Critique Ciné : My Dead Friend Zoe (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : My Dead Friend Zoe (2025, direct to SVOD)

My Dead Friend Zoe // De Kyle Hausmann-Stokes. Avec Sonequa Martin-Green, Natalie Morales et Ed Harris.

 

My Dead Friend Zoe, réalisé par Kyle Hausmann-Stokes, aborde un sujet délicat : le traumatisme post-combat chez les vétérans et la culpabilité qui peut naître de la perte d’un camarade d’armes. Sur le papier, le projet a tout pour susciter l’intérêt, tant il traite d’un enjeu social souvent invisibilisé au cinéma. Mais au-delà de ses intentions louables et de quelques bons acteurs, le film peine à trouver une forme juste. Résultat : un drame au potentiel important, mais au traitement inégal et parfois maladroit. Il est important de le dire clairement : My Dead Friend Zoe n’est pas une comédie. Pas même une comédie noire. Malgré les annonces faites en amont par l’équipe du film, ce long-métrage est avant tout un drame psychologique, parfois une tragédie. 

 

Une vétérante se rend dans la maison isolée au bord d'un lac de son grand-père, ancien combattant du Vietnam, elle est chargée de lui apporter la seule chose qu'il refuse... de l'aide.

 

L’histoire est centrée sur Merit, une vétérane de l’armée qui vit avec le souvenir – bien vivant dans son esprit – de Zoe, son amie disparue. Zoe n’est pas un fantôme au sens surnaturel du terme. Elle est une projection mentale, le reflet de la culpabilité de Merit, un personnage imaginaire utilisé comme ressort narratif pour faire avancer l’intrigue. C’est un procédé déjà vu, pas toujours très subtil, et ici il peine à convaincre. Voir une protagoniste dialoguer pendant de longues scènes avec une figure qui n’existe que dans sa tête finit par créer une distance émotionnelle. À force d’expliquer les sentiments au lieu de les incarner, le film finit par tourner à vide. La construction du film repose sur une montée en tension émotionnelle qui prend du temps à s’installer. Trop de temps. 

 

Pendant une bonne heure, le récit semble stagner dans une succession de scènes à tonalité neutre, sans réelle progression dramatique. Ce n’est pas une lenteur poétique ou contemplative : c’est un faux rythme qui fait décrocher, au point de rendre les enjeux presque abstraits. Il m’est arrivé de lutter contre l’ennui à plusieurs reprises, ce qui n’arrive pas souvent dans un film que je choisis de voir. Ce n’est qu’à l’approche du dernier tiers que l’émotion prend enfin un peu d’ampleur. Mais là encore, elle repose sur des artifices scénaristiques prévisibles, et une révélation finale qui manque de consistance. La raison pour laquelle Zoe n’est plus en vie aurait pu avoir un impact fort, mais elle est traitée de manière trop elliptique. 

 

En choisissant d’insister sur un détail aussi ténu (un appel manqué pendant un dîner de famille), le film rate l’occasion de creuser plus profondément les causes systémiques du mal-être des vétérans. Le casting de My Dead Friend Zoe comporte pourtant de beaux noms. Sonequa Martin-Green, dans le rôle principal, s’investit visiblement dans son personnage, même si le scénario ne lui donne pas toujours les moyens de briller. On sent l’envie de porter un film centré sur une femme militaire, ce qui est encore rare dans le paysage cinématographique. Mais le personnage de Merit reste souvent enfermé dans une écriture trop illustrative. Il lui manque cette part de complexité qui rend un protagoniste attachant, imprévisible, humain.

 

Morgan Freeman, pourtant annoncé comme une figure centrale du récit, est relégué à un rôle très secondaire, presque décoratif. Ses apparitions donnent le sentiment qu’il aurait pu incarner bien davantage si on lui avait offert de véritables scènes d’échange avec le personnage principal. Le potentiel était là, mais jamais pleinement exploité. Quant à Ed Harris, il réussit comme souvent à s’imposer en quelques scènes, grâce à sa présence sèche et dense. Mais même lui ne parvient pas à sauver le film de ses faiblesses structurelles. D’un point de vue formel, My Dead Friend Zoe se tient. La réalisation est propre, presque lisse. On est ici dans le registre de l’indépendant poli, à mi-chemin entre le téléfilm de prestige et la production de plateforme à petit budget. 

 

Rien de honteux, mais rien non plus de mémorable. Les cadres sont soignés, l’éclairage est maîtrisé, la direction artistique est cohérente. Mais tout cela manque d’une vision forte, d’un regard de cinéaste. Certains choix esthétiques rappellent l’univers de séries Netflix : une atmosphère légèrement saturée, des ralentis mélancoliques, une bande sonore omniprésente. Cela appuie parfois trop lourdement sur les émotions, là où un peu de retenue aurait été plus efficace. Le film semble vouloir à tout prix « faire ressentir », quitte à forcer la main. Il faut tout de même saluer la volonté de mettre en lumière un sujet aussi grave que le suicide chez les vétérans, trop rarement abordé dans la fiction. 

 

Le film intègre d’ailleurs de véritables anciens militaires dans certains rôles secondaires, ce qui apporte une forme d’authenticité bienvenue. Mais là encore, cette ambition est fragilisée par une écriture parfois maladroite, voire idéologiquement trouble. Le récit semble pointer du doigt Merit comme seule responsable de la disparition de Zoe, minimisant le rôle de l’institution militaire dans la prise en charge du trauma. On aurait pu attendre une critique plus frontale des politiques d’accompagnement des vétérans, ou au moins un regard plus nuancé. À force de charger la culpabilité individuelle, le film donne presque l’impression d’un discours culpabilisant, voire d’un sous-texte propagandiste.

 

Difficile de rejeter complètement My Dead Friend Zoe. Il y a de la sincérité dans le projet, un désir de bien faire, de parler à ceux qui souffrent en silence. Mais cette sincérité ne suffit pas à faire un bon film. Ce qui aurait pu être un drame poignant se transforme en chronique bancale, aux effets trop appuyés et au propos trop flou. Je suis sorti de la séance avec un sentiment mitigé : content d’avoir vu une tentative de cinéma engagé, mais frustré par le manque d’ampleur du résultat. Le film veut toucher, mais ne prend jamais vraiment à bras-le-corps la matière qu’il convoque. Il évoque plus qu’il ne raconte, survole plus qu’il ne s’ancre.

 

My Dead Friend Zoe est un drame sur le deuil, la culpabilité et la mémoire, centré sur une vétérane hantée par la perte de son amie. Le sujet est important, les intentions sont claires, mais le traitement manque de finesse. La narration lente, les personnages sous-écrits et les effets émotionnels trop forcés limitent la portée du film. 

 

Note : 5/10. En bref, une œuvre honnête, mais qui laisse le spectateur à distance. Pas inintéressant, mais loin d’être inoubliable.

Sorti le 27 octobre 2025 directement en VOD

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