Critique Ciné : Bambi: The Reckoning (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Bambi: The Reckoning (2025, direct to SVOD)

Bambi: The Reckoning // De Dan Allen. Avec Roxanne McKee, Russell Geoffrey Banks et Samira Mighty.

 

Il fallait oser. Transformer le faon le plus traumatisant de l’histoire du dessin animé en machine à tuer, et en faire un film d’horreur classé R. Dan Allen a relevé le défi avec Bambi: The Reckoning, dernier rejeton d’un univers partagé que certains surnomment le “Poohniverse”. Après Winnie l’ourson tueur et Peter Pan cauchemardesque, voilà donc Bambi version gore, prêt à transformer vos souvenirs d’enfance en charnier. Dès l’ouverture, le film annonce la couleur avec un prologue animé qui revisite les origines du cerf orphelin. Pas de poésie sylvestre ni de violons dégoulinants : cette fois, c’est l’amorce d’un carnage. 

 

Après qu'une mère et son fils ont un accident de voiture, ils deviennent rapidement la proie de Bambi, un cerf mutant rongé par le chagrin, en proie à une rage meurtrière, cherchant à venger la mort de sa mère.

 

La mise en bouche est brève, parce que ce qui compte, c’est le grand huit sanglant qui suit. J’aurais aimé vous dire qu’il y a de la subtilité ou une relecture profonde du mythe. Mais non, Bambi se contente de foncer dans le tas, et, à sa façon, c’est rafraîchissant. L’histoire est presque trop simple : une mère (Roxanne McKee) et son fils (Tom Mulheron) prennent la route pour rendre visite à la grand-mère. Sur le chemin, leur voiture croise la trajectoire de Bambi, désormais muté en cerf carnivore digne d’un cauchemar sous acide. Résultat : attaque brutale, fuite désespérée, et dès lors une chasse à l’homme inversée. 

 

Le reste du casting se résume à de la chair fraîche : une matriarche un peu voyante qui “sent venir” le danger, quelques chasseurs mal équipés, et des proches qui servent surtout à gonfler le compteur de victimes. Le film prend un malin plaisir à empiler ces protagonistes comme des dominos humains, attendant de voir de quelle manière Bambi les renversera. Les amateurs de films d’horreur connaissent la règle : si vous apparaissez à l’écran, vous finirez probablement empalé, piétiné ou mâchouillé. Et honnêtement, c’est pour ça que j’ai continué à regarder. Là où le réalisateur aurait pu se contenter d’un simple “deer vs human”, il ajoute un ingrédient savoureux : les copains de la forêt. 

 

Oui, Thumper est de la partie, et le lapin le plus mignon de votre enfance devient une boule de fourrure carnivore. Mention spéciale à la scène des lapins qui attaque avec une sauvagerie jubilatoire : soudain, les bois anglais ressemblent à une réunion de rongeurs psychopathes. Cette surenchère animale donne au film un côté série B assumé. On n’est plus dans l’élégie forestière mais dans un cirque sanglant où chaque bestiole semble vouloir régler ses comptes avec l’humanité. Sous l’avalanche de sang, le scénario tente une touche “message”. La forêt est polluée par des produits chimiques, ce qui explique la mutation de Bambi et de ses amis. L’idée est intéressante sur le papier : une revanche de la nature contre l’homme destructeur. 

 

Sauf que le film ne développe jamais vraiment ce fil rouge. Tout est sacrifié sur l’autel du spectacle gore. Le spectateur n’est pas invité à réfléchir, mais à savourer la prochaine mise à mort. Alors oui, en surface, Bambi: The Reckoning pourrait passer pour un pamphlet écologique. Mais soyons sérieux : personne n’ira voir ce film pour méditer sur l’avenir de la planète. Ce que je retiens, c’est surtout l’efficacité crue avec laquelle il exploite son concept. Évidemment, pour animer ce monstre de cerf, il faut des effets numériques. Le résultat est inégal : certaines scènes, plongées dans la nuit, dissimulent habilement les limites du budget. D’autres trahissent la pauvreté du rendu et donnent au cerf un aspect jeu vidéo mal optimisé. 

 

Heureusement, le design global du Bambi tueur est suffisamment frappant pour marquer les esprits : un mélange de zombie animal et de créature de folklore nordique. Ce qui sauve aussi le film, ce sont ses mises à mort inventives. On évite le hors-champ paresseux, et plusieurs séquences jouent la carte du clin d’œil référentiel. Il y a notamment une course-poursuite qui rappelle Scream, mais avec un cerf à la place de Ghostface. Oui, c’est ridicule. Et c’est justement pour ça que ça fonctionne. Parlons des personnages : difficile de s’attacher à eux. La mère tente d’exister en héroïne, le fils court beaucoup, et le reste fait office de chair à canon. Le film ne cherche pas à développer de véritables arcs narratifs, il préfère empiler les stéréotypes. 

 

À la limite, c’est cohérent : face à un Bambi démoniaque, qui a besoin d’un drama familial développé ? En réalité, ce manque d’épaisseur dramatique finit par renforcer le côté nanar assumé. Le film devient un jeu macabre : combien de temps tiendront-ils avant de se faire éviscérer ? Alors, est-ce que Bambi: The Reckoning est un bon film ? Absolument pas. Est-ce que j’ai passé un mauvais moment ? Pas vraiment. J’ai ri, grimacé, et parfois applaudi devant l’audace crétine de certaines scènes. Le film se classe directement dans la catégorie “so bad it’s good”. Il ne prétend pas à autre chose que de livrer une boucherie forestière où un cerf mutant règle ses comptes avec l’humanité. Ce n’est ni intelligent ni profond, mais c’est suffisamment délirant pour devenir une curiosité. 

 

Ceux qui cherchent du grand cinéma n’y trouveront rien. Ceux qui aiment le gore outrancier et les détournements d’icônes enfantines y verront une perle kitsch. Avec Bambi: The Reckoning, Dan Allen signe un film qui ne tient que sur une idée : “et si Bambi tuait tout le monde ?”. Tout le reste – personnages, intrigues secondaires, dialogues – s’efface derrière cette promesse. C’est un cirque sanglant, parfois maladroit, souvent risible, mais étrangement divertissant. En résumé : Bambi est devenu le cauchemar que Disney n’oserait jamais produire. Et même si le résultat frôle le ridicule, je dois avouer que je regarderai probablement la suite. Parce qu’au fond, voir un cerf zombie démembrer des humains a quelque chose de délicieusement absurde.

 

Note : 4/10. En bref, est-ce que Bambi: The Reckoning est un bon film ? Absolument pas. Est-ce que j’ai passé un mauvais moment ? Pas vraiment.

Sorti le 4 novembre 2025 directement en VOD

Bambi: The Reckoning est le 4e film du Twisted Childhood Universe commencé en 2023 avec Winnie-the-Pooh: Blood and Honey, puis Winnie-the-Pooh: Blood and Honey 2 et enfin Peter Pan’s Neverland Nightmare.

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