12 Juin 2025
Nine Perfect Strangers // Saison 2. Episode 5. Prague.
Il y a des séries qui tombent doucement mais sûrement dans l’oubli, et puis il y a la saison 2 de Nine Perfect Strangers, qui semble s’y précipiter à pleine vitesse, les yeux fermés, comme si c’était une performance artistique. L’épisode 5, intitulé “Prague”, poursuit la tendance de la saison : s’égarer dans des flashbacks interminables, perdre tout lien logique avec le présent, et abandonner en route les rares éléments qui faisaient le charme de la première saison. On regarde, on attend, on espère, mais on s’ennuie ferme. Et surtout, on se demande pourquoi cette série s’acharne à nous balader ainsi dans le passé de ses personnages, comme si c’était censé combler un vide qu’elle ne veut pas voir.
Depuis le début de cette deuxième saison, on sent que la série cherche désespérément à justifier son retour. La première saison avait réussi, malgré ses excès, à proposer une atmosphère intrigante, un huis clos psychédélique, où les interactions entre les personnages suffisaient à maintenir un certain intérêt. Ici, tout est dilué. Chaque épisode semble vouloir s’échapper de Zauberwald, le centre de retraite censé réunir nos fameux “neuf étrangers”, pour nous plonger dans des récits personnels racontés au compte-gouttes. Cette fois, c’est Masha qui prend toute la place, et franchement, c’est loin d’être passionnant.
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Masha, incarnée toujours avec la même froideur par Nicole Kidman, devient ici le centre de gravité de l’épisode. Mais au lieu d’épaissir le mystère autour d’elle, on la vide un peu plus de toute substance. L’épisode s’ouvre sur une séance hallucinogène qu’elle impose à David, un autre participant, censée le faire voyager dans son propre passé… et dans celui de Masha. L’objectif, nous dit-on, serait que Tatiana, la fille décédée de Masha, rencontre enfin son père. Mais soyons clairs : à la fin de l’épisode, rien de tel ne se produit. Ce qui devait être un moment de vérité devient une sorte de digression confuse, brouillée par des enjeux qui semblent sortir de nulle part.
On découvre que Masha n’a pas toujours été Masha. Avant, elle s’appelait Mila, travaillait dans le journalisme, et menait une vie entre deux verres de vodka et des conspirations vaguement politiques. David, de son côté, était déjà un homme influent, mais apparemment assez sentimental pour tomber amoureux en une nuit. Leur liaison donnera naissance à Tatiana, dont il ignorera toujours l’existence. Voilà le cœur de l’épisode. Et franchement, on se demande bien ce qu’on est censé ressentir. Empathie ? Intrigue ? Surprise ? Rien ne fonctionne. L’écriture ne parvient jamais à rendre crédible cette relation. On dirait un mauvais roman d’espionnage mâtiné de soap.
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Tout au long de “Prague”, la narration alterne entre passé et présent. Masha manipule les souvenirs de David comme une marionnettiste sous LSD. Elle le replonge dans leur rencontre, leur nuit d’amour, la naissance cachée de leur fille. En parallèle, on suit les réactions de David, entre éveil partiel et hallucinations induites. L’idée de mélanger souvenirs, réalité et fiction aurait pu être intéressante. Malheureusement, la série ne fait rien de cette matière. Elle empile les couches sans jamais les articuler. La mise en scène se veut onirique, mais elle reste vide. On sent bien l’intention : jouer avec la perception, brouiller les pistes, créer une ambiance hypnotique.
Mais à l’écran, cela donne surtout l’impression d’un long tunnel sans lumière au bout. À force de vouloir être cryptique, la série finit par être tout simplement confuse. Ce qui fatigue vraiment dans cet épisode, c’est l’absence totale de conséquence. On en apprend plus sur Masha, certes, mais pour quoi faire ? Rien de ce qu’on découvre ne change véritablement notre regard sur elle. On accumule les révélations — son passé de journaliste, ses liens supposés avec des agents russes, sa fuite, la perte de sa fille — mais tout cela sonne creux. Rien ne semble ancrer ces éléments dans la réalité actuelle de la série. Le plus frustrant reste le traitement du personnage de David. Lui aussi devient une sorte de figurant dans sa propre histoire.
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On aurait pu imaginer un moment d’émotion, une confrontation sincère, ou au moins une réaction face à la manipulation mentale dont il est victime. Au lieu de cela, David finit l’épisode sous le charme, prêt à investir dans les méthodes de Masha, et même à raviver leur flamme passée. Tout ça après un trip hallucinogène de plusieurs heures où il découvre qu’il est père d’une enfant morte. Sérieusement ? En voulant approfondir la psychologie de ses personnages, Nine Perfect Strangers semble avoir oublié ce qui faisait sa force : l’interaction. Dans la saison 1, c’était le groupe qui créait l’intérêt. Les personnages étaient réunis, confrontés à eux-mêmes mais aussi aux autres. Ici, chacun vit son petit trip dans son coin, et l’ensemble n’a plus aucune cohérence.
Même les personnages secondaires sont relégués à l’arrière-plan. Martin, par exemple, observe toute la scène depuis des caméras cachées, y compris les ébats sexuels entre Masha et David. Et alors ? Que va-t-il en faire ? On ne sait pas. Comme souvent dans cette saison, les scènes s’enchaînent sans qu’on comprenne leur portée. Le titre de la série devient de plus en plus ironique. Ces “neuf étrangers” sont à peine visibles dans l’épisode. Et quand ils apparaissent, c’est pour servir de décor ou combler un blanc. On se souvient qu’au début de la saison, on nous promettait un nouveau groupe hétéroclite, avec ses drames, ses secrets, ses tensions. Aujourd’hui, on se retrouve avec un soap centré sur Masha, pendant que les autres personnages errent dans le décor comme des figurants de luxe.
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Même les enjeux psychologiques sont devenus caricaturaux. Chaque flashback est censé nous apprendre quelque chose de profond, mais ils se contentent de survoler des traumatismes sans jamais leur donner corps. Il y a un vrai manque de finesse dans l’écriture, une tendance à sur-expliciter ou à dramatiser sans raison. Le pire dans tout ça, c’est que l’épisode ne suscite aucune émotion forte. Pas de rire, pas de larmes, pas même un vrai malaise. Juste un ennui poli, devant une histoire qui se prend trop au sérieux pour ce qu’elle raconte. Même les retournements de situation finissent par perdre leur impact, tant ils semblent déconnectés du présent.
On regarde “Prague” en se demandant : à quoi bon ? Pourquoi cette série s’acharne-t-elle à empiler les révélations personnelles sans jamais revenir à ce qui a fait son succès ? Où est passée la tension ? L’ambiance ? La folie douce qui planait sur Tranquillum House ? Avec ce cinquième épisode, Nine Perfect Strangers s’enfonce encore un peu plus dans l’incohérence et l’indifférence. À mi-saison, on n’a toujours pas de cap clair, et chaque épisode semble repousser l’idée même de progression. Le format de la série semble saboté de l’intérieur, comme si on tentait de faire croire qu’on avance, alors qu’on piétine depuis le début.
Il reste quelques épisodes pour sauver ce naufrage, mais je ne me fait plus trop d’illusions. Ce n’est pas tant que la série est mauvaise — elle est simplement à côté de son sujet. Et surtout, elle est ennuyeuse. Ce qui, pour une fiction censée explorer les méandres de l’esprit humain, est sans doute le pire des constats.
Note : 2/10. En bref, Nine Perfect Strangers s’enfonce encore un peu plus dans l’incohérence et l’indifférence. À mi-saison, on n’a toujours pas de cap clair, et chaque épisode semble repousser l’idée même de progression.
Disponible sur Amazon Prime Video
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