Critiques Séries : Star Trek: Strange New Worlds. Saison 4. Episode 4.

Critiques Séries : Star Trek: Strange New Worlds. Saison 4. Episode 4.

Star Trek: Strange New Worlds // Saison 4. Episode 4. A Case of Chiaroscuro.

 

Après une parenthèse comique dans l’épisode précédent, Star Trek: Strange New Worlds bifurque à nouveau dans sa saison 4. Avec « A Case of Chiaroscuro », le quatrième épisode embarque l’équipage dans une esthétique de film noir en pur noir et blanc. Au programme : une planète sous domination klingonne, une ambiance de roman policier des années 40 et un vrai focus sur Una. L’idée intrigue forcément. La série adore tester de nouvelles formules, mais ici, le choix visuel dépasse le simple gadget stylistique. Le noir et blanc s’explique directement par les conditions atmosphériques de la planète visitée et colle à un récit axé sur l’occupation, la résistance et les choix compliqués. 

 

Malheureusement, si l'intention est excellente, le résultat manque parfois un peu d’équilibre. Tout commence par une mission d'apparence banale. Una, M’Benga et Uhura partent récupérer une sonde de la Fédération échouée en bordure de l’espace klingon. Les choses tournent court quand un vaisseau ennemi déboule, forçant le trio à se poser en catastrophe sur la planète voisine, Mat’Aar XII. Sur place, le changement de décor est radical. L’atmosphère particulière du système filtre les couleurs pour ne laisser apparaître que des nuances de gris. Les locaux portent des manteaux et chapeaux tout droits sortis d'un film de détective, les rues ressemblent à celles d’une métropole du siècle dernier et les jeux de lumière multiplient les clins d'œil au cinéma classique.

Sur le plan visuel, la sauce prend très bien. Les ombres marquées, le contraste appuyé et les costumes donnent au chapitre une identité immédiate. La seule vraie limite, c'est que l’hommage manque de subtilité. Le décor ressemble tellement à une reconstitution spatiale du Los Angeles de 1940 qu’on s’étonne de voir nos officiers de Starfleet accepter ce décor rétro sans sourciller ni même souligner l’étrangeté de la coïncidence. Le véritable intérêt du récit réside dans le développement réservé à Una. En explorant Mat’Aar XII, l’équipe tombe sur une femme nommée Navette, qui s'avère être le sosie parfait de la commandante. Ce double inattendu permet à Una d’usurper son identité et d’infiltrer une situation politique explosive. 

 

La planète subit l'occupation des Klingons, une résistance locale tente d'organiser la riposte, et Navette jouait un double jeu dangereux entre les deux camps. Obligée de jongler avec les mensonges, Una sort enfin de son rôle habituel. Rebecca Romijn hérite ici d'un terrain de jeu idéal : la première officier si à cheval sur le règlement doit improviser, tricher et flirter avec la ligne jaune. C’est aussi l’occasion de refaire un crochet par son passé d’Illyrienne. Ayant elle-même vécu sous une fausse identité pour survivre, Una comprend mieux que personne le poids des secrets portés par les habitants. Ce fil conducteur fonctionne particulièrement bien lorsqu'il se concentre sur sa psychologie, bien plus que lorsqu'il essaie de caser des répliques typiques de films de détectives.

Autour d’Una, le duo formé par M’Benga et Uhura apporte une très bonne dynamique. Chacun réagit à la crise avec ses propres armes. M’Benga met à profit son vécu pour naviguer dans ce baril de poudre politique. Face à une Uhura encore jeune et déstabilisée par une mission hors cadre, le docteur s'impose naturellement comme un repère. Son passé d'ancien combattant et ses compétences médicales créent toujours ce contraste captivant chez lui : un homme profondément dévoué à soigner les autres, mais qui connaît parfaitement la violence du terrain. Ces échanges apportent une vraie substance à l'ensemble et empêchent l'épisode de basculer dans la simple caricature visuelle.

 

C’est du côté du reste de l’équipage que le rythme flanche. Pendant que le groupe terrestre se débat sur la planète, La’an reste à bord et commence à trouver le comportement de la sonde récupérée suspect. L'idée de départ était de faire écho à l'intrigue principale : montrer que les apparitions sont trompeuses et que tout est affaire de nuances. Dans les faits, le déroulement paraît beaucoup plus artificiel. La’an accumule les doutes, se heurte au scepticisme de ses collègues, et la résolution finale autour de Chapel tombe un peu à plat. Après plusieurs épisodes très centrés sur La'an, ce passage manque cruellement de relief et donne l'impression de meubler. Au fond, le problème majeur de « A Case of Chiaroscuro », c'est sa gourmandise. 

L’épisode veut tout faire avancer en même temps : l’ambiance polar, le conflit avec les Klingons, le réseau de résistance, le passé d’Una, l’enquête à bord et une poignée de références appuyées. Pris un par un, ces ingrédients fonctionnent. Une fois mélangés dans un format de 45 minutes, ils étouffent un peu le récit. L’effort esthétique reste remarquable, mais la forme prend parfois le pas sur le fond. La série essaie de marier un hommage stylisé avec une réflexion sérieuse sur les compromis moraux en temps de guerre, deux tonalités qui ont du mal à cohabiter jusqu'au bout. Reste que l'épisode a le mérite d'accorder à Una une histoire à la hauteur de son potentiel, en questionnant directement ses valeurs. Pour un personnage trop souvent relégué au second plan, la démarche fait plaisir à voir. 

 

Note : 6/10. En bref, Strange New Worlds continue de tenter des choses et de varier les genres semaine après semaine. Si le résultat manque un peu de mesure cette fois-ci, la prise de risque conserve tout son charme.

Disponible sur Paramount+

 

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