7 Septembre 2025
Découvrir une nouvelle série centrée sur l’adolescence et la musique est toujours un pari risqué. La saison 1 de The Runarounds, disponible sur Prime Video, s’inscrit clairement dans cette veine en suivant un groupe de jeunes fraîchement diplômés qui décident de vivre leur passion coûte que coûte. Huit épisodes forment ce premier chapitre, avec ses qualités, ses maladresses et son identité propre. Dès le départ, je n’ai pas su exactement quelle position adopter face à ce projet. Certains aspects m’ont immédiatement dérouté, tandis que d’autres m’ont donné envie de continuer malgré tout.
Un groupe de jeunes récemment diplômés du lycée à Wilmington, en Caroline du Nord, se réunit pour former un groupe de rock durant l’été qui suit leur remise de diplôme. Unis par leur amour de la musique et leur rêve commun pour la célébrité, ils se lancent corps et âme dans la poursuite de leurs rêves, tout en tombant amoureux et en s’attirant des ennuis au fil d’un été mouvementé.
Cette ambivalence résume assez bien ce que j’ai ressenti tout au long de la saison : un mélange de gêne, de tendresse et d’intérêt sincère pour ces personnages qui essaient de transformer leur rêve en réalité. The Runarounds suit Charlie Cooper, interprété par William Lipton, un jeune musicien persuadé que sa vie doit prendre un tournant décisif avant la fin de l’été. Entouré de ses amis, il tente de faire émerger son groupe de rock dans un contexte où les responsabilités d’adulte frappent déjà à la porte.n Il serait facile de juger les dialogues ou certains choix d’interprétation comme maladroits. Certains passages donnent même envie de détourner les yeux tant les répliques paraissent forcées ou exagérées.
Pourtant, ce côté un peu gauche reflète aussi une vérité : l’adolescence est rarement élégante. À dix-huit ans, beaucoup se rêvent artistes ou poètes, quitte à frôler le ridicule. Cette franchise, même involontaire, rend la série attachante à sa manière.Les huit épisodes construisent progressivement l’identité du groupe. Au départ, les tensions sont nombreuses. Pete, le batteur original, accumule les retards et finit écarté, relégué au rôle de manager improvisé. L’arrivée de Bez à la batterie et de Wyatt à la basse redonne un souffle au projet, mais ne règle pas tous les problèmes internes. Chaque membre de la formation traîne son lot de doutes ou de contradictions.
Neil semble désabusé, Topher pense déjà à son avenir à Princeton, tandis que Charlie refuse de céder aux pressions de ses parents qui souhaitent le voir suivre un parcours plus classique. Ces tiraillements donnent du relief à la narration, même si l’écriture ne parvient pas toujours à les développer en profondeur. Ce qui frappe dans The Runarounds, c’est la profusion de sous-intrigues. Certaines concernent la famille des personnages : un père incapable de subvenir aux besoins de son foyer, une mère instable, des parents trop exigeants, ou encore des histoires de deuil mal digérées. D’autres se focalisent sur les relations amoureuses, notamment celle que Charlie espère nouer avec Sophia, une camarade qui attire son regard depuis longtemps.
Le problème, c’est que ces arcs narratifs s’empilent sans toujours trouver de résolution satisfaisante. Parfois, un élément dramatique surgit pour aussitôt être abandonné au profit d’une nouvelle péripétie. Le résultat est une impression de désordre, comme si la série cherchait à accumuler les rebondissements pour combler des creux plutôt que de creuser réellement ses personnages. Là où The Runarounds parvient à convaincre, c’est évidemment dans les moments musicaux. Tous les acteurs qui incarnent le groupe sont avant tout des musiciens. Quand ils montent sur scène, l’énergie change du tout au tout. Les morceaux sont joués avec conviction et une joie communicative.La sincérité qui se dégage de ces séquences fait oublier bien des maladresses d’écriture.
On sent que les interprètes prennent du plaisir à jouer ensemble, et ce plaisir se transmet à travers l’écran. C’est aussi ce qui donne envie de rester jusqu’au bout : voir le groupe évoluer, progresser et se forger une identité sonore. Un aspect surprenant de la série réside dans son rapport au temps. L’action est censée se dérouler dans le présent, mais l’absence de références explicites aux réseaux sociaux ou aux smartphones crée un sentiment étrange. Par moments, l’ambiance évoque plutôt les années 90 ou le début des années 2000. Ce choix, volontaire ou non, contribue à un certain décalage. D’un côté, cela renforce l’impression d’assister à une histoire intemporelle, presque universelle.
De l’autre, cela rend parfois la narration artificielle, comme coupée de la réalité quotidienne des adolescents d’aujourd’hui. Parmi les visages croisés au fil de la saison, certains sortent du lot. Amanda, la petite amie de Topher, s’affirme comme un soutien solide pour le groupe, souvent plus rationnelle que les musiciens eux-mêmes. Bender, quant à elle, apporte un regard extérieur grâce à sa caméra et sa personnalité affirmée. Ces figures féminines, bien qu’en marge du noyau musical, enrichissent l’histoire et apportent des respirations bienvenues. À l’inverse, certains adultes paraissent caricaturaux ou déconnectés, comme si la série avait davantage misé sur le chaos adolescent que sur une réflexion intergénérationnelle.
Avec huit épisodes d’une heure, The Runarounds s’étire au-delà de ce que son intrigue de base pouvait supporter. Le rythme souffre de cette durée excessive. Plusieurs séquences semblent répétitives, et certains rebondissements auraient gagné à être condensés. À plusieurs reprises, j’ai eu la sensation que la série aurait mieux fonctionné sous la forme d’un film ou d’une mini-série plus courte. La longueur affaiblit l’impact émotionnel et dilue l’intensité des moments forts. Difficile de passer à côté du personnage principal. Charlie est présenté comme un rêveur déterminé à suivre sa passion, mais ses choix et son attitude flirtent parfois avec l’égoïsme. Sa quête de reconnaissance et son obsession pour Sophia le rendent moins sympathique que prévu.
Néanmoins, ses erreurs lui valent aussi des conséquences, ce qui empêche le personnage de tomber dans la caricature totale. Ses failles font partie intégrante du récit, et même si elles irritent, elles participent à cette impression de réalisme maladroit qui traverse la série. La saison multiplie les clichés propres aux récits adolescents : conflits familiaux, histoires d’amour contrariées, tentations d’abandonner son rêve pour une voie plus stable. Certains retournements de situation semblent directement sortis d’un manuel de scénariste. Cela dit, ces archétypes ne sont pas nécessairement un problème en soi. Leur accumulation, en revanche, finit par affaiblir l’originalité de l’ensemble.
L’impression de déjà-vu devient récurrente, au point de réduire la surprise lors des épisodes finaux. Un élément intéressant tient au fait que les membres de The Runarounds existent réellement en dehors de la fiction. Le groupe joue sous son propre nom, sort des titres, et tourne même sur scène. La série brouille donc la frontière entre ce qui relève du scénario et ce qui appartient à la réalité. Ce mélange peut séduire, car il donne une authenticité supplémentaire aux passages musicaux. Mais il peut aussi déstabiliser, puisque les personnages fictifs semblent parfois moins convaincants que les musiciens qu’ils incarnent.
Après huit épisodes, ce que je retiens surtout de The Runarounds, ce n’est pas son intrigue décousue ni ses dialogues inégaux. C’est l’énergie du groupe, la sincérité des moments musicaux et cette volonté de raconter une jeunesse en quête de sens. La série n’apporte rien de révolutionnaire au genre adolescent, et certains choix narratifs nuisent à sa cohérence. Pourtant, elle possède un charme particulier, celui d’un projet porté par de véritables musiciens qui jouent avant tout pour partager leur passion. La saison 1 de The Runarounds laisse un goût mitigé. D’un côté, une narration brouillonne et une durée trop étirée. De l’autre, une authenticité musicale et des personnages imparfaits mais attachants.
Ce n’est pas une œuvre qui transformera le paysage des séries adolescentes, mais elle témoigne d’un désir sincère de montrer ce que signifie rêver grand à dix-huit ans, quitte à échouer ou à se ridiculiser. Et au fond, c’est peut-être précisément ce qui en fait son intérêt : une série maladroite mais habitée, comme ses héros.
Note : 5.5/10. En bref, après huit épisodes, ce que je retiens surtout de The Runarounds, ce n’est pas son intrigue décousue ni ses dialogues inégaux. C’est l’énergie du groupe, la sincérité des moments musicaux et cette volonté de raconter une jeunesse en quête de sens.
Disponible sur Amazon Prime Video
MAJ 4 avril 2026 : Amazon a annulé The Runarounds après 1 saison. Il n'y aura pas de saison 2
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