22 Mai 2025
Trois ans après une première saison qui avait au moins le mérite d’intriguer, Nine Perfect Strangers revient avec une deuxième salve d’épisodes… et franchement, on aurait pu s’en passer. Dès les deux premiers épisodes, une chose est claire : le charme initial s’est dissipé. Le cadre a changé, les visages sont en partie nouveaux, mais l’âme de la série semble, elle, s’être égarée quelque part entre la Bavière et la Silicon Valley. On quitte l’Australie et le centre de bien-être Tranquillum House pour s’installer à Zauberwald, un mystérieux établissement situé en Allemagne. C’est censé être une retraite luxueuse, à la fois spirituelle et thérapeutique.
Une sorte de laboratoire du bien-être version psychédélique. Mais si le cadre est inédit, la mécanique narrative ne l’est pas du tout. On prend un groupe de personnes cabossées, on les isole, on leur administre des substances hallucinogènes, et on observe les réactions. C’est exactement le même concept que dans la première saison, mais en moins bien rythmé, en moins mystérieux, et surtout… en beaucoup plus long à démarrer. Nicole Kidman reprend son rôle de Masha, cette gourou new age au regard de glace, mais son personnage semble désormais tourner à vide. On sent bien qu’elle a un passé, des traumas, une méthode – mais cette fois, tout cela semble plus accessoire que structurant.
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Les flashbacks sont là pour ajouter une épaisseur émotionnelle, mais ils peinent à justifier ses choix présents. Sa quête intérieure est censée évoluer, mais dans les faits, elle n’apporte rien de nouveau, ni à elle-même, ni aux spectateurs. Et ce qui dérange, c’est qu’on ne sait même plus trop ce qu’elle cherche. Une rédemption ? Une validation scientifique de ses méthodes ? Un deal commercial ? Son discours est aussi flou que son accent, et c’est un vrai problème. Si le personnage principal semble errer sans cap, difficile de croire que l’histoire elle-même en ait un. L’un des rares points positifs de la première saison était son casting solide et attachant.
Ici, on retrouve un mélange hétéroclite de personnages, mais dont les dynamiques semblent, au mieux, forcées, au pire, caricaturales. On a l’éternelle fille en colère contre sa mère, le mec sympa avec un passé trouble, la star déchue, le couple en crise, la nonne en rupture avec son église, etc. Ce qui gêne, ce n’est pas qu’on retombe sur des archétypes. Après tout, la série joue justement sur l’idée de reconstruction personnelle. Le souci, c’est qu’ils sont à peine esquissés ou déjà insupportables. Imogen, par exemple, enchaîne les piques sans nuance et les réactions excessives, comme si être sarcastique suffisait à donner de la profondeur.
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Tina, quant à elle, alterne entre mutisme et amertume, sans qu’on comprenne vraiment ce qu’elle fait là. Brian, le présentateur pour enfants rongé par un passé houleux, est probablement le plus intéressant – mais même lui reste englué dans une narration qui manque de rythme. Dans les deux premiers épisodes, on sent bien que la série cherche à recréer la magie des interactions du premier groupe. Les échanges au bar, les retrouvailles forcées, les tensions larvées… mais la sauce ne prend pas. L’effet de surprise a disparu, les dialogues sonnent parfois faux, et les confrontations semblent fabriquées de toutes pièces. Même les touches d’humour, pourtant bienvenues, n’arrivent pas à sauver l’ensemble de l’ennui qui s’installe.
La structure-même des épisodes n’aide pas : on alterne entre des scènes contemplatives trop longues et des moments de révélation qui tombent à plat. On est loin du crescendo anxiogène de la saison 1. Ici, tout paraît plat, comme si les scénaristes hésitaient entre construire un mystère ou simplement faire de la thérapie filmée. Là où la saison 1 jouait habilement sur le doute – Masha est-elle une manipulatrice dangereuse ou une visionnaire ? – cette saison ne propose rien d’équivalent. Masha semble déjà installée dans sa posture de prêtresse du bien-être, et même son mysticisme paraît avoir été banalisé. Le suspense est remplacé par une série de micro-conflits qui peinent à intéresser.
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La série essaie bien d’instaurer quelques énigmes : pourquoi David Sharpe tarde-t-il à arriver ? Quel est exactement le lien entre lui et Masha ? Mais ces questions sont à peine posées qu’elles sont déjà oubliées par l’inertie générale du récit. Les dialogues explicatifs alourdissent l’ensemble, et les rares moments de tension retombent aussitôt, faute d’enjeu clair. L’un des problèmes majeurs de cette saison 2, c’est qu’elle recycle des thématiques déjà explorées dans la première, sans parvenir à les renouveler. La quête de sens, la douleur du deuil, la reconstruction identitaire : autant de sujets forts, mais ici traités de manière superficielle. On ne ressent ni l’urgence du changement, ni la profondeur des blessures.
À force de vouloir traiter trop de sujets à la fois – la santé mentale, le trauma familial, l’échec amoureux, les relations mère-fille, les dérives du bien-être commercialisé –, la série finit par tout effleurer sans vraiment creuser quoi que ce soit. Et c’est dommage, car il y aurait matière à raconter bien plus, surtout avec un format aussi généreux. Ces deux premiers épisodes laissent une impression de vide narratif. Malgré quelques moments d’humour bien sentis et des acteurs qui font ce qu’ils peuvent avec ce qu’on leur donne, l’ensemble peine à captiver. La réalisation est correcte, le cadre dépaysant, mais cela ne suffit pas à compenser l’absence de direction claire.
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Le spectateur se retrouve dans la position inconfortable de quelqu’un à qui on a promis un voyage intérieur, mais qui reste coincé dans la salle d’attente. On a parfois l’impression que cette saison a été commandée parce que la première avait bien marché, et non parce qu’il y avait une histoire à raconter. Ce n’est pas un drame en soi – beaucoup de séries font ça – mais encore faut-il proposer quelque chose de neuf, ou au moins de sincère. Ici, on a plutôt l’impression d’un exercice de style sans conviction, un produit de consommation bien emballé, mais creux à l’intérieur. C’est la question qui se pose naturellement après ces deux premiers épisodes.
À ce stade, difficile de conseiller cette nouvelle saison, même aux fans de la première. Peut-être que les épisodes suivants vont redresser la barre, approfondir les personnages, dévoiler un vrai fil conducteur. Mais pour l’instant, la promesse d’un voyage introspectif fascinant ressemble surtout à une randonnée molle dans un décor de carte postale. Alors non, Nine Perfect Strangers saison 2 ne commence pas bien. Et si on se fie à ce qu’on a vu, on peut même se demander s’il y avait vraiment besoin d’une saison 2. Parfois, il vaut mieux savoir s’arrêter.
Note : 3.5/10. En bref, ce début de saison 2 a beau avoir quelques moments amusants, j’ai l’impression qu’elle cherche à tirer sur l’ambulance.
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