9 Août 2025
Star Trek: Strange New Worlds // Saison 3. Episode 5. Through the Lens of Time.
La troisième saison de Star Trek: Strange New Worlds poursuit sa route avec un mélange assez inattendu de science-fiction et d’horreur psychologique. L’épisode 5, intitulé « Through the Lens of Time », tente un pari audacieux : faire cohabiter une intrigue d’expédition archéologique remplie de mystères et un drame médical plus sombre, presque fantastique. Ce mélange crée une atmosphère parfois captivante, parfois frustrante, tant l’équilibre entre les deux univers narratifs semble fragile. Ce qui frappe dès les premières minutes, c’est l’impression d’assister à deux histoires imbriquées qui ne trouvent pas toujours leur point de rencontre. D’un côté, un récit d’exploration avec ses énigmes, ses décors intrigants et la curiosité propre aux aventures de l’Enterprise.
De l’autre, un drame centré sur la transformation inquiétante d’un jeune officier. Cette coexistence donne au récit un ton changeant, oscillant entre émerveillement face à la découverte et malaise devant une menace invisible. L’épisode s’ouvre sur le retour du docteur Roger Korby, dont les recherches portent sur une technologie ancienne liée à la mémoire moléculaire et au transfert corporel. L’idée qu’une civilisation disparue ait pu manipuler la conscience et la matière au point de défier la mort elle-même donne immédiatement de la profondeur à la mission. Des indices retrouvés sur différentes planètes ont mené jusqu’à Vadia Nine, un monde habité par les Ma’Cruins, peuple reclus et méfiant envers la Fédération.
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C’est là, dans un temple enfoui sous la surface, que se trouveraient les traces les plus anciennes de cette technologie oubliée. L’Enterprise dépêche une équipe variée : Korby, Chapel, Spock, La’An, Uhura, l’enseigne Gamble, N’Jal — représentant local — et Beto, frère d’Ortegas et documentariste amateur. Dès les préparatifs, on perçoit des dynamiques de groupe intéressantes, entre curiosité scientifique, rivalités discrètes et liens personnels. Le ton est d’abord léger, avec quelques échanges teintés d’humour et des regards complices. Mais cette légèreté s’évapore une fois les premiers pas franchis dans le temple. À l’intérieur, l’atmosphère devient plus lourde. Les couloirs étroits, les inscriptions énigmatiques et l’absence totale de bruit composent une tension palpable.
Le groupe découvre un orbe mystérieux, dont la surface semble vibrer d’une énergie contenue. Par réflexe ou par curiosité, Gamble le prend en main. La réaction est immédiate : une décharge d’énergie violente le frappe, lui causant une blessure oculaire particulièrement marquante. Le choc visuel est brutal, l’image reste en tête et marque le passage du récit vers un registre plus sombre. Transporté d’urgence à bord de l’Enterprise, Gamble devient le centre d’une autre intrigue, plus intime mais tout aussi inquiétante. Ce n’est pas seulement une blessure physique : quelque chose de vivant, d’étranger, s’est introduit en lui. La transformation qui s’opère est autant psychologique que biologique. Par moments, il semble lucide et capable de converser normalement.
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À d’autres, ses paroles deviennent menaçantes, teintées d’une intelligence qui n’est plus la sienne. Chris Myers, qui incarne Gamble, rend ce basculement particulièrement troublant, chaque changement d’expression semblant marquer un pas de plus vers une perte totale de contrôle. Pendant ce temps, le reste de l’équipe poursuit l’exploration du temple. Rapidement, il apparaît que les lieux ne suivent pas les lois habituelles de l’espace et du temps. Les membres du groupe sont proches physiquement mais séparés par des dimensions parallèles. Les interactions se font par bribes, à travers des visions ou des objets qui se matérialisent différemment selon l’endroit où chacun se trouve. La résolution passe par l’interprétation de symboles anciens et l’utilisation d’artefacts dont la fonction exacte n’est jamais entièrement expliquée.
L’esthétique du temple participe beaucoup à l’intérêt de cette intrigue. Les parois semblent mouvantes, les perspectives se déforment légèrement, donnant l’impression que l’architecture elle-même joue avec les visiteurs. La séparation en binômes — Chapel avec La’An, Spock avec Korby, Uhura avec Beto — offre des moments d’échanges plus intimes, chacun découvrant une facette différente de l’énigme. Pourtant, malgré la richesse de ce concept, l’intrigue souffre de devoir partager son temps avec celle de l’Enterprise. Elle aurait pu, à elle seule, constituer un épisode complet, avec plus d’espace pour explorer ses implications et ses mystères. Ce qui pèse le plus sur la réception de cet épisode, c’est la gestion du personnage de Gamble.
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Présenté depuis le début de la saison comme un ajout prometteur à l’équipage, il disparaît ici d’une manière abrupte. Plus problématique encore, son décès est traité presque comme une formalité. L’absence de réaction collective marquée prive l’histoire de l’impact émotionnel qu’un tel événement pourrait avoir. On se retrouve face à un paradoxe : la série semble vouloir donner de la profondeur à un personnage secondaire, mais le retire avant que cette profondeur ne soit exploitée. En parallèle, des tensions relationnelles persistent entre Chapel, Spock et Korby, avec La’An en périphérie. Certaines conversations donnent l’impression que Chapel cherche à provoquer des réactions, volontairement ou non, ce qui crée des moments étranges.
Le problème est que ces échanges ne semblent pas influencer le déroulement de la mission ni le drame qui se joue à bord. Ils existent presque en dehors de l’intrigue principale, ce qui contribue à cette impression de juxtaposition entre les différents fils narratifs. Malgré tout, l’épisode parvient à maintenir une ambiance forte. L’entité qui s’empare de Gamble reste mystérieuse, ses intentions sont impossibles à cerner, et c’est précisément cette absence d’explication qui rend la menace inquiétante. La série, souvent prompte à rationaliser chaque événement, laisse cette fois une part d’ombre. Cette indétermination sert l’atmosphère, surtout avec des réactions comme celle de Batel, dont la violence soudaine semble liée à ses propres altérations génétiques dues aux événements précédents.
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On a l’impression d’assister à l’éveil d’instincts anciens, presque animaux, face à une présence perçue comme profondément hostile. La conclusion ne cherche pas à clore complètement l’histoire. Le parasite n’est pas détruit, seulement contenu, et les dernières images laissent entendre qu’il pourrait revenir. L’énigme archéologique, elle, reste partiellement irrésolue, avec la promesse implicite que ces découvertes pourraient avoir un rôle à jouer plus tard dans la saison. Ce choix de laisser plusieurs portes ouvertes permet de maintenir l’intérêt, même si cela accentue la sensation d’un épisode incomplet. Regarder « Through the Lens of Time » donne l’impression d’assister à deux récits comprimés en un seul. Chacun aurait pu, seul, proposer une histoire riche et pleinement satisfaisante.
L’un, centré sur l’horreur et la possession, aurait pu explorer les conséquences psychologiques et émotionnelles de la perte d’un jeune officier. L’autre, focalisé sur l’expédition et les lois étranges régissant un monde inconnu, aurait pu plonger plus profondément dans la science-fiction et l’archéologie spatiale. Ensemble, ils forment un épisode au rythme soutenu, mais où chaque intrigue semble privée d’air. À mi-saison, cet épisode remplit son rôle de charnière en installant de nouvelles menaces et en rappelant les fragilités internes de l’équipage. Mais il laisse aussi un sentiment mitigé. L’atmosphère est là, la tension fonctionne par moments, et certaines images restent en mémoire.
Pourtant, l’absence d’un véritable investissement émotionnel dans la mort de Gamble, et la difficulté à faire cohabiter deux intrigues de poids égal, empêchent l’épisode de vraiment marquer comme il aurait pu le faire. C’est un chapitre qui intrigue plus qu’il ne bouleverse, et qui laisse espérer que la suite prendra le temps de creuser ce qui n’a été ici qu’effleuré.
Note : 6/10. En bref, à mi-saison, cet épisode remplit son rôle de charnière en installant de nouvelles menaces et en rappelant les fragilités internes de l’équipage. L’atmosphère est là, la tension fonctionne par moments, mais la difficulté à faire cohabiter deux intrigues de poids égal, empêchent l’épisode de vraiment marquer comme il aurait pu le faire.
Disponible sur Paramount+
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