Critiques Séries : Nine Perfect Strangers. Saison 2. Episode 8 (season finale)

Critiques Séries : Nine Perfect Strangers. Saison 2. Episode 8 (season finale)

Nine Perfect Strangers // Saison 2. Episode 8. Never Change.

SEASON FINALE

 

Quand on arrive au dernier épisode d’une série, il y a cette attente naturelle : celle de voir les pièces du puzzle enfin s’assembler, de comprendre les enjeux, de sentir que le voyage – même chaotique – a eu une destination. Malheureusement, avec « Never Change », l’épisode final de la saison 2 de Nine Perfect Strangers, cette attente se heurte à un constat amer : cette saison ne savait pas où elle allait, et elle termine comme elle a commencé, en nous laissant perplexes. Ce n’est pas nouveau : depuis le début de cette deuxième saison, on sentait que quelque chose clochait. Dès les premiers épisodes, l’intrigue semblait mal calibrée, les personnages secondaires à peine esquissés, et l’atmosphère mystérieuse qui avait fait le charme de la première saison peinait à réapparaître. 

 

Si on pouvait encore espérer un recentrage narratif vers le milieu de la saison, cet espoir s’est éteint progressivement. L’épisode 8 vient simplement sceller ce que beaucoup ont ressenti tout au long de ces huit épisodes : un gâchis de potentiel. Dans cette suite, Nine Perfect Strangers s’éloigne considérablement de ce qui faisait sa force : la lente déconstruction psychologique de personnages marqués par le deuil, le stress, ou la désillusion. Au lieu de ça, la saison s’embourbe dans des enjeux secondaires sans impact réel : conflits d’affaires, expérimentations pseudoscientifiques, vendetta mal ficelée… On est loin de l’originalité du premier opus. L’épisode 8 tente de faire croire qu’il conclut des arcs narratifs. On assiste à des confrontations, à des révélations, à des tentatives de liens entre les différents invités du centre de retraite. Pourtant, tout cela sonne creux. 

Il ne s’agit pas ici de manque de performance du casting – bien au contraire, plusieurs acteurs comme Aras Aydin, Murray Bartlett ou Christine Baranski offrent des prestations justes – mais l’écriture ne leur laisse pas l’espace de briller. On sent que l’épisode veut marquer une forme de culmination émotionnelle, mais les scènes se succèdent sans vraie intensité dramatique. À force d’avoir éparpillé les intrigues au fil des épisodes, le final ne peut pas rattraper ce qui n’a pas été construit en amont. On assiste à des moments supposés forts qui tombent à plat faute de contexte ou de cohérence. Un peu comme si la série nous disait que c’est bon on arrive au bout, sans vraiment nous en convaincre. Le retournement autour de David ne fonctionne pas vraiment. 

 

Je n’ai rien contre le personnage en soit mais on ne peut pas dire que les scénaristes savent vraiment quoi faire de ce qu’ils ont construits. C’est plat. Mark Strong a beau incarner son personnage en tentant d’y croire, rien ne fonctionne vraiment. Etant donné que le reste de la saison était raté, difficile de vraiment se sentir investi dans ce que la série nous révèle ici.  Le personnage de Masha, interprété par Nicole Kidman, continue d’être au centre du récit, mais son rôle devient de plus en plus difficile à cerner. Autrefois figure énigmatique et presque mystique, elle est désormais réduite à une présence étrange, autoritaire mais incohérente, dont les motivations semblent changer au gré des besoins du scénario. Là où la saison 1 jouait habilement avec son ambiguïté, cette deuxième saison fait de Masha une manipulatrice obsessionnelle, qui perd peu à peu toute légitimité aux yeux du spectateur. 

Sa volonté de désigner un responsable à son malheur, quitte à orchestrer des scènes presque grotesques, nous éloigne complètement de toute empathie possible. Et le pire, c’est que le récit semble vouloir nous faire croire qu’elle reste au fond une "guérisseuse" visionnaire. C’est là que la série franchit une limite : celle du non-sens narratif. C’est sans doute l’un des seuls points encore appréciables de cette saison : l’esthétique. Le cadre alpin, la lumière froide, les décors soignés – tout est mis en place pour créer une ambiance presque onirique. Visuellement, l’épisode final propose quelques séquences qui auraient pu être puissantes si elles avaient été soutenues par un récit solide. Mais l’image ne peut pas faire tout le travail. Et une belle enveloppe ne suffit pas à masquer un scénario qui tourne en rond.

 

On a parfois l’impression que la série essaie de nous hypnotiser avec son ambiance, en espérant qu’on oublie de se poser trop de questions sur ce qu’on regarde réellement. C’est d’autant plus frustrant que ce potentiel esthétique aurait pu accompagner une exploration psychologique intense – ce que la saison promettait sans jamais vraiment tenir. Au fil des épisodes, certains invités avaient montré des signes d’évolution. On avait pu entrevoir des failles, des traumas, des moments de vulnérabilité. Mais l’épisode 8 ne leur rend pas justice. Au lieu de conclure leurs parcours avec finesse, la série les expédie dans des scènes brèves, souvent confuses, où l’on devine ce que les auteurs voulaient faire, sans que cela ne fonctionne à l’écran.

Pire encore : certains personnages sont ramenés uniquement pour servir les besoins de Masha, comme si leur propre transformation n’était qu’un prétexte. On sent une certaine mécanique derrière tout cela, et ça coupe toute émotion possible. Plutôt que d’explorer les liens humains, la série se perd dans ses jeux de pouvoir internes et ses expériences sous substances psychédéliques qui n’ont jamais vraiment trouvé leur justification. Il est difficile de ne pas comparer cette saison 2 à la première. Celle-ci n’était pas parfaite, mais elle avait le mérite de construire quelque chose de cohérent. On suivait un groupe de personnes très différentes, confrontées à leurs douleurs dans un cadre qui flirtait avec l’ésotérisme sans jamais s’y perdre. Il y avait une vraie tension, un fil rouge clair, une progression dans la narration.

 

Ici, rien de tout ça. On a l’impression que les scénaristes ont voulu répliquer une formule sans comprendre ce qui la rendait efficace. Résultat : une suite qui ressemble davantage à un produit marketing qu’à une véritable proposition artistique. On ne sait pas pourquoi cette saison a été écrite, ni pour qui. Il est peu probable que cet épisode 8 donne envie à qui que ce soit de voir une saison 3. D’ailleurs, on peut légitimement se demander pourquoi la série a été renouvelée. Était-ce pour exploiter un succès d’estime ? Pour capitaliser sur le casting ? Pour donner à Nicole Kidman un nouveau terrain de jeu ? Quelle qu’en soit la raison, le résultat est là : cette saison deux ne parvient jamais à retrouver l’équilibre subtil qui avait permis à la série d’exister. 

Elle se perd dans des idées vagues, des intrigues sans colonne vertébrale, et des personnages qui n’évoluent pas vraiment. Ce n’est pas que la série est mauvaise dans le sens caricatural du terme. C’est surtout qu’elle est creuse, et qu’elle donne l’impression de tourner à vide. En refermant cette saison, on reste avec un sentiment de distance. Distance par rapport aux personnages, à l’univers de la série, à ses intentions. Nine Perfect Strangers aurait pu être cette fiction un peu perchée, mais toujours touchante, sur la quête de soi et les chemins de la guérison. Elle est devenue un labyrinthe où les sorties sont bouchées, et où les miroirs déformants finissent par lasser.

 

Certes, l’épisode 8 tente bien de raccrocher les wagons. Mais à ce stade, les passagers sont déjà descendus depuis longtemps. Et moi, en tant que spectateur, j’ai complètement décroché. Reste l’empreinte d’un projet qui avait un potentiel réel, mais qui a oublié en route ce qui rendait son concept original : l’humain.

 

Note : 4/10. En bref, l’épisode 8 tente bien de raccrocher les wagons, mais à ce stade, les passagers sont déjà descendus depuis longtemps. 

Disponible sur Amazon Prime Video

Hulu n’a pas encore renouvelé Nine Perfect Strangers pour une saison 3. 

 

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