2 Août 2025
My Oxford Year // De Iain Morris. Avec Sofia Carson, COrey Mylchreest et Dougray Scott.
L’université d’Oxford, ses pierres centenaires, ses bibliothèques imposantes et ses traditions d’un autre temps. Un décor qui évoque l’excellence académique, la rigueur intellectuelle, et, parfois, un certain romantisme suranné. C’est dans ce cadre que se déroule My Oxford Year, une romance contemporaine qui, malgré ses ambitions affichées, s’aventure sur des sentiers mille fois empruntés sans vraiment en explorer de nouveaux. Le film s’ouvre sur Anna, une jeune Américaine brillante, incarnée par Sofia Carson. Elle a tout pour elle : un parcours scolaire sans faute, un poste assuré dans une grande entreprise de finance new-yorkaise, une assurance inébranlable. Trop, peut-être.
Une Américaine ambitieuse réalise son rêve en intégrant Oxford, jusqu'à ce qu'elle craque pour un séduisant Britannique dont le secret pourrait chambouler son avenir tout tracé.
Tout chez elle transpire la perfection, au point que la crédibilité en prend un coup. Quand elle choisit de mettre sa carrière entre parenthèses pour un master de littérature victorienne à Oxford – une passion sortie un peu de nulle part –, l’idée même de suspension d’incrédulité devient difficile à maintenir. Le personnage d’Anna incarne une forme de réussite tellement lisse qu’elle peine à susciter l’empathie. Non pas parce qu’elle est antipathique, mais parce qu’elle semble appartenir à un monde de fiction où les obstacles sont anecdotiques et les opportunités infinies. Arrivée à Oxford, Anna traverse la ville sous la pluie. Une voiture de collection la trempe d’un coup d’eau savamment chorégraphié.
Le conducteur, Jamie Davenport (Corey Mylchreest), aristocrate en goguette, se révèle bien sûr être plus qu’un simple chauffard. Quelques instants plus tard, elle le retrouve dans un restaurant, puis découvre qu’il est aussi… son professeur remplaçant. Ou plus précisément, l’assistant chargé de son cours favori. Il ne faut pas beaucoup de temps pour comprendre où cette intrigue va mener. Le récit coche toutes les cases de la comédie romantique classique : un "meet-cute" maladroit, une tension amoureuse vite désamorcée, des dialogues vifs mais sans profondeur, et une romance qui se développe à un rythme forcé, sans qu’on ait réellement l’impression d’assister à la naissance de quelque chose d’authentique.
À mi-parcours, My Oxford Year change de registre. Le ton léger et un brin naïf des débuts cède la place à une trame plus dramatique. Jamie cache un secret, un drame personnel lié à sa santé. Cette révélation, censée densifier le récit, semble plutôt plaquée sur une structure qui n’a pas été construite pour l’accueillir. Le virage vers le mélodrame manque d’élégance. Les émotions sont téléphonées, les dialogues deviennent mécaniques, et les scènes supposément poignantes s’enchaînent sans réelle montée en intensité. Ce basculement aurait pu fonctionner si les fondations narratives avaient été plus solides. Mais l’absence de progression authentique dans la relation entre Anna et Jamie rend cette phase du film artificielle.
Le spectateur reste en retrait, témoin d’un enchaînement d’événements attendus, sans jamais être véritablement touché. Autour du duo principal gravite une série de personnages secondaires, dont les intrigues parallèles semblent là pour remplir du temps d’écran plutôt que pour enrichir le propos. Charlie, le colocataire un peu distant, cherche l’amour sans y croire. Maggie, l’amie loyale, s’éprend de Tom, qui ne la voit que comme une camarade. Ces sous-intrigues auraient pu apporter de la légèreté ou du contraste, mais elles sont expédiées sans nuance et ne laissent pas de traces durables. Il manque à tous ces personnages un relief, une épaisseur, qui permettrait de croire en leurs histoires.
À l’image de l’ensemble du film, ils semblent conçus pour cocher des cases plutôt que pour raconter quelque chose de vrai. Visuellement, My Oxford Year ne déçoit pas. Les ruelles pavées, les bibliothèques gothiques, les salons feutrés où l’on débat de poésie et de philosophie, tout est filmé avec soin. Mais ce choix esthétique fonctionne davantage comme un filtre Instagram que comme un vrai élément narratif. Le lieu, pourtant chargé de potentiel symbolique, n’est jamais utilisé autrement que comme toile de fond. Il y avait là une opportunité de confronter Anna à un monde différent du sien, à une forme de pensée, de rythme, voire de classe sociale qui aurait pu bousculer ses certitudes. Ce choc culturel reste en surface.
Oxford est réduite à un décor romantique, sans implication réelle dans l'évolution des personnages. Le cœur du problème, peut-être, réside dans la relation entre Anna et Jamie. Elle débute sur un malentendu, évolue à coups de coïncidences, puis s’effondre dans une tentative de tragédie sentimentale. Leur histoire manque de respiration. Les scènes s’enchaînent trop vite, les émotions semblent surgir sans transition, comme si les personnages eux-mêmes n’avaient pas conscience de leur propre évolution. Il aurait fallu davantage de temps pour construire une intimité crédible, pour que les regards échangés pèsent autant que les mots. Mais le film préfère avancer à marche forcée, comme s’il craignait de perdre l’attention du spectateur. Résultat : un sentiment de superficialité persiste jusqu’au bout.
Dans sa dernière ligne droite, My Oxford Year tente de se racheter avec une leçon de vie sur la perte, l’amour, et l’acceptation de ce qui échappe au contrôle. Mais ce message arrive trop tard, et dans un écrin qui n’a pas su en poser les bases. Les grandes déclarations sonnent faux. Le spectateur, peu investi dans le sort des personnages, reste insensible à leur douleur. Même la symbolique du "Oxford year", cette parenthèse de vie censée tout changer, se dilue dans une fin qui cherche la lumière sans oser l’ombre. La transformation d’Anna, censée être le fil rouge du film, reste trop floue pour convaincre.
My Oxford Year se rêve en romance transatlantique au charme académique, mais ne dépasse jamais le stade de la carte postale. Son scénario prévisible, ses personnages sous-écrits et sa bascule dramatique mal amenée le condamnent à l’oubli. Malgré une photographie soignée et une volonté sincère d’émouvoir, le film ne parvient pas à sortir des rails du genre. Oxford méritait mieux. Sofia Carson aussi.
Note : 4.5/10. En bref, cette comédie romantique douce amère a ses charmes mais pas suffisamment pour sortir des sentiers déjà battus mille fois au cinéma… Dommage.
Sorti le 1er août 2025 directement sur Netflix
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