Critique Ciné : Compulsion (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Compulsion (2025, direct to SVOD)

Compulsion // De Neil Marshall. Avec Charlotte Kirk, Anna-Maria Sieklucka et Zach McGowan.

 

Neil Marshall. Rien que le nom réveille des souvenirs de cauchemars claustrophobes avec The Descent, ou de sueur militaire avec Dog Soldiers. Mais le réalisateur s’essaie à un tout autre terrain : l’érotico-thriller, avec Compulsion. Une tentative qui, sur le papier, sentait la provocation et l’envie de renouer avec un genre oublié. Sur l’écran, en revanche, l’expérience vire à la curiosité ratée. Le film, tourné à Malte, mélange sensualité forcée, crimes sanglants et dialogues qui peinent à sonner naturels. La promesse d’un suspense sulfureux s’effrite vite, laissant une œuvre qui hésite entre hommage maladroit au giallo italien et téléfilm glossy de fin de soirée.

 

La dynamique toxique entre deux femmes, Diana et Evie, toutes deux impliquées dans une série de meurtres horribles sur l'île de Malte.

 

Le récit suit Evie (Anna-Maria Sieklucka), jeune femme venue se réfugier dans la villa de son richissime beau-père. Elle y rencontre Diana (Charlotte Kirk), voisine aussi mystérieuse que manipulatrice, accompagnée de son petit ami Reese (Zach McGowan), un type endetté auprès de criminels locaux. Dès leur première rencontre, Diana flirte ouvertement avec Evie, instaurant une tension sexuelle censée devenir l’épine dorsale du film. Mais Compulsion ne s’arrête pas là : un tueur masqué, surnommé le “Maltese Phantom”, sème la terreur sur l’île. Ajoutons à cela des policiers dépassés par l’enquête et une intrigue secondaire autour d’un coffre-fort à cambrioler… et voilà un scénario éclaté, qui multiplie les pistes sans jamais les assumer. 

 

Résultat : aucune ne trouve un véritable développement, et le spectateur se retrouve devant un puzzle incomplet. Evie devrait incarner la proie fragile, Diana la prédatrice fatale. Sauf que l’alchimie entre Anna-Maria Sieklucka et Charlotte Kirk ne prend jamais. Leurs scènes, censées brûler d’ambiguïté et de désir, ressemblent à des publicités de parfum tournées au ralenti. Les corps sont filmés avec insistance, mais l’érotisme attendu reste mécanique, comme vidé de toute émotion. Charlotte Kirk, muse et compagne du réalisateur, occupe le centre du récit. Mais son jeu manque de nuances : elle alterne regards appuyés et phrases pseudo-sulfureuses sans jamais convaincre. 

 

Quant à Sieklucka, révélée par la saga 365 Jours (Netflix), elle reproduit ici le même problème : une présence physique certaine, mais un personnage vide, réduit à un objet de contemplation. Les seconds rôles ne sauvent rien. Zach McGowan cabotine en petit escroc désespéré, et les deux enquêteurs censés pimenter l’histoire semblent tout droit sortis d’un polar de seconde zone. Entre accents improbables et répliques mal écrites, difficile de croire un seul instant à leur enquête. Neil Marshall revendique son amour pour le giallo italien, ces thrillers des années 70 où le style visuel sublimait la violence et les névroses. Dans Compulsion, il reprend les gants noirs, le rasoir et les meurtres stylisés. 

 

Mais au lieu d’atmosphères inquiétantes et de cauchemars baroques, le film se contente d’images trop lisses. La lumière rappelle plus une publicité pour une compagnie aérienne qu’un cauchemar vénéneux. Le cadre mal exploité de Malte, pourtant riche en textures et contrastes, est réduit à des cartes postales ensoleillées. Là où Argento et Bava utilisaient la couleur pour déstabiliser, Marshall filme les scènes de sexe et de sang comme des clips sans âme. Il faut reconnaître une chose : Marshall n’a pas perdu son goût pour la violence frontale. Certaines scènes de meurtre, notamment un interminable carnage à l’arme blanche, frappent par leur brutalité. Mais ces moments, isolés et montés sans véritable crescendo, tombent à plat. 

 

Sans tension narrative, la violence ressemble plus à une démonstration qu’à une immersion. L’ouverture, avec le meurtre d’un homme sous la douche, laissait espérer une ambiance poisseuse et inquiétante. Mais après ce départ, la tension s’évapore, remplacée par une suite de séquences éparses qui peinent à construire un climat. L’un des plus gros écueils de Compulsion reste son montage. Certaines scènes s’étirent inutilement, d’autres se terminent abruptement, créant une sensation d’inachevé. L’enchaînement manque de logique, comme si Marshall improvisait en post-production. Le film donne l’impression d’avancer par à-coups : un moment d’exposition, une scène de sexe, un meurtre, un détour policier… sans que ces éléments dialoguent vraiment entre eux. 

 

Cette discontinuité empêche toute immersion durable. Le problème majeur de Compulsion réside dans son incapacité à générer la moindre étincelle. Un thriller érotique repose sur le danger du désir, la confusion entre attraction et menace. Ici, le sexe est filmé comme un devoir de cahier des charges. Les regards, les caresses et les baisers manquent de conviction, réduisant l’ensemble à une succession de clichés. Au lieu d’explorer la complexité de ses personnages, Marshall s’attarde sur leur plastique. Ce choix appauvrit le film, transformant l’érotisme en voyeurisme sans intensité dramatique. Depuis quelques années, Neil Marshall peine à retrouver l’énergie de ses débuts. The Reckoning, The Lair et maintenant Compulsion témoignent d’une dérive vers des projets plus tape-à-l’œil que réellement aboutis. 

 

Sa collaboration insistante avec Charlotte Kirk donne même l’impression que ses films existent surtout pour la mettre en avant, quitte à sacrifier le reste. Compulsion illustre ce déclin : un mélange bancal de genres, un hommage raté aux maîtres du giallo et un thriller qui oublie la première règle du genre — captiver son spectateur. Compulsion avait les ingrédients pour séduire : un décor méditerranéen, une atmosphère de faux-semblants, un tueur masqué. Mais le résultat final manque de tension, de sensualité et d’intelligence. Entre une mise en scène trop propre, un scénario éclaté et des personnages inconsistants, le film finit par ressembler à un exercice creux.

 

Neil Marshall, autrefois maître de l’horreur viscérale, livre ici un thriller érotique qui n’assume ni son érotisme ni son suspense. Restent quelques éclats de violence graphique, mais trop isolés pour sauver l’ensemble. Un film qui, paradoxalement, porte bien son nom : Compulsion ressemble à une pulsion mal maîtrisée, plus frustrante que réellement envoûtante.

 

Note : 2/10. En bref, Neil Marshall, autrefois maître de l’horreur viscérale, livre ici un thriller érotique qui n’assume ni son érotisme ni son suspense. Restent quelques éclats de violence graphique, mais trop isolés pour sauver l’ensemble.

Prochainement en France

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article
F
Je l'ai vu streaming en VO, mais j'espère qu'il sera disponible en France en dvd
Répondre
D
Aucune idée pour une hypothétique sortie DVD. Les films de Saban Films ne sortent plus en DVD depuis longtemps. Le support physique se meurt et c'est dramatique !