Critique Ciné : Les Bodin’s partent en vrille ! (2025)

Critique Ciné : Les Bodin’s partent en vrille ! (2025)

Les Bodin’s partent en vrille ! // De Frédéric Forestier. Avec Vincent Dubois, Jean-Christian Fraiscinet et Guillaume Clerice.

 

Les Bodin’s sont de retour. Quatrième incursion du célèbre duo comique sur grand écran, Les Bodin’s partent en vrille arrive avec un héritage bien ancré : des personnages cultes pour certains, irritants pour d’autres, et un humour qui divise depuis des années. En salle, le succès populaire ne faiblit pas : près d’un million de spectateurs ont déjà répondu présent, preuve que le public fidèle est toujours là. Pourtant, ce nouvel opus laisse un sentiment mitigé, entre paysages séduisants et écriture à bout de souffle. L’histoire débute dans la campagne française où Maria Bodin et son fils Christian mènent leur train-train habituel. Puis, par un enchaînement d’événements aussi improbables que précipités, les deux se retrouvent… au Maroc. 

 

Quand Maria Bodin, fermière autoritaire et revêche, et son fils Christian, apprennent qu’une usine de fromage industrielle s’apprête à s’installer dans leur petit village, ils sont prêts à tout pour défendre leur fromagerie artisanale. Du Salon de l’agriculture au désert marocain, ils ne reculeront devant rien pour faire capoter ce projet d’usine : chantage, baston, courses-poursuites, une fois de plus, les Bodin’s vont braver tous les dangers pour sauver leurs valeurs et leurs traditions.

 

Ce changement de décor aurait pu être l’occasion de renouveler l’univers, mais le scénario ne semble pas savoir quoi faire de cette escapade. Les scènes se succèdent sans véritable fil conducteur, et l’aventure peine à trouver son rythme. Le dépaysement visuel est bien là, mais il n’apporte finalement pas grand-chose au récit. Qu’ils se retrouvent au Maghreb ou ailleurs, l’impact narratif aurait été le même. L’impression domine que le décor n’est qu’un prétexte pour aligner les sketches. L’identité comique des Bodin’s repose sur un humour paysan assumé, parfois trash, souvent frontal. Ici, le style est intact, mais l’effet de surprise a disparu. Les dialogues multiplient les blagues à double sens, les piques crues et les caricatures. 

 

Certaines répliques font sourire, en particulier lorsque Maria Bodin se lance dans ses tirades mordantes, mais beaucoup tombent à plat, notamment à cause de leur caractère prévisible. Ce qui fonctionnait en spectacle vivant, avec l’énergie de la scène et l’interaction avec le public, se dilue à l’écran. Sur grand format, certaines séquences paraissent forcées et manquent de spontanéité. L’humour semble enfermé dans un registre trop étroit, incapable de se réinventer. Le film s’appuie largement sur des archétypes connus : le bon sens paysan face aux absurdités du monde moderne, l’opposition entre ruralité et urbanité, ou encore la confrontation culturelle. Mais plutôt que de détourner ces clichés pour en faire un commentaire mordant, Les Bodin’s partent en vrille les empile sans nuance. 

 

Résultat : l’écriture semble datée, comme figée dans une époque où ce type de caricature suffisait à déclencher l’hilarité. Malgré ses faiblesses, ce quatrième volet n’est pas dépourvu de qualités. La réalisation est soignée, avec un vrai travail sur les décors et la photographie. Les paysages marocains sont mis en valeur, offrant de belles respirations visuelles entre deux séquences comiques. Le film porte également quelques valeurs positives : la solidarité, l’importance de défendre ses convictions, ou encore la volonté de rassembler au-delà des différences. Ces messages, même s’ils sont parfois noyés dans l’excès comique, apportent une touche plus humaine. Il faut le dire : Les Bodin’s partent en vrille est un film calibré pour un public précis, celui qui apprécie déjà l’univers du duo. 

 

Les spectateurs réceptifs à ce style franchouillard y trouveront leur compte, avec des dialogues crus, des situations absurdes et des personnages hauts en couleur. Pour les autres, l’expérience risque d’être plus laborieuse, voire lassante. L’écriture peine à surprendre, et les blagues, souvent répétées, finissent par perdre leur impact. Cette absence de renouvellement rend la séance longue, même si la durée du film reste raisonnable. Les Bodin’s sont avant tout des bêtes de scène. Leur humour fonctionne par interaction, en direct, avec une rythmique propre au spectacle vivant. Transposé au cinéma, ce style demande une adaptation que ce film ne réussit pas complètement. Certaines scènes donnent l’impression d’assister à un sketch filmé plutôt qu’à une véritable séquence narrative intégrée dans une histoire.

 

C’est là que le bât blesse : le cinéma appelle une écriture plus fluide, des transitions mieux construites, et un rythme qui s’installe sur la durée. Ici, on a davantage l’impression d’une succession de moments comiques reliés par un fil scénaristique fragile. S’il y a bien un élément qui tient le film, c’est Maria Bodin. Ce personnage, incarnation d’une ruralité brute et sans filtre, porte à lui seul une grande partie des scènes. Ses répliques claquent, ses attitudes sont travaillées, et son charisme reste intact. Les fans retrouveront avec plaisir cette figure qui n’a rien perdu de son mordant. Pour autant, même Maria ne peut compenser un scénario bancal. Le talent d’interprétation est là, mais il sert un contenu qui manque d’enjeu.

 

Les Bodin’s partent en vrille ne cherche pas à séduire un nouveau public. C’est un film qui parle à ses habitués, avec les codes qu’ils connaissent et les situations qu’ils attendent. Pour les amateurs du genre, l’humour direct et les dialogues sans filtre feront mouche. Pour les autres, la faiblesse du scénario et la répétition des blagues risquent de rendre l’expérience oubliable. Il reste un message positif et quelques moments sincèrement drôles, mais l’ensemble manque de fraîcheur. Après quatre volets, le duo donne l’impression de tourner en rond, et la magie, pour beaucoup, n’opère plus.

 

Note : 3/10. En bref, Les Bodin’s partent en vrille ne cherche pas à séduire un nouveau public. C’est un film qui parle à ses habitués. Pour les autres, la faiblesse du scénario et la répétition des blagues risquent de rendre l’expérience oubliable.

Sorti le 19 mars 2025 au cinéma - Disponible en VOD

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