30 Octobre 2025
The Unholy Trinity // De Richard Gray. Avec Pierce Brosnan, Samuel L. Jackson et Brandon Lessard.
Depuis que la poule aux oeufs d’or de Saban Films, Bruce Willis, ne peut plus tourner de films, la société de production réussi à attirer des acteurs connus et reconnus des années 90 pour de nouveaux produits cinématographiques produits avec les pieds. Dans le paysage du western contemporain, The Unholy Trinity avait de quoi attiser la curiosité. Une distribution qui aligne Samuel L. Jackson, Pierce Brosnan et Brandon Lessard, un décor aride au cœur du Montana, un récit de vengeance teinté de mystères enfouis… sur le papier, tout semble prêt pour un retour en grâce du western classique. Pourtant, très rapidement, la réalité du film vient rattraper les attentes.
Dans le Montana des années 1870. Avant son exécution, Isaac Broadway confie à son fils Henry, une tâche périlleuse : assassiner l'homme qui l'a piégé pour un crime qu'il n'a pas commis. Bien décidé à tenir sa promesse, Henry se rend dans la ville de Trinity, où il se retrouve pris en étau entre Gabriel Dove, le nouveau shérif de la ville, et un personnage mystérieux du nom de St. Christophe.
Ce long-métrage réalisé par Richard Gray ne réussit jamais à faire décoller son intrigue ni à donner vie à ses personnages. Il s’agit d’un film à la fois court dans sa durée (moins de 100 minutes) et long dans sa réception, tant il peine à susciter l’intérêt. Le problème majeur de The Unholy Trinity, c’est son scénario. Signé par Lee Zachariah, ce script semble osciller entre hommage maladroit et recyclage paresseux. L’histoire prend place dans une petite ville poussiéreuse de 1888, où Henry Broadway (Brandon Lessard) vient réclamer vengeance après la pendaison de son père. Rapidement, il se retrouve mêlé à une rivalité entre le shérif Gabriel Dove (Pierce Brosnan) et un ancien esclave devenu chasseur d’or impitoyable, St. Christopher (Samuel L. Jackson).
La promesse d’un affrontement explosif est là… mais rien ne s’embrase. Les scènes s’enchaînent sans tension, les dialogues peinent à dépasser le niveau d’un western de série B, et l’ensemble finit par tourner à vide. Le manque de développement des personnages n’aide en rien : chacun semble figé dans un archétype, sans aspérité ni trajectoire véritable. Henry, censé porter l’histoire, se montre terne et peu attachant. Il est difficile de s’intéresser à son sort, tant il manque de profondeur. Même Brosnan, dont la présence aurait pu rehausser le tout, livre une prestation mécanique, accent irlandais approximatif en prime. Richard Gray semble naviguer à vue derrière la caméra.
Sa réalisation est propre, parfois même jolie lorsqu’elle capte les vastes étendues montagnardes ou les silhouettes solitaires à contre-jour. Mais ces belles images ne suffisent pas à compenser l’absence de souffle narratif. L’action, pourtant présente, reste peu marquante. Les fusillades manquent d’impact, les confrontations verbales tournent court, et les rares moments de tension sont expédiés sans conviction. Le film avance, oui, mais sans véritable direction. Les scènes s’accumulent dans une linéarité monotone. À aucun moment le récit ne prend de virage inattendu, ni ne creuse réellement ses enjeux. Résultat : même les scènes censées choquer ou surprendre tombent à plat. Si The Unholy Trinity tient à peine debout, c’est en grande partie grâce à Samuel L. Jackson.
Son personnage, St. Christopher, possède une aura inquiétante et ambigüe, que l’acteur parvient à incarner sans en faire trop. Il apporte au film un minimum de présence et de charisme, même si le scénario ne lui donne pas assez de matière pour aller au bout de ses intentions. On devine, derrière ses regards en coin et ses silences calculés, un passé chargé et une volonté tenace. Malheureusement, le film préfère le survol au creusement, et ne lui laisse que quelques scènes vraiment mémorables. Son duo annoncé avec Brosnan est d’ailleurs une fausse promesse : les deux acteurs n’apparaissent presque jamais ensemble, et le potentiel dramatique de leur opposition reste inexploité.
Outre les lacunes du scénario et de la mise en scène, The Unholy Trinity souffre visiblement de contraintes budgétaires. Les costumes manquent d’authenticité, les décors paraissent parfois trop propres ou mal vieillis, et certains effets visuels — notamment lors des scènes en extérieur — trahissent une post-production inégale. Des défauts qui auraient pu passer inaperçus dans un film plus ambitieux sur le fond, mais qui ici s’ajoutent à une liste déjà longue de frustrations. La bande-son, signée Marco et Tristan Beltrami, n’arrange rien. Au lieu de souligner les émotions ou d'accompagner les moments de tension, elle parasite souvent les scènes avec une emphase déplacée. Certains choix musicaux paraissent même hors sujet, accentuant la dissonance entre l’image et le son.
Ce qui déçoit peut-être le plus dans The Unholy Trinity, c’est son absence totale de proposition. À une époque où le western est souvent réinterprété pour interroger ses mythes — violence, masculinité, justice expéditive — le film se contente de rejouer les codes sans aucune nuance. Tout y est, mais rien n’est habité : la vengeance, les secrets enfouis, l’or comme poison, les figures de l’autorité ambivalentes… autant d’éléments qui auraient pu nourrir une œuvre dense, mais qui ici restent à l’état de décor. Il n’y a ni regard critique ni angle singulier. Le film ressemble davantage à un exercice de style fatigué qu’à une véritable tentative de raviver un genre. Comparé à d’autres productions contemporaines du western, The Unholy Trinity apparaît comme un vestige anachronique, perdu entre nostalgie mal digérée et manque d’inspiration.
En définitive, The Unholy Trinity est un western oubliable. Ni mauvais au point d’en devenir culte, ni assez bon pour convaincre. Il s’inscrit dans cette catégorie de films qui, malgré une belle affiche et un décor prometteur, peinent à trouver une voix propre. Les amateurs du genre n’y trouveront ni frisson, ni émotion, ni tension. Juste une succession de scènes convenues, portées par un casting mal utilisé et un récit trop plat pour marquer les esprits. Si le film a un mérite, c’est de rappeler que le western, pour continuer à vivre, doit se réinventer, non se répéter. À vouloir trop respecter les codes sans les questionner, The Unholy Trinity s’enlise dans une poussière qu’il ne parvient jamais à soulever.
Note : 3.5/10. En bref, The Unholy Trinity est un western oubliable. Ni mauvais au point d’en devenir culte, ni assez bon pour convaincre. Il s’inscrit dans cette catégorie de films qui, malgré une belle affiche et un décor prometteur, peinent à trouver une voix propre.
Sorti le 23 octobre 2025 directement en VOD
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