3 Septembre 2025
Mercredi // Saison 2. Episode 6. Woe Thyself.
La deuxième saison de Mercredi avait déjà posé les bases d’une intrigue riche, mais l’épisode 6 franchit un cap. Non pas par un twist spectaculaire ou un simple retournement de situation, mais par la manière dont il ose mettre ses personnages face à leurs contradictions les plus profondes. J’ai trouvé que cet épisode assumait un équilibre rare : drôle sans être parodique, touchant sans tomber dans le pathos, et surtout capable d’élargir la palette émotionnelle de Mercredi sans trahir ce qui fait son essence. Le cœur de l’épisode repose sur l’échange de corps accidentel entre Mercredi et Enid. C’est un procédé narratif qu’on a déjà vu mille fois ailleurs, mais rarement utilisé avec autant de pertinence.
Ce choix permet de creuser les personnages sans lourdeur explicative. Voir Mercredi contrainte de vivre dans le corps d’Enid, avec toutes ses couleurs, sa sensibilité et ses codes, c’est la meilleure manière de révéler ses limites. De l’autre côté, Enid, en portant l’aura sombre de Mercredi, comprend le poids de ses visions et la solitude que cela implique. Cette inversion ne produit pas seulement des situations comiques, elle devient un miroir implacable de ce que chacune refoule. Ce que j’ai apprécié, c’est que l’épisode ne tombe jamais dans le cliché. Les maladresses des deux héroïnes ne sont pas seulement drôles, elles sont révélatrices. Chaque faux pas raconte quelque chose sur ce qu’elles n’assument pas.
Impossible de passer à côté de ce moment qui restera gravé dans la saison : Mercredi dansant sur de la K-pop, habillée de vêtements colorés, maquillée d’une manière qui brouille totalement son identité. Cette scène n’est pas là pour ridiculiser le personnage, mais pour montrer à quel point l’échange de corps l’arrache à tout ce qui constitue son image. J’ai trouvé ce contraste particulièrement réussi. D’un côté, l’humour est évident : voir l’icône gothique de Nevermore effectuer une chorégraphie pop et scintillante a quelque chose d’irrationnel. Mais derrière l’effet de surprise, il y a un vrai propos. Cette séquence expose l’étanchéité du monde de Mercredi.
Elle se ferme tellement aux couleurs, à la joie, aux codes des autres, que la voir obligée d’incarner cet univers met en lumière son enfermement intérieur. La série ose deux fois cette rupture, preuve que ce n’est pas un simple gag, mais un outil narratif pour montrer le décalage. Et, à mes yeux, c’est l’un des passages qui résument le mieux l’esprit de l’épisode : confronter Mercredi à ce qu’elle refuse d’être. L’autre grande surprise de l’épisode (bien que très attendue depuis le buzz sur Tiktok de la scène remixée avec le titre « Bloody Mary »), c’est évidemment l’apparition de Lady Gaga dans le rôle de Rosaline Rotwood. Un choix qui aurait pu sembler purement marketing, mais qui fonctionne parfaitement à l’écran.
Rosaline est une figure mystérieuse, presque mythologique, liée à l’histoire des voyants Raven. Elle offre à Mercredi une solution pour retrouver temporairement ses pouvoirs, mais au prix d’un avertissement glaçant. Ce personnage n’apparaît pas longtemps, mais son aura est telle qu’elle imprime l’épisode d’une intensité particulière. J’ai apprécié que ce caméo ne soit pas un simple clin d’œil gratuit. Lady Gaga incarne véritablement la tentation et le danger. À travers elle, la série rappelle que Mercredi a tendance à chercher des raccourcis, quitte à provoquer des catastrophes. Ce rôle secondaire pèse lourd dans le récit, et son interprétation apporte une énergie différente qui colle parfaitement à l’ambiance gothique et décalée de la série.
Si cet épisode fonctionne aussi bien, c’est parce qu’il place la relation entre Mercredi et Enid au centre. Depuis la première saison, leur duo repose sur leurs différences, mais aussi sur une complémentarité fragile. L’échange de corps pousse cette dynamique à son paroxysme. Ce que j’ai trouvé fort, c’est que l’épisode ne se contente pas de montrer deux jeunes filles qui se chamaillent. Il met en lumière des blessures profondes : Mercredi et son incapacité à exprimer ses émotions, Enid et son angoisse d’être une alpha vouée à la solitude. Chacune porte une peur intime, et c’est en partageant ces secrets qu’elles finissent par se rapprocher. Leur retour à la tombe de Rosaline pour briser la malédiction est d’ailleurs un moment fort.
La solution n’est pas magique mais émotionnelle : elles doivent avouer ce qu’elles ressentent vraiment. C’est simple, mais d’une justesse rare. Un autre aspect qui m’a marqué, c’est la manière dont l’épisode parvient à jongler entre des registres très différents. Les scènes légères, comme la K-pop ou les quiproquos liés à l’échange de corps, ne cassent jamais la tension. Elles servent au contraire à rappeler que la série n’est pas seulement sombre, mais qu’elle joue aussi avec l’absurde. En parallèle, les agissements d’Isaac et Francoise apportent une gravité réelle. Isaac n’est pas un méchant caricatural. Ses motivations sont liées à l’amour fraternel, mais sa froideur le rend inquiétant.
Ce mélange entre l’humour et la noirceur donne à l’épisode une texture particulière, sans rupture de ton. Je dois dire que la mise en scène m’a semblé particulièrement travaillée. Les scènes colorées avec Enid ou avec Mercredi en K-pop ressortent d’autant plus qu’elles tranchent avec l’univers habituel de la série. Les décors gothiques, les costumes sombres, tout est pensé pour amplifier le choc visuel. Même le dîner avec la famille Addams, avec son menu improbable et ses échanges piquants, illustre cette logique. Chaque décor, chaque ambiance, sert à refléter les contradictions des personnages. Au-delà de son intrigue immédiate, cet épisode prépare aussi les enjeux de la fin de saison.
La révélation de Weems, selon laquelle un membre de la famille Addams est désormais en danger, ouvre une nouvelle piste. Cette annonce redonne de la gravité à la narration, même après la résolution temporaire de la menace qui pesait sur Enid. Cette bascule entretient le suspense : il n’y a pas de repos possible pour Mercredi. Même lorsqu’une menace est écartée, une autre surgit. En y repensant, ce qui fait la force de cet épisode, c’est sa capacité à surprendre sans jamais trahir la série. L’échange de corps, la danse K-pop, l’apparition de Lady Gaga : autant d’éléments qui auraient pu paraître artificiels, mais qui s’intègrent naturellement à l’univers de Mercredi.
J’ai trouvé que cet épisode réussissait à donner plus de profondeur aux personnages sans sacrifier le rythme. Il confirme aussi que la série n’a pas peur de prendre des risques visuels et narratifs pour explorer ses thèmes. L’épisode 6 de la saison 2 de Mercredi n’est pas seulement divertissant, il est essentiel à la compréhension de l’évolution des personnages. Enid et Mercredi ressortent transformées de cette expérience, et leur amitié, malgré les épreuves, gagne en authenticité.
Note : 8/10. En bref, entre un humour visuel assumé, un caméo de Lady Gaga et une réflexion sincère sur l’identité et l’acceptation, cet épisode démontre que la série sait se renouveler tout en restant fidèle à son esprit. C’est exactement ce que j’attends d’une bonne fiction : un mélange d’audace, de cohérence et de moments qui restent en mémoire longtemps après le visionnage.
Disponible sur Netflix
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