27 Août 2025
Everything’s Going to be Great // De Jon S. Baird. Avec Bryan Cranston, Allison Janney et Benjamin Evan Ainsworth.
Everything’s Going to Be Great, réalisé par Jon S. Baird et écrit par Steven Rogers, s’inscrit dans cette tradition du film américain sur une famille dysfonctionnelle. Ces familles au cinéma offrent un terrain fertile pour explorer les rêves contrariés, les tensions générationnelles et les illusions qui finissent par se fracasser contre la réalité. Pourtant, derrière ses airs de comédie dramatique pleine de vitalité, le film peine à trouver une cohérence. Ce mélange de fantaisie théâtrale et de drame intime laisse une impression d’inachevé, malgré la présence d’un casting prestigieux mené par Bryan Cranston et Allison Janney.
La famille Smart lutte afin de réaliser ses rêves démesurés.
L’histoire suit la famille Smart, installée dans l’Ohio de la fin des années 1980. Buddy (Bryan Cranston) est un père excentrique, passionné de théâtre, persuadé qu’il finira par transformer ses lubies en succès scénique. Sa femme Macy (Allison Janney), plus pragmatique, oscille entre admiration et lassitude face aux projets hasardeux de son mari. Leurs deux fils incarnent deux visions du monde opposées : Les (Benjamin Evan Ainsworth), adolescent passionné de comédie, s’invente des conversations avec de grandes figures disparues de la scène, tandis que Derrick (Jack Champion), plus terre-à-terre, ne rêve que de football et de stabilité. Sur le papier, cette configuration est riche en potentiel dramatique.
Entre la fantaisie artistique du père et le désir de normalité du fils cadet, le contraste promet des situations à la fois drôles et émouvantes. Le film parvient d’ailleurs, dans sa première moitié, à capturer une énergie communicative. Les scènes de répétition, les échanges familiaux bruyants, ou encore les sessions de cornemuse au petit matin installent un rythme enlevé et une tonalité de comédie attachante. Mais cette légèreté ne dure pas. Rapidement, Everything’s Going to Be Great opère un virage vers le drame, et c’est là que les choses se compliquent. La fluidité initiale se transforme en lourdeur, et les personnages semblent enfermés dans des situations forcées.
Les enjeux graves – la maladie, la mort, les tensions conjugales – arrivent sans réelle préparation, comme si le film se sentait obligé de brusquer son spectateur pour donner du poids à son récit. Avec une durée de 95 minutes, l’œuvre n’a pas le temps de développer en profondeur ces nouveaux fils narratifs. Les émotions paraissent plaquées, les dialogues sonnent creux, et les thématiques effleurées – identité sexuelle, religion, quête de reconnaissance, amour familial – s’accumulent sans être vraiment explorées. Le film multiplie les pistes sans jamais s’y engager pleinement, laissant un arrière-goût d’inachevé. Le problème majeur vient de l’écriture. Steven Rogers, déjà derrière I, Tonya, tente ici de recréer un mélange de drôlerie et de tragédie, mais le résultat est déséquilibré.
L’histoire avance par à-coups, passant d’un échec théâtral à un succès soudain, puis à des disputes familiales, sans véritable continuité. Les ellipses temporelles mal maîtrisées accentuent cette impression de survol. On apprend qu’une année entière a passé grâce à une simple indication écrite à l’écran, alors que rien dans la mise en scène ne traduit l’évolution des personnages. Le spectateur est régulièrement mis à distance, invité à accepter des événements sans qu’ils aient été montrés. Cette impatience du scénario se traduit par une frustration : les thématiques annoncées – l’homophobie subie par Les, le sentiment d’exclusion de Derrick, la foi religieuse de Macy – auraient pu donner lieu à un vrai film choral.
Mais au lieu de creuser, le récit préfère accumuler des situations disparates, à la manière d’un patchwork décousu. La mise en scène de Jon S. Baird accentue ce flottement. Réputé pour son biopic Tetris et son travail sur Stan & Ollie, il choisit ici une approche plus libre, flirtant avec le surréalisme. Les apparitions fantasmées de grandes figures du théâtre auprès de Les, accompagnées de titres figés à l’écran, apportent une touche originale, mais détonnent avec le réalisme du reste. De même, les ruptures musicales ou les séquences de fantaisie tombent souvent à plat, paraissant plaquées sur un récit qui ne sait pas choisir entre la comédie burlesque et le drame existentiel. Cette indécision rend le film instable.
Les spectateurs peuvent rire dans la première moitié, mais l’émotion ne prend pas dans la seconde. Ce grand écart laisse un sentiment de déséquilibre, comme si le réalisateur cherchait à plaire à tous les publics sans assumer une véritable identité. Heureusement, le casting apporte une solidité bienvenue. Bryan Cranston, dans le rôle du père fantasque, réussit à donner une sincérité touchante à un personnage qui aurait pu être insupportable. Allison Janney, plus discrète, incarne avec finesse la résignation et la colère silencieuse d’une femme fatiguée de suivre les lubies de son mari. Leurs scènes communes sont parmi les plus réussies du film, tant elles révèlent une complicité érodée par les années et les échecs.
Jack Champion, dans le rôle du fils en quête de normalité, s’impose également comme un contrepoint crédible à l’exubérance familiale. En revanche, Benjamin Evan Ainsworth peine à rendre Les attachant : son personnage, censé incarner la sensibilité artistique et la marginalité adolescente, apparaît souvent agaçant et caricatural. Ce qui frappe dans Everything’s Going to Be Great, c’est l’ambition de vouloir aborder de nombreux thèmes : la réussite artistique, la reconnaissance sociale, les conflits familiaux, la tolérance, la foi, l’acceptation de soi. Mais à force de vouloir tout dire, le film finit par ne rien approfondir. La conclusion, centrée sur des messages simplistes autour de l’importance de la famille et du droit à être soi-même, laisse une impression de facilité.
Ces leçons, qui pourraient toucher dans un récit plus construit, paraissent ici artificielles. Le film ressemble à un plat trop chargé : des ingrédients intéressants, mais mal dosés et mal agencés. L’intention est claire, mais l’exécution laisse perplexe. Everything’s Going to Be Great démarre comme une comédie familiale énergique avant de s’enliser dans un drame maladroit. Malgré la présence charismatique de Bryan Cranston et Allison Janney, la narration éparpillée et la mise en scène hésitante empêchent le film d’atteindre son potentiel. Il reste toutefois quelques moments de justesse, notamment dans les interactions familiales ou les éclats de comédie du début. Mais l’ensemble souffre d’un manque de cohérence et d’un excès de thèmes mal exploités.
Note : 4/10. En bref, Everything’s Going to Be Great démarre comme une comédie familiale énergique avant de s’enliser dans un drame maladroit. Ce n’est pas un film déplaisant, mais c’est un film qui passe à côté de son sujet, à force de vouloir trop en faire.
Prochainement en France en SVOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog