11 Juin 2025
Freud, la dernière confession // De Matt Brown. Avec Anthony Hopkins, Matthew. Goode et Liv Lisa Fries.
Dans Freud, la dernière confession, il ne faut pas chercher un biopic conventionnel, ni une fresque historique. Le film, adapté d’une pièce de théâtre, se concentre sur une rencontre fictive entre deux figures intellectuelles majeures du XXe siècle : Sigmund Freud, père de la psychanalyse, et C.S. Lewis, écrivain en devenir des Chroniques de Narnia et chrétien convaincu. Le cadre est intimiste, presque confiné. L’action se déroule principalement dans le cabinet londonien du psychanalyste, en septembre 1939, alors que la guerre fait rage au-dehors et que la maladie ronge Freud de l’intérieur. Deux figures majeures, deux visions du monde qui s’opposent – l’athéisme lucide et désabusé d’un Freud en fin de vie contre la foi renaissante d’un Lewis encore incertain.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Sigmund Freud s'est réfugié à Londres, en compagnie de sa fille Anna. Sous l'effet de l'âge et de la maladie, la star mondiale de la psychanalyse s'est changée en un vieillard aigri et capricieux. Mais la curiosité du professeur est piquée au vif lorsqu'un certain C.S Lewis, romancier et chrétien revendiqué, le mentionne dans l'une de ses publications. Leur rencontre autour de la question de Dieu va tourner au duel...
Mais très vite, cette promesse se heurte à la réalité de ce que le film propose : un huis clos bavard, statique, où la mise en scène semble se contenter de poser une caméra entre deux fauteuils pour laisser les acteurs déclamer. Freud, la dernière confession n’est pas un film de cinéma à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une pièce de théâtre transposée à l’écran, sans réel effort d’adaptation. Le langage reste celui de la scène : très écrit, très construit, très démonstratif. Le rythme, lui, s’enlise. Et le cinéma, dans tout ça, paraît bien absent. Le cœur du film repose sur cette confrontation idéologique entre Freud et Lewis. Deux heures de dialogue autour de la question de Dieu, de la souffrance, de la croyance, du sens de la vie.
Le débat aurait pu être stimulant, mais la forme empêche toute immersion. Le récit peine à décoller, à provoquer une tension véritable. Ce qui aurait pu être une joute verbale nerveuse se transforme en logorrhée, ponctuée de quelques flashbacks maladroits qui cherchent à briser l’uniformité mais tombent à plat. La structure narrative, sans réelle progression dramatique, donne l’impression d’une longue dissertation à deux voix. Les idées fusent, certes, mais sans jamais s’incarner pleinement. Les enjeux personnels de Freud comme ceux de Lewis restent en surface, esquissés sans être véritablement investis. Il en résulte une distance constante entre les spectateurs et les personnages, comme si le film se déroulait à huis clos non seulement spatialement, mais émotionnellement.
Ce qui sauve l’expérience, en revanche, c’est le casting. Anthony Hopkins, une fois encore, impose une présence impressionnante. Son Freud est fatigué, aigre, douloureux, mais toujours acéré. Il habite ce rôle avec une aisance glaçante. Hopkins parvient à exprimer l’usure du corps, la clarté de l’esprit, la méfiance vis-à-vis des illusions religieuses, tout en laissant filtrer une forme de fragilité humaine. Son interprétation ne laisse pas indifférent – mais elle écrase presque tout le reste. Face à lui, Matthew Goode incarne un Lewis plus réservé, plus nuancé. Là où Freud tranche, Lewis doute. Là où Freud dénigre la foi comme un mécanisme de défense, Lewis tente de lui opposer une expérience intime, difficilement formulable.
Goode livre une performance subtile, moins spectaculaire que celle de Hopkins, mais essentielle pour équilibrer l’ensemble. Les deux hommes se répondent avec justesse, mais leur duel reste verbal, cérébral, presque académique. Le reste du casting est relégué à la périphérie. Liv Lisa Fries, dans le rôle d’Anna Freud, apporte une intensité contenue à ses scènes, mais son personnage n’est pas suffisamment développé pour enrichir le propos. Sa relation ambiguë avec son père, pourtant chargée de tension potentielle, est survolée. Quant aux flashbacks censés éclairer les blessures intimes de Freud ou les traumatismes de Lewis, ils manquent d’ancrage émotionnel et ralentissent le récit plus qu’ils ne l’élargissent.
Visuellement, Freud, la dernière confession fait preuve d’un certain dépouillement, qui frôle parfois l’austérité. La caméra reste sage, les décors sont feutrés, les plans se répètent. L’ambiance grise de Londres en 1939, sur fond de guerre imminente, installe une mélancolie sourde, mais elle ne suffit pas à insuffler du rythme. La mise en scène semble figée, comme fascinée par le texte et ses interprètes, au point de renoncer à tout élan cinématographique. Ce manque de dynamisme rend le visionnage difficile. La durée du film – à peine deux heures – paraît bien plus longue qu’elle ne l’est. Ce n’est pas l’intensité du débat qui épuise, mais son absence de relief. Les idées tournent sur elles-mêmes, sans déboucher sur de véritables retournements.
À mesure que les échanges s’enchaînent, l’impression domine que tout a été dit dès la première demi-heure. Ce que le film ne parvient pas à faire, c’est créer un espace de tension dramatique. Le duel d’idées, certes riche en apparence, reste sans véritable enjeu. Ni Freud ni Lewis ne changent vraiment. Ils s’écoutent à peine, ils s’affrontent sans se transformer. Il n’y a ni choc, ni effondrement, ni révélation. Juste une conversation bien tenue, bien jouée, mais qui manque de nerf. Ce que j’en retiens, c’est un film impeccablement interprété, mais qui semble refuser le cinéma. Les idées sont là, les acteurs sont là, mais le souffle manque.
Note : 4/10. En bref, on ressort de cette « dernière confession » avec le sentiment d’avoir assisté à une démonstration brillante mais désincarnée. Un film qui pense beaucoup, mais qui ne vibre jamais. Un exercice de style, un peu vain, trop confiné pour captiver durablement.
Sorti le 4 juin 2025 au cinéma
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