Critique Ciné : Ice Road: Vengeance (2025, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Ice Road: Vengeance (2025, Amazon Prime Video)

Ice Road: Vengeance // De Jonathan Hensleigh. Avec Liam Neeson, Bingbing Fan et Marcus Thomas.

 

Ice Road: Vengeance, la suite que personne n’attendait du déjà très dispensable Ice Road (2021), est un film tellement médiocre qu’il devient presque fascinant. Sorti directement sur Amazon Prime Vidéo – et je comprends rapidement pourquoi aucun distributeur en France n’a voulu se frotter au film –, ce film ressemble moins à une production hollywoodienne qu’à un projet étudiant qui aurait eu la chance de piquer Liam Neeson pour quelques semaines de tournage. Le résultat ? Une parodie involontaire, truffée d’erreurs grotesques, d’effets numériques indignes et de dialogues qui feraient rougir un auteur de soap-opera.

 

Mike se rend au Népal pour disperser les cendres de son frère défunt sur le mont Everest. Lorsque Mike et son guide de montagne croisent des mercenaires à bord d’un bus de tourisme, ils sont contraints de se battre pour sauver leur vie, les passagers et la terre des villageois locaux.

 

Mike McCann (toujours Liam Neeson, qui visiblement n’arrive plus à dire “non” aux scripts médiocres) débarque au Népal pour disperser les cendres de son frère. Jolie idée, sur le papier. Dans le film, ça sert juste de tremplin pour l’envoyer se battre contre des mercenaires sortis d’un catalogue “méchants anonymes”. Très vite, le bus où il voyage est attaqué, et Mike reprend son rôle habituel de bon samaritain malgré lui. Protéger les touristes, sauver les locaux, donner des leçons de bravoure à tout le monde. Rien de neuf sous le soleil, si ce n’est que cette fois, les montagnes népalaises remplacent les routes glacées du premier film. Et encore, “montagnes népalaises” est un bien grand mot…

 

On aurait pu espérer que le cadre himalayen donne un peu de souffle au récit. Mais non : la plupart des scènes sont tournées en Australie, et les incrustations numériques censées recréer l’Himalaya sont catastrophiques. Les routes semblent sorties d’un simulateur de PlayStation 2, et chaque plan large fait saigner les yeux. Cerise sur le gâteau : les incohérences géographiques. Un panneau routier indique joyeusement “Mt. Everest” comme s’il s’agissait de prendre la sortie vers Disneyland, et un personnage affirme qu’il suffit de trois heures pour rejoindre le camp de base… Alors que dans la vraie vie, c’est plusieurs jours de trek dans des conditions extrêmes. 

 

Mais bon, qui a besoin de réalisme quand on peut maltraiter la logique avec autant d’aplomb ? Côté langues, c’est encore mieux : les locaux parlent un anglais parfait avant de basculer sans raison en hindi. Parce que, visiblement, pour le réalisateur Jonathan Hensleigh, Népal et Inde, c’est pareil. Tant pis pour les spectateurs un minimum renseignés, qui assistent médusés à ce festival de clichés mal digérés. Il faut en parler. Depuis Taken, Liam Neeson joue exactement le même personnage : un type fatigué, marqué par la vie, mais capable de casser des mâchoires dès qu’on le cherche un peu. Dans Ice Road: Vengeance, il est en pilote automatique complet. Son regard dit “je souffre”, mais tout le reste dit “j’ai signé, je prends mon chèque, et je retourne à l’hôtel”.

 

Le moment censé marquer le spectateur ? Quand Mike frappe un mercenaire avec l’urne de son frère et remercie ce dernier pour le coup de main. J’ai cru à une parodie des Inconnus. Plutôt que de susciter de l’émotion, la scène déclenche un rire nerveux. Le problème, ce n’est pas tant Neeson que l’usure d’une recette répétée jusqu’à la corde. Le public a fini par développer une vraie “Neeson fatigue” : on sait exactement comment ça commence, comment ça finit, et surtout qu’il n’y aura aucune surprise entre-temps. Un film d’action médiocre peut parfois être sauvé par des séquences nerveuses. Ici, rien. Les fusillades sont mécaniques, les bagarres sans intensité, et les cascades numériques donnent l’impression de regarder une bande-annonce de série Z.

 

Les mercenaires tirent dans le vide, attendent dix minutes avant de viser leur cible, et tombent au ralenti comme dans un mauvais téléfilm. Quant aux véhicules censés rouler sur des routes dangereuses, ils évoluent sur des décors numériques tellement ratés qu’ils en deviennent comiques. À la fin, je n’espérais même plus être surpris : chaque explosion, chaque chute, chaque échange de coups de feu suivait un schéma tellement prévisible que j’avais l’impression d’assister à un copier-coller d’autres films… mais en version discount. Le premier Ice Road n’était pas un chef-d’œuvre, mais il avait au moins une accroche : les camions lancés sur la glace. Ici, plus de glace, plus de suspense, juste un titre trompeur et une intrigue générique. 

 

On aurait pu s’attendre à un minimum de “vengeance”, vu le titre, mais même cet aspect est à peine exploité. À force d’aligner des dialogues plats et des situations absurdes, le film finit par ressembler à une caricature de lui-même. Le héros qui se mêle d’affaires qui ne le regardent pas, le village entier qui l’acclame comme un sauveur, les armes qui ne s’enrayent jamais… Tout est cliché, tout est paresseux. Le plus triste dans tout ça, c’est que Ice Road: Vengeance symbolise parfaitement la trajectoire récente de Liam Neeson. Après avoir brillé dans des rôles marquants (La Liste de Schindler, Michael Collins, Kinsey), il s’est reconverti en action hero vieillissant avec succès… avant d’user la formule jusqu’à la corde.

 

Aujourd’hui, ses films sortent directement sur les plateformes, portés uniquement par son nom. Mais ce nom ne suffit plus à masquer le vide. Les seconds rôles sont transparents, la mise en scène sans inspiration, et même lui semble fatigué de rejouer éternellement le même homme taciturne. Ice Road: Vengeance n’a ni glace, ni vengeance, ni intérêt. C’est un film en mode automatique, qui accumule erreurs, clichés et maladresses sans jamais se rattraper. Même les scènes censées être fortes virent au ridicule, transformant le film en une sorte de parodie involontaire. Le plus ironique, c’est que Liam Neeson continue de porter ce cinéma d’action sans relief sur ses épaules, alors qu’il mériterait mieux que ça. 

 

Mais tant qu’il accepte ce genre de scripts, le spectateur se retrouve condamné à regarder des produits sans âme, vaguement emballés pour le streaming. Un conseil ? Si vous cherchez un bon film d’action, regardez n’importe lequel de ses thrillers des années 2010. Vous gagnerez du temps. Ice Road: Vengeance n’est rien de plus qu’une route sans destination.

 

Note : 1/10. En bref, Ice Road: Vengeance n’a ni glace, ni vengeance, ni intérêt. C’est un film en mode automatique, qui accumule erreurs, clichés et maladresses sans jamais se rattraper. 

Sorti le 3 septembre 2025 directement sur Amazon Prime Video

 

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