Critique Ciné : Au Revoir (2025, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Au Revoir (2025, Amazon Prime Video)

Au Revoir // De Ronni Castillo. Avec Jimmy Jean-Lois, Sophie Gómez et Jalsen Santana.

 

Au Revoir, réalisé par Ronni Castillo, appartient à cette catégorie d’œuvres qui suscitent une curiosité immédiate mais laissent derrière elles une impression plus tiède qu’espérée. L’histoire, centrée sur un écrivain dominicain confronté à la découverte de l’infidélité de son épouse après sa mort, avait pourtant de quoi nourrir un récit riche en émotions. Mais le résultat, bien que ponctué de quelques fulgurances visuelles, m’a laissé sur ma faim. Le film s’ouvre sur un deuil. L’écrivain dominicain, interprété par Jalsen Santana, fait face à la disparition brutale de son épouse. Très vite, le chagrin se double d’un choc : en fouillant les affaires de la défunte, il découvre qu’elle menait une double vie. 

 

Après la mort soudaine de Maria Paz, Marco son mari, découvre qu‘elle a un amant, Frederic. Il décide d’entreprendre un voyage pour le rencontrer. A travers cet homme et ce voyage en Bretagne, il découvrira à quel point sa femme lui était finalement inconnue et apprendra à se découvrir lui-même.

 

Derrière l’image de la compagne idéale se cache une vérité plus sombre, celle d’une relation parallèle avec un amant français, incarné par Jimmy Jean-Louis. Le pitch, sur le papier, n’a rien de révolutionnaire. Le thème du secret post-mortem a déjà été abordé dans d’autres films, parfois avec une intensité bouleversante. Ici, la confrontation entre le mari trompé et l’amant, avec en toile de fond la présence fantomatique de la disparue, promettait un drame psychologique dense. Pourtant, l’évolution du récit reste très balisée. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être surpris par les rebondissements, car la plupart se devinent dès les premières scènes. Ce qui intrigue d’abord dans Au Revoir, c’est le choix des décors. D’un côté, la mer des Caraïbes, chaude et vibrante, lieu d’origine de l’écrivain endeuillé. 

 

De l’autre, le golfe du Morbihan, plus froid, presque austère, où se révèle le passé caché de la défunte. Ce contraste géographique aurait pu donner lieu à une véritable dialectique visuelle entre lumière et obscurité, entre exotisme et mélancolie. Certains plans captent bien cette opposition : le bleu éclatant des Caraïbes s’oppose aux nuances grises de la Bretagne. Mais j’ai eu le sentiment que cette dualité restait trop en surface, utilisée davantage comme décor pittoresque que comme moteur narratif. Le voyage n’apporte pas de véritable progression dramatique ; il accompagne plutôt un récit qui stagne dans ses certitudes. Le cœur du film repose sur la confrontation entre deux hommes : le mari trompé et l’amant. Pourtant, cette rivalité n’explose jamais vraiment. 

 

Jalsen Santana incarne correctement la douleur contenue de l’écrivain, tandis que Jimmy Jean-Louis campe un rival tout en retenue. Mais les dialogues entre eux manquent d’ampleur. À aucun moment je n’ai ressenti cette tension électrique qu’un tel face-à-face devrait provoquer. Les seconds rôles n’apportent pas non plus le souffle nécessaire. Leur présence paraît souvent accessoire, comme si leur fonction se limitait à meubler des scènes déjà prévisibles. Cette impression est renforcée par une écriture parfois maladroite, qui enchaîne les raccourcis narratifs au lieu de laisser la psychologie des personnages respirer. Résultat : je n’ai pas réussi à m’attacher à eux, ni à me sentir réellement concerné par leur destin.

 

Sur le plan technique, Au Revoir bénéficie d’une réalisation propre. L’image est soignée, les paysages bretons apportent une authenticité certaine, et quelques scènes respirent une atmosphère élégante. Pourtant, cette mise en scène manque d’audace. Elle reste dans une zone de confort, multipliant les plans contemplatifs qui finissent par ralentir le rythme. Le film dure à peine une heure quinze, ce qui pourrait être perçu comme une force. Mais cette brièveté révèle surtout un manque de densité. J’ai eu la sensation qu’il n’y avait pas assez de matière dramatique pour remplir un long-métrage. L’histoire aurait peut-être trouvé une forme plus pertinente dans un moyen métrage ou une série de courts formats.

 

Un drame centré sur le deuil et la trahison devrait susciter des émotions fortes. Pourtant, je suis resté assez extérieur à ce que vivaient les personnages. Peut-être parce que les scènes les plus intenses ne vont jamais au bout de leur potentiel. L’écriture semble avoir peur de l’excès et préfère s’en tenir à une pudeur constante. Cette retenue, qui aurait pu être touchante, se transforme ici en distance. J’ai attendu le moment où la douleur deviendrait palpable, où les masques tomberaient vraiment, mais cette intensité n’est jamais venue. Le film glisse ainsi vers une forme de neutralité émotionnelle qui rend difficile toute implication personnelle.

 

Au Revoir tente d’aborder des thèmes universels : la difficulté de connaître réellement l’être aimé, la manière dont la mort bouleverse notre perception d’une vie partagée, la confrontation avec des vérités que l’on aurait préféré ignorer. Ces sujets auraient pu résonner avec force. Mais le scénario se contente d’en effleurer la surface. L’infidélité de la défunte devient un simple prétexte pour mettre en présence deux hommes que tout oppose. Or, au lieu de plonger dans la complexité des sentiments humains, le film préfère suivre un chemin balisé. Le résultat laisse un goût d’inachevé : l’idée est là, mais elle n’est jamais pleinement exploitée. En terminant le film, j’ai eu du mal à définir ce que je ressentais. 

 

D’un côté, je reconnais au film quelques qualités visuelles et une sincérité dans son propos. De l’autre, j’ai ressenti un manque flagrant d’intensité et d’originalité. Le récit ne m’a pas emporté, les personnages m’ont semblé figés, et l’émotion n’a pas percé l’écran. Je ne peux pas dire que Au Revoir soit un mauvais film. Mais il m’a semblé trop sage, trop prévisible, comme s’il se contentait de dérouler une histoire sans chercher à la rendre inoubliable. La courte durée évite l’ennui, certes, mais elle ne parvient pas à masquer une écriture qui aurait mérité plus de profondeur. Au Revoir de Ronni Castillo avait tout pour proposer un drame poignant autour du deuil et des secrets posthumes. 

 

Pourtant, malgré un cadre séduisant et des acteurs impliqués, le film peine à trouver sa voix. Il reste une œuvre regardable mais trop convenue, qui ne parvient ni à surprendre ni à émouvoir véritablement. Pour un spectateur en quête d’une réflexion fine sur la complexité des relations humaines après la mort, ce film risque de sembler limité. Pour d’autres, il offrira une parenthèse mélancolique, rapide et sans grande conséquence. En ce qui me concerne, je garde en mémoire quelques belles images de Bretagne et des instants fugaces de sincérité, mais pas de quoi me convaincre que Au Revoir laissera une trace durable dans le paysage cinématographique.

 

Note : 4/10. En bref, un film trop sage, trop prévisible, comme s’il se contentait de dérouler une histoire sans chercher à la rendre inoubliable. La courte durée évite l’ennui, certes, mais elle ne parvient pas à masquer une écriture qui aurait mérité plus de profondeur. 

Sorti le 8 août 2025 directement sur Amazon Prime Video 

 

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