Critique Ciné : Last Breath (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Last Breath (2025, direct to SVOD)

Last Breath // De Alex Parkinson. Avec Woody Harrelson, Simu Liu et Finn Cole.

 

Adapter au cinéma une histoire déjà traitée dans un documentaire n’est jamais un exercice simple, surtout lorsque celui-ci a marqué par sa puissance et son authenticité. Avec Last Breath, Alex Parkinson, qui avait déjà signé le documentaire en 2019, tente de revisiter ce drame maritime survenu en 2012 en le transposant dans une fiction à gros budget. Résultat : un film techniquement soigné, par moments captivant, mais qui peine à retrouver l’émotion brute et la force narrative de sa version originelle. L’histoire suit une équipe de plongeurs en saturation, ces professionnels qui, à des dizaines de mètres sous la surface, assurent la maintenance des gazoducs et pipelines du fond marin. 

 

Un plongeur est coincé au fond de la mer du Nord avec seulement cinq minutes d'oxygène dans son réservoir...

 

Duncan (Woody Harrelson), vétéran aguerri et un brin bourru, David (Simu Liu), sérieux et concentré, et Chris (Finn Cole), le plus jeune de l’équipe, partent pour ce qui devait être une mission de routine dans la mer du Nord. Tout bascule lorsqu’un accident isole Chris, perdu dans les profondeurs avec seulement quelques minutes d’oxygène. Dès lors, la mission se transforme en une course contre la montre, où chaque seconde compte. Le scénario, fidèle dans les grandes lignes à l’histoire vraie, ne cherche pas à inventer des rebondissements spectaculaires. Pas de prédateur marin surgissant de nulle part ou de catastrophe hollywoodienne gratuite : Parkinson privilégie la vraisemblance et s’attache à retranscrire la réalité du métier. 

 

Une approche louable… mais qui, paradoxalement, finit par limiter l’impact émotionnel. Visuellement, Last Breath frappe fort. Les scènes sous-marines bénéficient d’un éclairage d’une grande justesse : sombre, oppressant, jamais artificiel. Cette obscurité réaliste plonge instantanément dans une ambiance anxiogène, amplifiée par l’étroitesse des combinaisons et la pesanteur du matériel. La sensation de claustrophobie est palpable. Le spectateur, pris au piège avec le personnage principal, en vient presque à retenir sa respiration. C’est dans ces moments-là que le film fonctionne le mieux : lorsque l’immersion est totale et que le silence de l’océan devient aussi lourd qu’un compte à rebours fatal.

 

Woody Harrelson apporte son charisme habituel à Duncan, ce vétéran marqué par des années passées au fond de l’eau. Simu Liu, en revanche, incarne un David tellement fermé et réservé qu’il en devient presque absent, malgré quelques éclairs d’intensité. Quant à Finn Cole, il livre une performance honnête dans le rôle de Chris, mais reste prisonnier d’un scénario qui ne lui donne pas assez de profondeur psychologique. C’est là l’un des principaux écueils du film : le manque de développement des personnages. Le récit plonge très vite dans l’action, sacrifiant l’attachement émotionnel. Sans introduction plus riche, il est difficile de vraiment se soucier du sort de chacun, au-delà de la tension mécanique créée par la situation.

 

Le montage, vif et efficace, maintient un rythme soutenu. Mais cette rapidité a un prix : certaines transitions sont abruptes et la construction dramatique manque de respiration. Les rares flashbacks, censés étoffer les personnages, tombent à plat et n’apportent que peu de valeur à l’intrigue. Cette précipitation se ressent surtout dans le climax. Là où le documentaire original parvenait à broyer tout espoir avant de livrer un retournement bouleversant, la version fictionnelle expédie la résolution en quelques minutes. Chris « revient » presque sans conséquence médicale, ce qui atténue considérablement l’impact émotionnel. L’épilogue, étrangement long, contraste avec la brièveté du reste et laisse une impression de déséquilibre narratif.

 

Adapter un événement réel implique de trouver un équilibre entre fidélité et création. Ici, Parkinson reste si proche de son documentaire qu’il en oublie d’apporter une véritable plus-value dramatique. Pour ceux qui connaissent déjà l’histoire, la tension autour du compteur d’oxygène ne prend pas vraiment, puisque l’issue est connue. Pire encore, les images réelles diffusées en fin de film rappellent au spectateur à quel point la version documentaire était plus immersive et poignante. Ce choix, censé renforcer le lien avec la réalité, souligne involontairement la faiblesse émotionnelle de la fiction. Malgré ses faiblesses narratives, Last Breath conserve un intérêt certain grâce à sa valeur documentaire implicite. Le film offre un aperçu rare et précis d’un métier méconnu, illustrant les dangers et la rigueur de la plongée en saturation. 

 

Les détails techniques, les contraintes physiques et psychologiques, la coordination millimétrée entre surface et fond marin… tous ces éléments sont reproduits avec soin. Les effets spéciaux, notamment lors des tempêtes et des séquences de plongée, sont convaincants sans être tape-à-l’œil. L’immersion sonore est également travaillée, avec un jeu sur les silences, les respirations et les bruits sourds qui renforcent la tension. En définitive, Last Breath est un thriller maritime honnête mais frustrant. Il réussit à capturer la tension inhérente à un environnement extrême, tout en offrant une esthétique soignée. Mais il échoue à atteindre le niveau d’émotion et d’implication que son histoire méritait.

 

Les amateurs de récits de survie y trouveront un certain intérêt, ne serait-ce que pour découvrir l’univers fascinant des plongeurs en saturation. Les spectateurs en quête d’un grand frisson ou d’un attachement viscéral aux personnages risquent, eux, de ressortir avec une impression d’inachevé. Last Breath ressemble à une plongée où l’on ne descend jamais tout à fait dans les abysses émotionnels. Un film techniquement solide, qui parvient à maintenir une tension par moments, mais qui laisse en surface ce qui aurait pu être une expérience cinématographique beaucoup plus marquante.

 

Note : 6/10. En bref, Last Breath ressemble à une plongée où l’on ne descend jamais tout à fait dans les abysses émotionnels. Un film techniquement solide, mais qui laisse en surface ce qui aurait pu être une expérience cinématographique beaucoup plus marquante.

Sorti le 27 octobre 2025 en France directement en SVOD

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