24 Août 2026
Star Trek: Strange New Worlds // Saison 4. Episode 5. Level Five Transporter Accident.
Avec cet épisode intitulé « Level-Five Transporter Accident », Star Trek: Strange New Worlds tente un pari pour le moins audacieux : transformer une bonne partie de l’équipage de l’USS Enterprise en marionnettes. Après une troisième suite de scènes très axée sur la comédie et un quatrième épisode qui misait déjà énormément sur son visuel, ce cinquième chapitre confirme la volonté des scénaristes de bousculer les codes. Sur le papier, pourquoi pas. Mais au sein d'une saison qui peine déjà à équilibrer science-fiction, humour et épisodes à concept, l'idée passe plus difficilement.
Le départ de l'intrigue reste très simple. Un dysfonctionnement lors d'une téléportation provoque une métamorphose inattendue. Pike, Una, La’An, Uhura ou encore M’Benga se retrouvent changés en marionnettes, alors que Spock garde sa forme humaine. À partir de là, l'histoire plonge la tête la première dans son univers farfelu en observant les membres de bord apprivoiser ce nouveau corps aux caractéristiques inédites. Il faut rendre à l'équipe technique ce qui lui appartient : la fabrication des marionnettes est irréprochable. On retrouve immédiatement la signature visuelle de chaque membre de l’Enterprise, avec des détails physiques bien pensés et des expressions poussées.
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Pelia fonctionne à merveille sous cette forme, tout comme le capitaine Pike avec sa mèche et sa carrure exagérées. Visuellement, le charme opère tout de suite. Les mouvements spécifiques des poupées ouvrent d'ailleurs la porte à des gags impossibles à réaliser avec des comédiens en chair et en os. C'est dans ces détails que l’épisode offre ses meilleurs moments. Les personnages comprennent rapidement que les lois de la physique habituelles ne s'appliquent plus à eux. Une marionnette résiste au vide spatial, encaisse des chutes monumentales et réussit des mouvements totalement absurdes. L'écriture s'en amuse intelligemment pendant un temps. Malheureusement, le soufflé retombe assez vite.
Si l'idée fait sourire au début, étirer ce principe sur près d'une heure demande plus qu'une série de bons gags visuels. En arrière-plan, l’épisode cherche tout de même à développer l'arc narratif de Spock. Le Spock que l'on connaît se retrouve projeté face à ses doutes habituels : comment trouver sa place entre la rigueur vulcaine et l’imprévisibilité de Starfleet ? Ce choc entre la logique pure et le désordre ambiant reste le point fort du récit. Spock assiste au comportement d'un équipage capable d'improviser, de rire et de prendre des décisions irrationnelles, ce qui le perturbe profondément. La présence de T’Pring renforce d'ailleurs ce décalage. Leur dynamique amène un peu de maturité à l'ensemble.
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Spock tente d'analyser ce qui bloque son rapport à la raison, pendant que T’Pring lui rappelle qu'il évolue dans un cadre pas forcément adapté à sa nature profonde. Le problème, c'est que cette trame méritait bien plus d'espace pour respirer. Elle se retrouve constamment noyée sous les blagues et les péripéties burlesques du reste du groupe. L’arrivée de pirates orions aurait pu amener un peu de tension ou une vraie menace. À la place, Strange New Worlds préfère enfoncer le clou de la farce. Les méchants de service sont traités comme des caricatures et la confrontation exploite une fois de plus la nature en tissu des héros. On trouve deux ou trois trouvailles amusantes quand l'équipage se sert de ses nouvelles capacités physiques pour se battre, mais l'ensemble sonne un peu creux.
On sent que l’épisode veut absolument rappeler à chaque minute qu’il s’agit d’une parenthèse humoristique. Chaque scène doit caser sa vanne ou son clin d'œil, au point de rendre le déroulement trop prévisible. Ce ton léger entre directement en collision avec le parcours plus grave de Spock, qui peine à prendre de l'ampleur au milieu de tout ce vacarme visualisable. C’est sans doute le choix scénaristique qui dérange le plus. Après avoir déroulé cette transformation pendant quarante-cinq minutes, le scénario révèle que toute cette aventure n'était qu'un mauvais rêve de Spock. Certes, ce pirouette narrative permet de préserver la cohérence globale de la saga.
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Il aurait été compliqué d'expliquer dans le monde de Star Trek pourquoi l'équipage passe une partie de sa vie sous forme de poupées. Mais ce genre de révélation désamorce complètement ce que l'on vient de regarder. Là où les précédents épisodes conceptuels assumaient leur folie du début à la fin, celui-ci cherche une porte de sortie facile. On a l'impression que la production voulait tester une idée farfelue sans prendre le moindre risque. Le rebondissement du rêve aurait pu passer si le récit avait vraiment servi la psychologie de Spock. Or, l'écran montre surtout les bêtises des autres personnages en marionnettes. Le lien avec le subconscient du Vulcain reste donc assez flou et artificiel.
Le souci ne vient pas tant des marionnettes que du déséquilibre général. Le tiraillement interne de Spock et sa relation avec T’Pring offraient de quoi faire un épisode marquant, dont les marionnettes auraient pu être un miroir original. À la place, on se retrouve avec une parenthèse comique un peu longue. C'est divertissant sur le moment, mais sur une saison courte avec peu d'épisodes au compteur, consacrer autant de temps à une simple farce laisse un sentiment un peu amer.
Note : 3/10. En bref, « Level-Five Transporter Accident » ne manque pas de qualités graphiques ni d'idées rigolotes. Les acteurs jouent le jeu avec conviction et Ethan Peck parvient à garder le masque impassible de Spock au milieu du chaos. Seulement voilà, après une succession de chapitres déjà très axés sur des formats particuliers, cette formule commence à fatiguer. On aime quand Strange New Worlds sort des sentiers battus de la science-fiction classique, mais encore faut-il que le concept soutienne le récit au lieu de le remplacer.
Disponible sur Paramount+
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