Marble Hall Murders (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une enquête à deux époques qui commence à devenir intrigante

Marble Hall Murders (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une enquête à deux époques qui commence à devenir intrigante

Marble Hall Murders part d'un concept qui accroche tout de suite : nous plonger dans une enquête policière tout en nous faisant naviguer en permanence d'un récit à l'autre. D'un côté, Susan Ryeland cherche à cerner l'écrivain Eliot Crace et le manuscrit qu'il prépare. De l'autre, le célèbre détective Atticus Pünd mène ses investigations directement dans le roman imaginé par Eliot. Au milieu de ce double jeu narrativement ambitieux se cache un drame familial ancien qui pourrait bien être lié à un véritable meurtre. Après ces deux premiers épisodes, la série commence enfin à abattre ses cartes. Elle en garde heureusement sous le pied, mais certaines connexions apparaissent clairement et donnent immédiatement envie de regarder la suite.

 

Susan retourne en Angleterre, où elle enquête sur un mystère impliquant la mort d'un auteur pour enfants, lié à une histoire de 1955 se déroulant à Corfou.

 

Dès le départ, l'histoire prend son temps pour introduire la famille Crace, un clan qui semble cacher assez de sombres secrets pour alimenter une bibliothèque entière de polars. Vingt ans avant la trame principale, trois enfants, Roland, Julia et Eliot, élaborent un plan glacial pour tuer leur grand-mère Miriam. C'est une scène étrange, presque décalée, où l'on voit ces gamins concevoir une potion mortelle. Mais cette séquence prend une tout autre valeur quand le récit revient aujourd'hui et rappelle que Miriam est bel et bien morte vingt ans plus tôt. Une question s'impose alors naturellement : qu'est-ce qui s'est vraiment passé à Marble Hall ? La version officielle parle d'une disparition sans histoire liée à l'âge. 

 

Eliot semble pourtant avoir une tout autre version à transmettre, et c'est ce décalage qui rend son bouquin si passionnant. Susan Ryeland se retrouve embarquée là-dedans un peu par hasard. Après une période difficile sur le plan personnel et professionnel, elle accepte d'étudier le nouveau manuscrit d'Eliot. L'objectif est de redonner vie à Atticus Pünd, le détective vedette imaginé autrefois par l'auteur décédé Alan Conway. Ce n'est pas un détail anodin. Susan connaît parfaitement les dégâts causés par les histoires d'Alan et sa fâcheuse habitude de transformer ses proches en personnages de fiction. Lorsqu'elle comprend qu'Eliot reproduit exactement le même schéma, son instinct prend le dessus et sa curiosité grandit.

 

C'est probablement le point fort de ce début de saison. Marble Hall Murders ne se contente pas de suivre une investigation classique au présent, elle nous immerge dans le roman en train de s'écrire. Le passage d'un monde à l'autre demande une petite gymnastique d'esprit au début, mais le jeu en vaut la chandelle. Les figures du roman ressemblent étrangement aux proches d'Eliot. Entre la grande villa grecque, la fortune familiale, les guerres d'héritage et les vieilles rancours, on retrouve tous les codes du whodunit traditionnel. C'est là que le drame éclate quand Margaret Chalfont meurt subitement après avoir bu son thé. Atticus Pünd et le lieutenant Vassilikos prennent alors les choses en main et interrogent l'ensemble des invités. 

 

Comme dans tout mystère réussi, tout le monde a une bonne raison de mentir. Le deuxième épisode appuie d'ailleurs sur le personnage d'Elmer, qui devient vite le suspect idéal. Son passé douteux, ses relations avec la victime et la mort mystérieuse de sa première femme font peser de lourds soupçons sur lui, d'autant plus qu'un ouvrage sur les poisons traîne étrangement dans son bureau. Heureusement, la réalisation évite de nous donner des réponses trop simplistes. Pendant que le détective virtuel creuse l'affaire Margaret, Susan mène sa propre enquête sur la mort ancienne de Miriam dans la vraie vie. La juxtaposition des deux univers devient alors captivante. En se rendant sur place, Susan découvre une demeure encore hantée par le souvenir de la grand-mère. 

 

Elle croise la route de Frederick Turner, le fils adoptif, qui dresse un portrait très chaleureux de la défunte. Pour lui, Miriam était une bienfaitrice. Pour Eliot, c'était une femme tyrannique qui détruisait les rêves de ses proches. Il est bien difficile de démêler le vrai du faux. La visite chez le médecin de famille rajoute un doute supplémentaire. Le docteur confirme un arrêt cardiaque, tout en lâchant qu'Eliot vouait une passion troublante pour les substances toxiques et qu'il avait volé des médicaments peu avant le drame. Le coup de grâce arrive avec l'évocation du testament, où l'on apprend que le médecin a reçu un gros chèque après le décès. Dans ce genre de série, ce type d'élément n'est jamais laissé là sans raison. La fin du deuxième épisode monte clairement en intensité lors de la lecture du testament de Margaret dans la partie fictionnelle. 

 

L'argent devient un mobile évident pour toute la famille. Le gros de la fortune va directement à Elmer, laissant des miettes aux enfants de la victime. La réaction ne se fait pas attendre : le ton monte, les insultes volent et les poings finissent par partir. Cette séquence montre à quel point Margaret connaissait la noirceur de son entourage. Au milieu du chaos, Atticus observe calmement. Ce personnage apporte une vraie force et une structure au récit avec sa méthode posée, qui contraste avec l'impulsivité des autres protagonistes. Au final, la force de Marble Hall Murders repose sur cette construction miroir. Eliot écrit une fiction qui parle de ses propres traumatismes sans l'avouer ouvertement, Susan essaie de lire entre les lignes, et Atticus résout un meurtre imaginaire qui contient peut-être la clé d'un vrai crime. 

 

La frontière entre la réalité et la fiction s'efface petit à petit. Il faut parfois s'accrocher pour ne pas perdre le fil avec toutes ces histoires croisées, mais Susan reste un excellent repère pour le spectateur. Elle ne cherche plus seulement à corriger des pages, elle veut découvrir la vérité. Si Miriam est vraiment morte de cause naturelle, pourquoi Eliot ressent-il le besoin d'écrire une histoire qui y ressemble autant ? 

 

Note : 6/10. En bref, ces deux épisodes posent des bases solides. Le rythme a parfois quelques ratés avec des longueurs dans les explications familiales, mais le mystère est suffisamment bien ficelé pour nous garder accrochés. L'ambiguïté autour des intentions d'Eliot donne tout son relief à la série, et c'est exactement ce qui me donne envie d'enchaîner avec la suite.

Prochainement en France

 

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