Critique Ciné : Sneaks (2025)

Critique Ciné : Sneaks (2025)

Sneaks // De Rob Edwards. Avec la voix de Anthony Mackie, Macy Gray et Keith David.

 

Sneaks, film d’animation signé par Rob Edwards et Christopher Jenkins, semble avoir été conçus pour devenir un film que l’on regarde un peu par accident et qui laisse cette impression étrange : comment un tel projet a-t-il pu voir le jour ? À la base, l’idée avait du potentiel : donner vie à des baskets, leur offrir des aventures et en faire une fable sur l’amitié et l’identité. Mais entre concept bancal, exécution paresseuse et scénario bourré de clichés, l’expérience tourne court. Le film suit Edson, un adolescent passionné de basketball, qui gagne lors d’un gala de sneakers une paire de chaussures rarissimes : les Alchemy 24, un modèle blanc et or censé être la star absolue de tout collectionneur. 

 

Ty est un designer de baskets casanier. Après que sa sœur ait été kidnappée, Ty doit s'aventurer dans la ville de New York pour la retrouver...

 

Problème : ces baskets ne sont pas que des accessoires de mode, elles parlent. Pire encore, elles pensent. Baptisées Ty et Maxine, elles forment un duo de personnalités opposées : Ty préfère rester immaculé, enfermé dans une vitrine de collectionneur, tandis que Maxine rêve de fouler les terrains et de goûter à la vraie vie. Leur nouveau propriétaire, ravi de pouvoir frimer lors de son prochain match, attire vite l’attention d’un rival inquiétant : le Collector (doublé par Laurence Fishburne), figure obsessionnelle prête à tout pour mettre la main sur ces chaussures. S’ensuit un enchaînement de péripéties dans une New York stylisée, où Edson tente de récupérer ses baskets volées, pendant que Ty et Maxine se retrouvent séparés et doivent à leur tour chercher à se réunir.

 

Dit comme ça, Sneaks pourrait ressembler à une variation moderne de Toy Story ou Comme des bêtes, version sneakers. Malheureusement, ce qui pouvait sembler malin sur le papier se révèle vite creux et poussif. Le problème principal de Sneaks n’est pas son idée centrale – après tout, Disney et Pixar ont bâti des classiques sur des concepts absurdes (des jouets vivants, des rats qui cuisinent, des émotions personnifiées). Le souci, c’est la manière dont le film traite son idée. Là où Toy Story insufflait à ses personnages objets une profondeur et une dynamique relationnelle universelle, Sneaks se contente d’empiler des gags sur le thème de la chaussure.

 

Ty et Maxine n’échappent pas à la caricature. L’un est obsédé par la propreté, l’autre par l’action, et leur opposition finit par ressembler à un numéro de sitcom fatigué. Les dialogues multiplient les jeux de mots faciles autour des semelles et du cuir, mais rien n’y fait : difficile d’éprouver la moindre sympathie pour des baskets qui passent plus de temps à se plaindre qu’à exister. Le pire, c’est que même avec un casting vocal prestigieux – Anthony Mackie, Chloe Bailey, Martin Lawrence, Macy Gray, Swae Lee, Laurence Fishburne – la mayonnaise ne prend jamais. Ces voix talentueuses donnent l’impression d’avoir été posées là pour le prestige, mais aucune ne parvient à rendre son personnage vraiment mémorable.

 

Visuellement, Sneaks souffre d’un manque flagrant d’ambition. L’animation n’est pas catastrophique, mais elle paraît datée, sans identité claire. Certains choix esthétiques évoquent un stop-motion numérique ou une tentative de coller à l’univers graffiti, mais le résultat donne plutôt une impression de produit à petit budget. Plus gênant encore, les fameuses Alchemy 24 censées être le Graal des sneakers n’ont rien d’impressionnant. Le design est basique, les détails sont absents, et jamais le film ne parvient à justifier l’obsession des personnages pour ces chaussures. Dans un récit qui repose justement sur la fascination pour un objet, c’est une faute impardonnable.

 

À cela s’ajoute une mise en scène mollassonne, incapable de tirer parti de New York comme décor. Les rues paraissent vides, les environnements manquent de personnalité et les rares scènes d’action s’évanouissent aussitôt vues. Du point de vue narratif, difficile de trouver une once d’originalité. Sneaks recycle les poncifs du film familial : un adolescent maladroit qui cherche à impressionner sa camarade de classe, un méchant caricatural obsédé par sa collection, un duo de héros forcés de surmonter leurs différences pour se retrouver. Tout semble déjà vu, déjà entendu, comme si le script avait été assemblé à partir d’un kit de fabrication pour films animés génériques. Quelques pistes auraient pu sauver le récit. 

 

Par exemple, donner plus de poids à la relation entre Edson et ses chaussures, explorer davantage le thème de la passion dévorante pour les objets de collection, ou encore pousser la métaphore de la différence et de l’acceptation. Mais le film préfère rester en surface, enchaîner les poursuites et étirer son intrigue sans jamais lui donner de relief. Le seul domaine où Sneaks respire un peu, c’est sa bande originale. Avec des contributions de Terrace Martin et Mustard, connus pour leurs collaborations avec Kendrick Lamar ou Drake, le film bénéficie de morceaux entraînants qui rappellent la culture hip-hop et sneakers. Ces instants donnent l’impression fugace que l’univers de Sneaks pourrait être cool, avant que le récit ne retombe aussitôt dans ses travers.

 

Au final, Sneaks laisse une impression étrange. L’idée de départ n’était pas idiote, mais la réalisation manque cruellement de souffle. Le film donne constamment l’impression de courir derrière de meilleurs modèles – Toy Story, Spider-Man : Into the Spider-Verse – sans jamais trouver sa propre identité. Résultat : un divertissement qui pourra amuser quelques spectateurs indulgents, mais qui reste surtout une déception. Ce n’est pas totalement irregardable, mais c’est l’exemple même d’un projet animé qui se contente du minimum. Quand un film repose sur des baskets vivantes, il faut de l’audace pour rendre ça crédible. Ici, il n’y a que des clichés qui traînent la semelle.

 

Note : 3.5/10. En bref, Sneaks laisse une impression étrange. L’idée de départ n’était pas idiote, mais la réalisation manque cruellement de souffle. Le film donne constamment l’impression de courir derrière de meilleurs modèles sans jamais trouver sa propre identité.

Prochainement en France en SVOD

 

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