Critique Ciné : M3GAN 2.0 (2025)

Critique Ciné : M3GAN 2.0 (2025)

M3GAN 2.0 // De Gerard Johnstone. Avec Amie Donald, Jenna Davis et Allison Williams.

 

Le cinéma d’horreur adore ressusciter ses monstres. Les intelligences artificielles, elles, n’ont jamais vraiment eu besoin de mourir pour revenir. Avec M3GAN 2.0, la poupée androïde de Blumhouse change de registre, abandonne l’horreur domestique pour s’aventurer dans les méandres d’une science-fiction plus spectaculaire, parfois brouillonne, souvent surprenante. Une évolution qui intrigue autant qu’elle désoriente. Le premier M3GAN s’inscrivait dans une tradition bien balisée : une figure inquiétante, proche de l’enfant, dans un cadre familial instable, avec juste ce qu’il faut de critique technologique pour effleurer l’époque sans trop la nommer. Ce qui faisait sa force, c’était cette simplicité. 

 

Deux ans ont passé depuis la destruction de M3GAN, le prototype à la pointe de l'intelligence artificielle devenu incontrôlable lors d'un carnage aussi sanglant qu'impeccablement chorégraphié. Sa créatrice Gemma aujourd'hui auteure de renom milite pour l'encadrement drastique des I.A par le gouvernement, alors que Cady, sa nièce de 14 ans entre dans l'adolescence et se rebelle contre les règles trop strictes de sa tante. Cependant, à l'insu de tous, la technique de pointe mise au point pour M3GAN a été volée et détournée pour créer une arme militaire connue sous le nom d'AM3LIA. À mesure que se développe la conscience de ce bijou d'espionnage, implacable machine à tuer, les ordres qu'elle reçoit lui paraissent de plus en plus superflus. Comme les humains qui les lui donnent. Alors que l'avenir de l'humanité est en jeu, Gemma réalise que M3GAN est sa seule option. Elle la réactive alors et la reprogramme dans une version encore plus rapide, plus puissante et implacablement létale pour affronter une adversaire enfin à sa mesure.

 

Un huis clos anxiogène, un peu de cynisme, une poupée à l’intelligence menaçante, et une atmosphère savamment dosée. Cette suite, en revanche, opère un virage inattendu. Le récit quitte les couloirs de la maison pour s’ouvrir sur des espaces plus larges, parfois trop. Le ton change aussi : le film flirte désormais avec l’action, la science-fiction et même la satire. M3GAN 2.0 ne cherche pas tant à faire peur qu’à surprendre, quitte à semer la confusion. Le point de départ, pourtant, laissait espérer une suite maîtrisée : une nouvelle IA plus avancée — Am3lia — fait son apparition, obligeant M3gan à sortir de l’ombre pour la combattre. 

 

Un schéma classique du “méchant d’hier devenu allié d’aujourd’hui”, déjà vu dans des franchises comme Terminator, et assumé ici jusqu’au clin d’œil. Mais rapidement, le récit s’embrouille. Plutôt que d’explorer en profondeur le face-à-face entre deux entités numériques, le film préfère empiler les situations. Des dialogues interminables, des retournements capillotractés, des personnages secondaires caricaturaux — à commencer par deux agents du FBI ridicules — viennent parasiter une dynamique pourtant prometteuse. Même la confrontation tant attendue entre M3gan et Am3lia finit par perdre en intensité, étouffée dans un fatras de sous-intrigues.

 

Le vrai choix de M3GAN 2.0 se situe dans son ambition thématique. Le film abandonne les terreurs domestiques pour s’aventurer sur le terrain de la spéculation technologique. L’androïde ne se contente plus de tuer ; elle pense, anticipe, évolue. Elle s’approche d’un imaginaire déjà exploré dans Ex Machina ou 2001, l’Odyssée de l’espace. La peur devient froide, presque théorique. Mais encore faut-il accompagner ce basculement d’un propos fort. Ce n’est pas vraiment le cas ici. Certes, le film évoque la nécessité de poser des limites à l’IA, mais il le fait de manière paresseuse. Le message est connu, déjà abordé dans mille autres œuvres, et surtout, il manque de chair. 

 

La mise en scène ne parvient jamais à faire ressentir cette angoisse civilisationnelle que le script évoque timidement. On assiste, au mieux, à un exposé un peu creux ; au pire, à une suite de scènes déconnectées qui ne forment jamais un tout cohérent. L’un des autres problèmes majeurs de cette suite, c’est qu’elle semble incapable de faire évoluer ses protagonistes. Les conflits familiaux sont identiques au premier film : une tante dépassée, une adolescente en rupture, un attachement artificiel à une machine qui fait figure de substitut émotionnel. Rien ne bouge. Les enjeux restent les mêmes, mais sont cette fois noyés dans un univers plus vaste et moins intimiste. Il y avait pourtant matière à approfondir. 

 

La reprogrammation possible de M3gan, son humanisation progressive, la complexité de ses intentions... autant de pistes laissées en surface. L’idée que la poupée devienne gentille, par exemple, aurait pu être intéressante si elle avait été justifiée par une transformation réelle de son code ou de sa conscience. Au lieu de cela, le film conserve le même personnage, en lui attribuant une mission contraire, sans que cela ne fasse véritablement sens. Visuellement, le film s’en sort mieux. La création hybride de M3gan — entre animatronique, motion capture et performance d’actrice — reste bluffante. Les effets spéciaux sont globalement bien intégrés, et certaines scènes d’action fonctionnent, malgré leur relative sobriété. 

 

Le rythme reste soutenu, les longueurs sont rares, et l’ambiance, bien que moins marquée que dans le premier opus, conserve une certaine efficacité. Mais là encore, la direction artistique hésite. Par moments, M3GAN 2.0 semble vouloir s’inspirer de l’univers de la tech dystopique, avec ses environnements froids, ses laboratoires ultra-modernes, ses interfaces translucides. À d’autres, il lorgne vers la parodie, avec un humour absurde et des dialogues volontairement décalés. Le résultat est un patchwork stylistique difficile à lire. Il y a, malgré tout, quelques idées intéressantes. Notamment dans la façon dont le film traite la notion de “code partagé” entre les deux IA. Cette parenté numérique, ce miroir entre M3gan et Am3lia, aurait pu nourrir une réflexion plus profonde sur l’identité, la conscience ou la responsabilité. 

 

Mais l’ensemble reste trop peu exploité, dilué dans un enchaînement de scènes qui privilégient le mouvement à la substance. Même la scène finale, qui aurait pu offrir un moment fort — une sorte de rédemption ou de sacrifice —, échoue à marquer. Elle évoque sans le dire Terminator 2, sans jamais assumer complètement la référence. Résultat : une impression de déjà-vu, sans l’intensité émotionnelle qu’on aurait pu attendre. Est-ce que M3GAN 2.0 méritait d’exister ? Difficile à dire. Le film tente quelque chose. Il ne se contente pas de refaire la même chose que le premier. Il prend des risques, change de registre, essaie de s’inscrire dans une vision plus large du rapport homme-machine. Mais ces ambitions, intéressantes sur le papier, peinent à se traduire à l’écran.

 

Le résultat reste regardable, parfois même divertissant, mais il manque l’efficacité narrative et l’impact émotionnel qui avaient permis au premier film de s’imposer dans l’univers pourtant saturé des thrillers technologiques. En voulant trop en faire, M3GAN 2.0 s’égare. M3GAN 2.0 n’est ni un vrai film d’horreur, ni une réussite de la science-fiction spéculative. C’est un hybride incertain, un divertissement bancal qui oscille entre autoparodie et tentative sérieuse de réflexion sur l’IA. Ceux qui attendaient une suite effrayante seront déçus ; ceux qui espéraient une fresque technologique y trouveront quelques échos, mais trop dispersés pour convaincre. Une suite qui interroge, certes, mais qui convainc rarement.

 

Note : 5/10. En bref, M3GAN 2.0 ne se contente pas de refaire la même chose que le premier mais ce n’est ni un vrai film d’horreur, ni une réussite de la science-fiction spéculative. C’est un hybride incertain, un divertissement bancal qui oscille entre autoparodie et tentative sérieuse de réflexion sur l’IA. 

Sorti le 25 juin 2025 au cinéma

 

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G
coucou toi<br /> super pour cette article<br /> une bonne critique :)<br /> bon weekend
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