31 Juillet 2026
Star Trek: Strange New Worlds // Saison 4. Episode 2. The Griffin Incident.
S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas enlever à Strange New Worlds, c’est sa capacité à sauter d’un genre à l’autre sans jamais se casser la figure. Après une ouverture de saison très marquée par le voyage dans le temps et les grands choix moraux, ce deuxième épisode prend un virage à 180 degrés. C’est simple, on laisse l’exploration cosmique au vestiaire pour plonger la tête la première dans un suspense poisseux. L’épisode prend un vaisseau abandonné et le transforme en un huis clos psychologique particulièrement efficace. Tout commence quand La’an, Spock et Kirk croisent la route du USS Griffin sur le chemin du retour.
Ce bâtiment a disparu des radars depuis des années dans des circonstances floues. Forcément, l’occasion est trop belle. Avant même de prévenir l’Enterprise, notre trio décide de monter à bord pour jeter un œil. L’ambiance s’installe en un instant. Les couloirs sont déserts, le silence est lourd et le navire donne l’impression désagréable d’avoir été vidé de ses occupants en une fraction de seconde. Ce décalage entre des installations intactes et l’absence totale de vie pose d’emblée une tension qui ne va plus quitter l’écran. Là où le scénario marque des points, c’est qu’il refuse d’aligner un monstre classique en face de ses héros. On avance dans le noir le plus complet. Les systèmes du vaisseau ratent un battement, des ombres glissent au fond des décors, et plus on avance, moins les choses font du sens.
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L’épisode floute la ligne entre ce qui se passe vraiment à bord et ce qui relève de l’hallucination pure. On en vient à douter de tout, exactement comme les personnages. Ce choix d’écriture sert directement le développement du trio. Ces visions ne tombent pas du ciel par hasard, elles vont gratter là où ça fait mal en faisant remonter des insécurités bien réelles. Prenez Kirk, par exemple. Derrière sa légendaire assurance, on découvre un homme rongé par le doute par rapport à son rôle de père et au prix que sa carrière fait payer à sa vie privée. Cette touche de mélancolie lui donne une belle épaisseur et rappelle qu’il n’est pas encore tout à fait le capitaine aguerri de la série originale. Spock, de son côté, replonge dans son éternelle fissure intérieure entre émotion humaine et logique vulcaine.
Mais cette fois, le traitement est beaucoup plus sombre. Certaines séquences frôlent le body horror pour illustrer physiquement ce malaise interne. C’est brut, surprenant pour du Star Trek, mais ça fonctionne parce que ce n’est jamais gratuit. C'est pourtant La’an qui tire le mieux son épingle du jeu. La série construisait un changement chez elle depuis un moment, et cet épisode passe clairement la seconde. Sa colère habituelle déborde, son comportement devient imprévisible, et l’intrigue laisse planer un vrai doute : est-ce seulement l’influence du vaisseau, ou le signe d’un basculement plus profond lié à son héritage génétique ? Le fait que l’épisode refuse de donner une réponse toute faite à la fin est une excellente décision. C'est d'ailleurs ce que je retiens de plus fort ici : cette audace de ne pas tout expliquer.
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Beaucoup de séries auraient cédé à la facilité en sortant un jargon scientifique au dernier acte pour tout résoudre proprement. Ici, le mystère reste épais, et c’est tant mieux. Ça force notre propre imagination à bosser et ça transforme le USS Griffin en un lieu où la logique habituelle de Starfleet ne fonctionne simplement plus. Visuellement, la réalisation est au niveau. Les éclairages sombres, le jeu sur les arrière-plans et ces fausses réussites où l’on croit apercevoir quelqu’un au détour d’un couloir créent une paranoïa constante. On est bien plus proche d’un film d’horreur psychologique que d’un épisode d'aventure spatiale classique. Même l’humour, d’habitude très présent dans la série, est utilisé avec beaucoup de retenue pour ne pas casser le rythme ou désamorcer l’angoisse. L’ensemble garde sa tension jusqu’au générique de fin.
Note : 8/10. En bref, ce deuxième épisode de la saison 4 fait un bien fou. En acceptant de laisser une part d’ombre et d’irrationnel, il rappelle que l’exploration spatiale comporte aussi sa part d’inconnu terrifiant. Avec sa réalisation soignée et son écriture braquée sur la psychologie des personnages, Strange New Worlds prouve une fois de plus qu’elle sait renouveler sa formule sans jamais perdre son âme.
Disponible sur Paramount+
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