27 Juin 2025
And Just Like That… // Saison 3. Episode 5. Under the Table.
La série And Just Like That… continue son chemin avec un cinquième épisode qui, sans crier gare, remet sur la table un sujet qui m’a parlé plus que je ne l’aurais imaginé : le bruit des talons sur un parquet ancien. L’ouverture de l’épisode m’a replongé dans un souvenir sonore particulièrement désagréable : ma voisine du dessus, qui semblait vivre perchée sur des talons aiguilles, à toute heure du jour comme de la nuit. Ce genre de détail, qui pourrait passer pour anodin, devient ici le cœur d’une intrigue où Carrie Bradshaw, fidèle à elle-même, refuse obstinément de se séparer de ses chaussures à la maison. Un choix anodin en apparence, mais qui déclenche un conflit de voisinage aussi irritant que révélateur.
Carrie, personnage que l’on connaît pour son amour inébranlable des stilettos, fait face à une plainte de son nouveau voisin du dessous, Duncan Reeves. Biographe anglais venu s’installer à New York pour écrire tranquillement, il se retrouve rapidement excédé par les claquements incessants des escarpins de Carrie. Le décor est planté : le bruit devient un terrain d’affrontement entre deux visions de la cohabitation urbaine. Ce qui est fascinant ici, c’est que Carrie ne cherche pas à comprendre, au moins dans un premier temps. Elle continue à marcher comme si de rien n’était, persuadée qu’elle a le droit d’habiter son espace comme bon lui semble. Pourtant, elle finit par tenter une approche plus diplomate : elle offre un panier garni à Duncan, qui lui répond par une paire de pantoufles franchement moches, censées la convaincre de faire moins de bruit.
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L’échange tourne rapidement au vinaigre, et chacun campe sur ses positions. L’un des aspects les plus intéressants de cet épisode, c’est la manière dont Carrie semble progressivement céder du terrain. Elle installe des tapis, demande à ses amis d’enlever leurs chaussures en entrant, et semble même réévaluer ses propres habitudes. Ce comportement soulève une vraie question : jusqu’où faut-il aller pour préserver la paix dans son immeuble, sans renier qui l’on est ? D’un point de vue extérieur, Carrie semble faire preuve d’un peu trop de bonne volonté, surtout quand on se souvient de sa façon bien à elle de défendre ses choix dans le passé. Cette attitude contraste avec sa gestion bien plus évasive de la situation avec Aidan.
Là, elle met les formes, s’adapte, se plie presque en quatre pour éviter les conflits. Ce n’est pas vraiment dans ses habitudes, et cela peut laisser perplexe. Pendant ce temps, Miranda continue de jongler avec une vie de plus en plus chaotique. Logée temporairement dans un Airbnb, elle est confrontée à un voisin bien plus inquiétant que celui de Carrie. Imaginez une scène digne d’un mauvais rêve : un vieil homme nu, armé d’un couteau de cuisine, surgissant derrière une porte suite à une simple note glissée pour lui demander de baisser la musique. Ambiance. Ce qui devait être une transition devient un problème de sécurité. La décision est prise : elle s’installe chez Carrie. Et là, l’épisode prend une tournure de colocation ratée.
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Entre Miranda qui vide le frigo sans prévenir, déambule nue dans l’appartement la nuit et envahit l’espace de travail de Carrie, et cette dernière qui devient passivement agressive pour un yaourt ou une bouteille de soda, on assiste à une implosion en douceur. Rien de dramatique, mais tout est dit à travers les silences, les regards et les gestes retenus. Ce qui aurait pu dégénérer finit par une reconnaissance partagée : elles ne sont pas faites pour vivre ensemble. À leur âge, elles savent écouter ce constat sans se déchirer. Carrie propose même à Seema de filer un coup de main à Miranda dans sa recherche d’un nouveau chez-soi. Un geste qui, il faut le reconnaître, scelle une amitié solide plutôt qu’un simple désaccord. La relation entre Carrie et Duncan, elle, évolue aussi. Un incident banal — une casserole oubliée sur le feu — devient un point de bascule.
Carrie, en mode super-héroïne domestique, s’invite chez lui pour éteindre le début d’incendie. Ce geste désamorce enfin leur tension. Autour d’un dîner, ils échangent sur leurs difficultés d’écriture. Duncan doute de sa capacité à écrire sur Margaret Thatcher, un sujet nouveau pour lui. Carrie, de son côté, s’essaie à la fiction historique. Deux voix, deux doutes, mais peut-être une collaboration à venir. Le plus significatif, c’est ce geste discret mais symbolique : au retour du dîner, Carrie retire ses chaussures en entrant. Ce n’est pas un renoncement à sa personnalité, mais peut-être une manière de reconnaître que certains compromis valent la peine. L’épisode ne se contente pas de jouer sur des disputes de voisinage ou de colocation. Une révélation plus lourde vient bouleverser l’équilibre déjà fragile de Charlotte : Harry, son mari, est atteint d’un cancer de la prostate.
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Un diagnostic qu’il partage dans un moment calme, lors d’une balade en couple. Il minimise, rassure, insiste pour que Charlotte ne change rien à sa vie professionnelle. Il refuse toute forme de compassion collective. Il ne veut pas être vu comme "le gars qui a un cancer". Charlotte encaisse, mais on sent que le poids est énorme. Elle tente malgré tout de garder le cap, même si sa manière de forcer des moments de bonheur — comme ce week-end glamping en famille — trahit son inquiétude. Le séjour en tente de luxe sur Governor’s Island, censé être une pause familiale agréable, vire rapidement à l’échec. Les enfants traînent des pieds, Harry se plaint, et Charlotte se retrouve à essayer de maintenir une façade joyeuse. Quand elle découvre tout le monde rivé à des écrans dans la tente, son agacement explose.
Elle prend l’air, en silence, incapable de verbaliser son stress. C’est là que Lisa, également dépassée par ses propres soucis conjugaux, la rejoint. La scène qui suit est sans doute la plus touchante de l’épisode. Charlotte, incapable de parler, est soutenue par un simple geste : une main posée dans le dos, un silence partagé. Pas besoin de discours. Il y a des moments où la vraie amitié se passe de mots. Celui-ci en est un. Pendant que Charlotte tente de faire bonne figure, Lisa n’est pas épargnée. Les disputes avec Herbert s’enchaînent, souvent autour de détails en apparence anodins : un manque de communication, des attentes non partagées, un travail qui empiète sur la vie de couple. Elle avoue même à Charlotte qu’un petit "crush" professionnel s’est invité dans sa vie, avec son éditeur.
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Rien de consommé, mais la pensée est là. Une petite fissure dans un couple qui semblait solide. Cette scène vient renforcer une impression grandissante : au-delà des intrigues personnelles, la série s’attarde de plus en plus sur la complexité des relations à long terme. Comment maintenir un équilibre entre individualité, carrière, vie de couple et parentalité ? L’épisode n’apporte pas de réponse claire, mais ouvre la porte à une réflexion qui fait écho à beaucoup de vies réelles. En fin de compte, cet épisode parle d’adaptation. Que ce soit Carrie qui apprend (enfin) à marcher sans bruit, Miranda qui réalise qu’amitié ne rime pas avec colocation, Charlotte qui encaisse un bouleversement intime, ou Lisa qui remet son mariage en question, chacun doit réévaluer ses repères.
Il n’y a pas de grande révélation, pas de transformation radicale, mais une série de petits gestes, d’essais, de limites franchies ou respectées. C’est là que l’épisode trouve sa valeur. Et même si certaines scènes peuvent paraître anecdotiques ou exagérées, elles reflètent une réalité moderne : la difficulté d’habiter ensemble, de partager un espace, une intimité, une trajectoire, sans perdre son équilibre. Ce cinquième épisode d’And Just Like That… ne cherche pas à briller. Il explore plutôt les aspérités du quotidien, celles qui grincent, qui dérangent, qui fatiguent. Des talons trop bruyants, un cancer à cacher, un espace trop étroit pour deux amies, des couples qui communiquent mal…
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On est loin des grandes envolées sentimentales ou des rebondissements romantiques. Mais dans ces petites choses, parfois mesquines, parfois tendres, on retrouve une vérité bien plus intéressante : celle de femmes qui avancent, avec leurs contradictions, leurs maladresses, leurs silences. Le glamour est toujours là, par touches, mais il laisse aussi la place à quelque chose de plus brut, de plus humain. Et peut-être que, dans cet épisode, la vraie nostalgie ne venait pas des chaussures… mais de la façon dont ces personnages continuent de chercher, envers et contre tout, à préserver les liens qui les tiennent debout.
Note : 7/10. En bref, il n’y a pas de grande révélation mais une série de petits gestes, d’essais, de limites franchies ou respectées. Et même si certaines scènes peuvent paraître anecdotiques ou exagérées, elles reflètent une réalité moderne : la difficulté d’habiter ensemble, de partager un espace, une intimité, une trajectoire, sans perdre son équilibre.
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