le monde, force est de constater que la série n’a pas peur d’oser.
Note : 8/10. En bref, j’ai toujours aimé voir Doctor Who expérimenté et cet épisode fait ça de façon assez fascinante.
Disponible sur Disney+
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