8 Août 2025
Belladone // De Alanté Kavaité. Avec Nadia Tereszkiewicz, Dali Benssalah et Daphne Patakia.
Une ouverture hypnotique, presque suspendue : une île, un ciel métallique, une femme isolée, filmée avec un soin esthétique presque maniaque. Belladone intrigue dès les premières images. Tout semble annoncer une œuvre rare, une de ces propositions artistiques à part, hors du temps et des standards. Et puis, lentement, l’envoûtement s’efface. La beauté devient surface, le silence devient vide, et l’on se retrouve face à une énigme qui ne se donne jamais vraiment la peine d’être résolue. Dès les premières minutes, Belladone impose un rythme. Lent. Très lent. La caméra s’attarde sur les visages, sur les paysages, sur les objets, comme si chaque élément devait contenir une part de réponse.
Dans un futur proche… Sur une île coupée du monde, Gaëlle, 30 ans, prend soin d’un petit groupe de personnes âgées. L’arrivée d’un voilier fait revenir joie et vie sur l’île. Pourtant Gaëlle doute des intentions des voyageurs car les anciens se mettent à mourir les uns après les autres.
Sauf qu’à force d’errer ainsi dans le flou, sans boussole narrative claire, le film finit par se perdre dans ses propres intentions. L’intrigue – si tant est qu’on puisse vraiment en parler – repose sur un postulat futuriste : dans un monde qui a relégué ses aînés sur une île isolée, une mystérieuse série de décès vient perturber l’ordre établi. Nadia Tereszkiewicz incarne Gaëlle, chargée d’enquêter sur ces morts suspectes. Ce point de départ, qui aurait pu ouvrir la voie à un thriller dystopique ou à une fable politique acérée, est rapidement noyé dans une mise en scène contemplative qui semble fuir toute forme de tension dramatique. Il faut reconnaître à Alanté Kavaité une volonté : celle de ne pas tout livrer au spectateur.
Chaque dialogue est distillé avec parcimonie, chaque regard semble chargé de mille non-dits, chaque silence prend des allures de déclaration. Mais cette économie de mots, qui pourrait être puissante si elle était contrebalancée par une véritable densité émotionnelle, tourne ici à vide. Tereszkiewicz, dont le jeu intériorisé a déjà fait ses preuves ailleurs, semble prisonnière d’une direction d’acteurs qui l’oblige à rester dans une même note – celle d’une intensité figée, constamment à la lisière des larmes. Autour d’elle, Dali Benssalah et Daphné Patakia jouent également en retenue, jusqu’à disparaître dans le décor. Le résultat ? Des personnages éthérés, désincarnés, que l’on peine à comprendre et encore plus à ressentir.
Visuellement, Belladone est irréprochable. Les cadres sont soignés, la lumière subtile, les décors épurés mais expressifs. Kavaité sait créer une atmosphère. Mais est-ce suffisant ? C’est là que le film semble se heurter à ses propres limites. À force de construire chaque plan comme une œuvre picturale, il en oublie de construire un récit. L’esthétique prend le pas sur l’histoire, et ce qui devait être un film devient peu à peu un objet visuel, beau mais creux. Le traitement du futur est minimaliste. L’univers dystopique annoncé reste en arrière-plan, jamais vraiment développé. L’isolement des personnes âgées sur cette île – idée pourtant riche en potentiel – est à peine esquissé. Le film préfère flirter avec l’allégorie sans jamais réellement s’y engager.
Résultat : l’enjeu politique, pourtant bien présent en filigrane, reste trop timide pour réellement interroger. Le cœur du film repose sur une enquête. Des morts inexpliquées, des pistes à explorer, des suspects potentiels… mais tout cela reste à l’état d’ébauche. L’enquête semble servir de prétexte à une errance intérieure, à un voyage sensoriel plus qu’à une progression dramatique. On attend un rebondissement, une révélation, quelque chose qui relancerait l’intérêt. Mais rien ne vient vraiment. Le film avance, ou plutôt il stagne, et l’envie de comprendre s’effrite peu à peu. Même l’aspect mystérieux finit par lasser. À force de vouloir entretenir l’ambiguïté, Belladone finit par ne plus rien dire. Le mystère n’est plus un moteur, mais un rideau de fumée. Et lorsque le dénouement arrive enfin, il laisse surtout un goût d’inachevé.
Une sorte de morale implicite, un message flou sur le vieillissement, la solitude, ou peut-être la liberté… mais rien de suffisamment clair ou puissant pour emporter l’adhésion. Il faut pourtant reconnaître une certaine ambition au projet. Dans son essence, Belladone pose des questions importantes : comment traite-t-on les personnes âgées dans nos sociétés modernes ? Quelle place leur accorde-t-on dans un monde tourné vers la performance, la jeunesse et l’innovation ? En choisissant de les reléguer sur une île, de les isoler sous couvert de soin ou de paix, le film touche du doigt des préoccupations bien réelles. Malheureusement, ces thématiques sont abordées de manière trop diffuse pour créer un véritable impact.
Il y a aussi, en toile de fond, une réflexion sur la fin de vie, sur l’euthanasie, sur le droit de choisir sa mort. Là encore, le sujet est fort. Mais le film ne tranche jamais. Il effleure, il insinue, il laisse planer le doute. Et cette posture flottante finit par nuire à l’ensemble. Ce qui aurait pu être une prise de position devient une hésitation constante, une sorte de repli dans l’abstraction. Côté casting, le potentiel était là. Outre Tereszkiewicz, très investie malgré les limites de son personnage, le film rassemble des acteurs chevronnés : Miou-Miou, Patrick Chesnais, Féodor Atkine, Alexandra Stewart… Des noms qui inspirent confiance, mais qui ici, semblent figés, comme s’ils évoluaient dans une pièce de théâtre où rien ne doit dépasser.
Le manque d’interaction, de dynamique entre les personnages contribue à cette sensation d’engourdissement général. Belladone aurait pu être une œuvre forte, engagée, sensorielle. Elle en avait l’intention, les moyens visuels, et une idée de départ solide. Mais entre un rythme anesthésié, une narration trop évasive et des personnages trop peu incarnés, le film finit par ne plus tenir ses promesses. Il y a un vrai désir de cinéma derrière tout cela, une envie de faire différemment, d’oser le silence, l’allusion, la contemplation. Mais sans une colonne vertébrale narrative solide, ces choix artistiques se transforment en ornementation. Belladone devient alors ce qu’il ne voulait probablement pas être : un bel écrin sans contenu, un film qui regarde, mais ne raconte pas.
Note : 3/10. En bref, Belladone aurait pu être une œuvre forte, engagée, sensorielle. Mais entre un rythme anesthésié, une narration trop évasive et des personnages trop peu incarnés, le film finit par ne plus tenir ses promesses.
Sorti le 26 mars 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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