7 Août 2025
Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère // De Nisha Ganatra. Avec Jamie Lee Curtis, Lindsay Lohan et Julia Butters.
Le premier volet de Freaky Friday, sorti en 2003, a obtenu le statut de film culte de toute une génération. Le duo formé par Jamie Lee Curtis et Lindsay Lohan était excellent. J’étais forcément excité à l’idée de découvrir Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère, comme si je me replongeais dans mes souvenirs d’adolescent. Bien que le film ait l’allure de ces suites qui sortaient à l’époque directement en DVD, la magie opère toujours entre la mère et sa fille. Vingt-deux ans après le film de 2003, le duo Jamie Lee Curtis / Lindsay Lohan reprend du service pour une nouvelle permutation mère-fille. L’originalité n’est pas vraiment au rendez-vous, mais la nostalgie, elle, répond présente.
L’histoire se déroule bien des années après la crise d’identité à laquelle les Coleman ont été confrontées. Anna est devenue mère à son tour. Elle a une fille et s’apprête à avoir une belle-fille également. Mais alors qu'elles font face à la myriade de défis que représente l’union de deux familles, Tess et Anna découvrent que, contre toute attente, la foudre peut vraiment frapper deux fois au même endroit…
Dès les premières minutes, le film assume son héritage. Les références au premier opus abondent, les clins d’œil visuels ou musicaux jalonnent la narration. Il ne faut pas attendre longtemps pour réentendre Take Me Away de Pink Slip – et il faut admettre que la réactivation de cette bande-son emblématique provoque un petit frisson. La promesse est claire : faire plaisir à ceux qui ont grandi avec le film de 2003, sans forcément chambouler les codes. Le postulat de départ reste fidèle à la recette initiale : un échange de corps entre une mère et sa fille qui les pousse à reconsidérer leur relation. Sauf qu’ici, le temps a passé. Anna, interprétée par Lindsay Lohan, est désormais mère à son tour, et doit composer avec sa propre adolescente, pleine de jugements et de contradictions.
Quant à Tess, toujours campée par Jamie Lee Curtis, elle n’a rien perdu de son aplomb, mais l’âge commence à peser, et ses certitudes sont parfois bousculées par une société qu’elle comprend de moins en moins. Ce renversement générationnel avait de quoi nourrir un propos plus profond sur la transmission, les incompréhensions intergénérationnelles et les cycles familiaux. Le film effleure ces thèmes, parfois même avec une certaine pertinence, mais peine à les exploiter pleinement. Ce qui frappe rapidement, c’est la familiarité des situations. Les quiproquos liés au changement de corps s’enchaînent, avec un humour gentiment absurde, mais peu innovant.
Certaines scènes fonctionnent grâce à l’énergie des actrices principales, notamment Jamie Lee Curtis, toujours à l’aise dans ce registre de comédie physique. Lindsay Lohan, elle, effectue un retour notable. Elle semble sincèrement impliquée, même si le script ne lui offre pas de grands moments de bravoure. Le scénario ne prend aucun risque. Chaque péripétie est prévisible, chaque tension vite désamorcée. Le récit déroule son fil sans jamais vraiment sortir de sa zone de confort. On sent une volonté de rester dans le cadre très codifié de la comédie familiale Disney, avec ses leçons de morale sur la tolérance, la communication et l’importance de se mettre à la place de l’autre.
Ce formatage assumé peut convenir à un public en quête de légèreté. Mais pour ceux qui espéraient un ton un peu plus piquant ou un regard plus acide sur la parentalité contemporaine, la frustration est réelle. Le film évoque quelques conflits générationnels – la question de l’autorité parentale, le rapport à la technologie, les différences de valeurs – mais de manière trop superficielle pour générer un vrai débat. Il faut cependant reconnaître que le film repose sur des bases solides en matière d’interprétation. Jamie Lee Curtis conserve une capacité rare à naviguer entre excentricité et émotion. Elle incarne une Tess plus âgée mais toujours dynamique, parfois dépassée, souvent touchante.
Lindsay Lohan, elle, revient avec une certaine grâce dans un rôle qui résonne avec son propre parcours médiatique : celui d’une femme qui a grandi sous les projecteurs et tente de réconcilier passé et présent. Les seconds rôles sont plutôt bien choisis, même si leur traitement reste limité. Chad Michael Murray fait un retour clin d’œil appréciable, plus pour raviver les souvenirs que pour faire avancer l’intrigue. Manny Jacinto, dans un rôle secondaire, apporte un peu de fraîcheur, mais son personnage manque de consistance. Globalement, tous les acteurs semblent s’amuser, et cette complicité sauve parfois des scènes un peu plates. Visuellement, Freaky Friday 2 ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit. La réalisation est propre, sans éclat particulier.
La photographie adopte des teintes chaudes, presque sucrées, renforçant ce sentiment de retour en enfance et aux productions Disney de l’époque. Toutefois, certains choix esthétiques peuvent paraître datés, voire un peu cheap par moments. Les effets comiques liés à l’échange de corps sont mis en scène avec un certain manque d’inventivité, comme si le film se contentait de reproduire les codes du passé sans essayer de les actualiser. La bande-son, elle, joue un rôle important dans l’attachement que l’on peut éprouver pour le film. Outre les titres nostalgiques de Pink Slip, quelques compositions originales ponctuent les scènes clés. Rien de révolutionnaire là encore, mais l’ambiance musicale contribue à l’effet "madeleine de Proust" qui enveloppe l’ensemble du film.
Dans le paysage actuel des suites tardives, Freaky Friday 2 s’inscrit dans une logique commerciale bien rodée. Disney mise sur la nostalgie et la sécurité. Il ne s’agit pas ici de proposer un renouveau ou un point de vue singulier, mais de reproduire une formule connue, rassurante, qui joue sur l’affect. Le pari est partiellement réussi : les fans de la première heure retrouveront sans doute une certaine chaleur à voir Anna et Tess se chamailler à nouveau. Mais au-delà de ce plaisir régressif, le film peine à exister par lui-même. L’humour est inégal, parfois daté, et certaines situations donnent l’impression de déjà-vu. Les thématiques abordées – relations mère-fille, transmission générationnelle, équilibre vie pro / vie perso – auraient mérité un traitement plus audacieux.
À trop vouloir rester dans le cadre, le film finit par s’effacer. L’émotion affleure par instants, mais ne s’installe jamais vraiment. Le rythme, quant à lui, souffre de quelques longueurs en milieu de parcours. Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère n’est pas une catastrophe, loin de là. Mais il incarne bien cette tendance du cinéma familial contemporain à préférer la répétition au risque. Le duo Jamie Lee Curtis / Lindsay Lohan fait le job, la mécanique tourne sans accroc, et les spectateurs en quête d’un divertissement doux et familier y trouveront leur compte.
Pour les autres, le film laissera un goût un peu fade. Il y avait matière à proposer un regard plus affûté sur les tensions générationnelles, ou à explorer plus en profondeur les contradictions du monde adulte vu par des enfants… et inversement. Finalement, cette suite ressemble un peu à ce qu’elle raconte : une tentative maladroite de se comprendre à travers l’autre, avec des intentions louables mais une exécution trop sage.
Note : 5.5/10. En bref, le duo Jamie Lee Curtis / Lindsay Lohan fait le job à merveille (une scène dans un magasin de vinyl est hilarante), la mécanique tourne sans accroc, et les spectateurs en quête d’un divertissement doux et familier y trouveront leur compte. Une sortie directement sur Disney+ aurait été plus logique.
Sorti le 6 août 2025 au cinéma
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