Critiques Séries : Star Trek: Strange New Worlds. Saison 3. Episode 6.

Critiques Séries : Star Trek: Strange New Worlds. Saison 3. Episode 6.

Star Trek: Strange New Worlds // Saison 3. Episode 6. The Sehlat Who Ate Its Tail.

 

Cet épisode de Star Trek: Strange New Worlds arrive dans une saison déjà marquée par un va-et-vient entre récits légers et intrigues plus sombres. Dès les premières minutes, il devient clair que l’histoire qui va suivre ne cherchera pas à offrir un simple interlude détendu. Le montage récapitulatif met l’accent sur un thème unique : la mort. Ce choix oriente immédiatement l’état d’esprit, et il n’est plus question de s’attendre à un épisode de simple détente après les événements lourds de “Through the Lens of Time”. Le point de départ de l’épisode est presque ironique. James T. Kirk, enregistre dans son journal de bord un constat d’ennui. 

 

Premier officier de l’USS Farragut, il se trouve sous les ordres du capitaine vulcain V’Rel, occupé à analyser un monde de classe M depuis une distance prudente. Kirk, fidèle à son tempérament, souhaite une approche plus directe, aller voir de plus près. Ce souhait se retourne rapidement contre lui. Une catastrophe frappe la planète et inflige de lourds dégâts au Farragut. Les causes ne sont pas naturelles : une force gravitationnelle ciblée a frappé, émanant apparemment d’un vaisseau colossal, bien au-delà de toute capacité de construction connue de la Fédération. Lorsque V’Rel est blessée, Kirk prend le commandement. Un rôle qu’il a toujours désiré… mais qu’il s’apprête à trouver beaucoup moins confortable qu’il ne l’imaginait.

L’USS Enterprise, commandé par Christopher Pike, est suffisamment proche pour porter assistance. Une équipe composée de La’an, Uhura, Spock, Scotty et Chapel se téléporte à bord du Farragut pour prêter main forte. Très vite, une hypothèse inquiétante émerge : le “destroyer de mondes”, une légende des colonies isolées, parlerait d’un vaisseau ancien et gigantesque qui avale tout sur son passage. Cette menace ne tarde pas à se manifester. Le vaisseau ennemi, d’une taille démesurée et équipé d’une sorte de mâchoire mécanique, engloutit littéralement l’Enterprise. Dès lors, Kirk se retrouve responsable non seulement de son propre équipage, mais aussi d’une partie de l’équipage de Pike, un mélange délicat à gérer dans une situation critique.

 

À l’intérieur de ce mastodonte mécanique, l’Enterprise subit l’attaque de tentacules robotiques, perd ses communications internes et voit des membres d’équipage disparaître. L’atmosphère est étouffante, renforcée par l’incertitude : s’agit-il simplement d’un prédateur mécanique ou y a-t-il une intelligence derrière ces attaques ? La’an partage avec Pike sa conviction que la légende pourrait être fondée. Cela change l’angle d’approche : ils ne sont pas face à un simple accident de l’espace, mais à une menace planifiée, probablement ancienne. Parallèlement, Pelia se retrouve au cœur d’une improvisation technique pour restaurer les communications. Elle entraîne certains membres de l’équipage dans ses quartiers, remplis d’objets terriens anciens — un véritable musée éclectique. 

L’idée est simple mais efficace : utiliser une ligne téléphonique filaire pour contourner le brouillage. Ce bricolage audacieux illustre bien l’esprit de débrouillardise qui traverse souvent les épisodes de Star Trek. Pendant ce temps, Pike et La’an affrontent directement des intrus lourdement armés. Une scène particulièrement marquante les voit utiliser une bouteille d’alcool comme arme improvisée, plus efficace que leurs phaseurs dans cette situation précise. La tension monte, et un détail attire l’attention : certains assaillants hésitent à tirer, comme s’ils reconnaissaient leurs cibles ou doutaient de leur mission. Sur le Farragut, Kirk traverse lui aussi une zone de turbulences personnelles. 

 

Après avoir rejeté les propositions de son équipe et quitté le poste de commandement dans un moment d’agacement, il suscite la méfiance. Certains envisagent même de l’écarter du commandement. Uhura, témoin de ses capacités en situation de crise, plaide en sa faveur et propose d’envoyer Spock le raisonner. La conversation entre Spock et Kirk marque un tournant. Le jeune commandant admet se sentir paralysé, conscient du poids des décisions qu’il doit prendre. Spock évoque le proverbe vulcain qui donne son titre à l’épisode, le “sehlat qui a mangé sa propre queue”, équivalent à “le serpent qui se mord la queue”. Kirk comprend alors qu’il doit cesser de chercher une réponse purement rationnelle et accepter de s’appuyer sur son intuition humaine.

De retour sur la passerelle, il adopte une nouvelle approche : solliciter les idées de chacun. De ce brainstorming naît un plan audacieux — simuler un vaisseau regorgeant de ressources pour attirer l’ennemi dans un piège, puis désactiver ses propulseurs et le neutraliser. Sur l’Enterprise, Pike et La’an cherchent un moyen de détacher l’appendice toxique fixé à la coque. Leur solution : forcer l’ennemi à absorber une substance nuisible. Cette action, combinée aux manœuvres coordonnées grâce aux lignes filaires, permet au vaisseau de s’extraire du piège. Des tirs de torpilles photoniques semblent achever la menace. Mais la victoire laisse place à un choc : les occupants du vaisseau ennemi étaient humains. 

 

Environ 7 000 individus, descendants d’une mission spatiale du XXIe siècle envoyée pour résoudre la crise écologique terrestre. Transformés au fil de deux siècles, ils sont devenus méconnaissables et hostiles. Ce drame soulève une question éthique : comment assimiler le fait d’avoir détruit des vies humaines, même devenues ennemies ? Kirk, troublé, avoue à Pike qu’il n’a pas pensé à ces ennemis comme à des personnes. Pike lui répond que l’empathie ne peut pas être conditionnelle : soit elle est donnée, soit elle ne l’est pas. Ce conseil, adressé à “Captain Kirk”, trace une ligne claire pour son avenir. Cet échange final résume l’un des fils rouges de l’épisode : comprendre que le commandement ne se limite pas à la stratégie ou à l’efficacité, mais implique aussi un sens aigu de la responsabilité morale.

Même si Kirk est un nom mythique pour tout amateur de Star Trek, cette version jeune et encore en construction de lui-même n’a pas encore tous les réflexes du capitaine charismatique que l’histoire retiendra. Son impatience du début, son moment de décrochage en pleine crise, et sa reconquête de la confiance de l’équipage montrent un personnage en pleine formation. L’épisode met aussi en évidence la dynamique qu’il développera plus tard avec Spock et Scotty — un mélange de friction et de respect mutuel, ponctué d’audace technique et de prises de risque calculées. En toile de fond, cet épisode offre un espace de jeu à des personnages comme Pelia, qui apporte un humour subtil et une inventivité bienvenue, ou Uhura, qui joue un rôle clé de médiatrice. 

 

On peut toutefois regretter que des figures comme Una ou Ortegas restent encore en retrait dans la saison. L’épisode flirte souvent avec le plaisir de retrouver des visages connus de la saga originelle. Mais cette nostalgie a un revers : elle peut parfois détourner l’attention de ce qui pourrait être exploré autrement, notamment les relations de Kirk au sein du Farragut. Le fait qu’il serve sous les ordres d’un capitaine vulcain est une donnée riche, qui mériterait d’être exploitée pour comprendre son lien futur avec Spock. “The Sehlat Who Ate Its Tail” ne se contente pas d’un affrontement spatial spectaculaire. Il interroge le poids des décisions en situation extrême, la gestion de l’autorité, et surtout la place de l’empathie même face à un adversaire. 

La révélation sur les origines humaines des “monstres” est l’élément qui donne à l’épisode sa véritable portée, en forçant à réfléchir sur les biais instinctifs et sur la manière dont l’identité de l’ennemi influence notre perception morale. Au final, cet épisode fonctionne comme une étape dans l’initiation de James T. Kirk au commandement. Il n’est pas encore le capitaine confiant et emblématique que tout le monde connaît. Ici, il tâtonne, hésite, chute et se relève. Et c’est précisément ce processus qui le rend crédible dans ce contexte. L’histoire n’essaie pas de transformer Kirk en héros invincible. Elle montre un jeune officier confronté à la dureté de ses choix, apprenant à écouter ses équipiers et à mesurer les conséquences de ses ordres. Un portrait qui, sans être spectaculaire, s’avère essentiel pour comprendre la personne qu’il deviendra.

 

Note : 7/10. En bref, cet épisode fonctionne comme une étape dans l’initiation de James T. Kirk au commandement. Il n’est pas encore le capitaine confiant et emblématique que tout le monde connaît. Et c’est précisément ce processus qui le rend crédible dans ce contexte. 

Disponible sur Paramount+

 

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