The Sandman (Saison 2, Volume 2) : une fin à l’image de la série

The Sandman (Saison 2, Volume 2) : une fin à l’image de la série

Le deuxième volume de la saison 2 de The Sandman n’a pas été abordé avec la même légèreté que le précédent. Là où le premier volume avait adopté un rythme épisodique, presque contemplatif, ces cinq derniers épisodes prennent une tournure plus linéaire, plus fermée aussi. Ce choix narratif change clairement la dynamique de l’ensemble. Cette fois, la série ne cherche plus à voyager, elle cherche à conclure. Et cette volonté colore chaque scène d’une certaine gravité. Dès le premier épisode, il est clair que la série avance en pleine conscience de sa fin. Ce n’est pas une surprise scénaristique, c’est une atmosphère qui s’installe dès les premières minutes. 

 

L’univers du Dreaming se fragilise, les personnages parlent comme s’ils savaient que le rideau allait tomber. Contrairement à la première saison et au début de la deuxième, où tout semblait encore possible, ces épisodes recentrent tout sur l’inévitable. Cette sensation de fin imminente n’est pas seulement liée à la menace qui pèse sur Dream. Elle est également émotionnelle. Plusieurs personnages prennent le temps de dire au revoir, à leur manière. Il y a quelque chose de pudique dans cette approche. Pas de larmes forcées ni de grands gestes théâtraux, mais une forme de résignation douce qui fait effet. L’un des éléments marquants de ce volume, c’est sa concentration. Là où la série avait jusque-là l’habitude de s’éparpiller, ici elle choisit de ne garder que l’essentiel. 

 

Cela se traduit par un fil narratif plus resserré : la chasse aux conséquences. L’acte de Dream à la fin du volume 1 – celui de mettre un terme à la souffrance de son fils – n’est pas sans prix. Ce choix devient le point de départ d’un engrenage qui mène à la chute. Tout est logique. Rien n’est précipité, mais tout est inévitable. Il y a dans cette approche quelque chose d’étrangement apaisant. Pour une série qui a longtemps joué avec les codes du mythe, du rêve, de l’abstraction, ce recentrage sur un récit à la structure plus classique donne un ancrage nouveau. Cela permet également aux relations humaines – ou inhumaines – de ressortir davantage. La relation entre Dream et Orpheus est au cœur de ce volume. Non pas parce qu’elle est longuement développée, mais parce que ses conséquences envahissent tout. 

 

La série fait le choix de ne pas s’attarder sur le passé, mais de mettre en lumière l’après. Ce n’est pas l’acte qui est disséqué, mais la culpabilité. Et là, The Sandman trouve l’un de ses angles les plus justes. Ce qui frappe ici, c’est la manière dont le personnage de Dream est traversé par un sentiment de faute qu’il ne nomme jamais. Il ne cherche ni à se justifier, ni à se défendre. Il avance, lentement, dans ce qui ressemble à une forme d’acceptation passive. Ce comportement, déjà perceptible dans le volume 1, prend ici tout son sens. Ce n’est pas seulement un roi qui doute, c’est un père qui ne sait pas comment vivre avec ce qu’il a fait. Et à travers cette histoire, la série glisse quelque chose de plus universel : le fait que certains choix, même s’ils sont faits avec de bonnes intentions, laissent des cicatrices impossibles à refermer.

 

L’un des intérêts majeurs de cette deuxième moitié de saison réside dans le retour de certains visages familiers. Ce n’est pas tant la nostalgie qui fonctionne ici, mais la manière dont ces personnages ont évolué ou réagi à l’évolution de Dream lui-même. Le retour du Corinthien, par exemple, n’est pas traité comme une menace, mais comme un miroir. Là où il incarnait auparavant une forme de dérive incontrôlable, il devient ici une figure plus ambiguë, presque complice. Son duo avec Johanna Constantine apporte une dynamique inattendue, moins portée sur l’action que sur la confrontation d’identités cabossées. Cela offre à la série une respiration bienvenue. Ces retrouvailles ne servent pas à cocher une liste, mais à souligner à quel point tout le monde a changé. 

 

Il ne s’agit pas seulement de savoir où en sont les autres, mais ce qu’ils disent du personnage central : Dream. Chaque interaction, chaque scène partagée, dessine un peu plus ce qu’il devient… ou ce qu’il n’arrive plus à être. À l’image de l’ensemble de la série, ce volume ne cherche jamais à impressionner gratuitement. Il y a bien quelques scènes à grand déploiement – notamment dans les séquences finales –, mais elles restent au service du récit. Le spectaculaire, ici, est d’abord émotionnel. C’est notamment visible dans les scènes d’adieux. La série ne cherche pas à faire pleurer ou à forcer l’émotion. Elle se contente souvent de silences, de gestes retenus, de regards qui en disent plus que les mots. Cette retenue, déjà présente dans les volumes précédents, est poussée ici à son paroxysme.

 

Même les instants les plus dramatiques – la chute de certains personnages, les décisions irréversibles – sont traités avec une forme de distance. Pas de pathos, mais une sorte de lucidité mélancolique. Un ton qui peut frustrer certains, mais qui, de mon point de vue, donne à la série une sincérité rare. Bien sûr, tout n’est pas parfaitement maîtrisé. Certaines scènes traînent en longueur, notamment dans le premier épisode du volume. Le rythme, déjà lent dans la série, devient parfois pesant. Certaines conversations s’étirent inutilement, comme si la série hésitait à conclure trop vite ce qu’elle a mis tant de temps à construire. De plus, l’interprétation de Tom Sturridge, toujours aussi murmurée, finit par installer une monotonie dans les échanges. 

 

Ce choix de ton, cohérent avec le personnage, empêche parfois certaines scènes de prendre toute leur ampleur dramatique. Et si la série parvient souvent à équilibrer la réflexion et l’émotion, elle tombe aussi parfois dans une forme de lourdeur symbolique. Certaines métaphores sont martelées un peu trop clairement, là où une écriture plus subtile aurait suffi. Au fil des épisodes, une question se détache : que laisse Dream derrière lui ? Il ne s’agit pas seulement de succession, mais d’héritage au sens large. Ce que la série interroge, ce n’est pas la fin en tant que telle, mais ce qu’elle dit de ce qui a été. Le personnage de Daniel, au centre d’un enjeu crucial, cristallise cette réflexion. 

 

Il n’est pas seulement une victime, ni un futur roi : il est le témoin de ce que Dream a construit, détruit, tenté de réparer. À travers lui, la série parle de transmission, de mémoire, de transformation. Et au fond, c’est peut-être ça que cette fin cherche à dire : il ne s’agit pas de faire durer à tout prix, mais de laisser quelque chose qui puisse continuer, autrement. Avec ce volume 2, The Sandman clôt son histoire de manière plus sobre que spectaculaire. La série reste fidèle à sa manière de faire : lente, réfléchie, poétique par moments, maladroite par d'autres. Elle ne cherche pas à tout expliquer, ni à tout justifier. Elle laisse des zones d’ombre, des silences, des non-dits.

 

Ce n’est pas une série qui a tenté de plaire à tout le monde. Et cette dernière salve d’épisodes ne déroge pas à la règle. Elle choisit la continuité plutôt que la rupture, la mélancolie plutôt que le choc. En tant que spectateur qui n’avait aucune connaissance préalable de l’œuvre originale, cette conclusion m’a semblé juste. Pas parfaite, mais alignée avec ce que la série a toujours été : un rêve étrange, parfois déroutant, mais rarement vide de sens.

 

Note : 7/10. En bref, avec ce volume 2, The Sandman clôt son histoire de manière plus sobre que spectaculaire. La série reste fidèle à sa manière de faire : lente, réfléchie, poétique par moments, maladroite par d'autres.

Disponible sur Netflix

La saison 2 de The Sandman est la dernière de la série. Il n’y aura pas de saison 3 de The Sandman. Netflix a annulé la série suite aux allégations d’agression sexuelle faites à l’encontre de Neil Gaiman, créateur des romans graphiques dont est issue la série.

 

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