Critique Ciné : The Good Sister (2026)

Critique Ciné : The Good Sister (2026)

The Good Sister // De Sarah Miro Fischer. Avec Marie Bloching, Anton Weil et Proschat Madani.

 

Certains films vous attrapent par le col avec une question particulièrement inconfortable. The Good Sister est exactement de cette trempe-là. Pour son tout premier long-métrage, la réalisatrice Sarah Miro Fischer s'attaque à une situation d'une lourdeur incroyable, mais terriblement concrète : que fait-on quand son propre frère est accusé de viol ? Comment est-ce qu'on reconsidère un visage qu'on connaît par cœur depuis la petite enfance quand une telle ombre s'installe dans le tableau ? L'histoire est posée sans détours inutiles. Rose est extrêmement fusionnelle avec son grand frère, Sami. Elle vient d'essuyer une rupture douloureuse et s'installe naturellement chez lui. 

 

Rose est très proche de son frère aîné Sam, qu’elle adore. Lorsqu’une femme accuse Sam de viol, Rose est appelée à témoigner dans le cadre d’une enquête menée à son encontre.

 

Tout respire la complicité chaleureuse, le soutien sans faille, la vie ordinaire. Puis, du jour au lendemain, tout vole en éclats : Sami fait l'objet d'une plainte pour viol, et Rose se retrouve convoquée par la police pour être entendue. C'est à partir de cette toute petite étincelle que le sol se dérobe sous ses pieds. L'accroche est brillante, le pitch d'une efficacité redoutable. Pourtant, à la sortie de la projection, mon ressenti est resté étrangement mitigé. Le premier choix fort du scénario, c'est de laisser l'enquête policière au second plan. On ne cherche pas à reconstituer les faits minute par minute façon thriller juridique. Le film préfère coller aux basques de Rose et filmer l'onde de choc intérieure. 

 

C'est un angle très pertinent. Le vrai sujet devient la trajectoire d'une sœur coincée entre deux loyautés impossibles. Comment aimer profondément quelqu'un tout en admettant qu'il a pu commettre le pire ? Est-ce que le sang oblige au déni ? Et jusqu'où peut-on fermer les yeux pour préserver son propre monde ? Le film évite le piège des réponses toutes faites, et c'est assurément ce qu'il a de meilleur à offrir. Cette mécanique tient avant tout sur les épaules de Marie Bloching. Dans le rôle de Rose, l'actrice est tout simplement bluffante. La caméra s'accroche à ses traits, capture ses hésitations, ses silences pesants, sa façon d'observer son frère comme si elle cherchait un monstre caché sous des traits familiers. 

 

Sans jamais en faire des caisses ou sombrer dans l'hystérie, elle parvient à faire capter ce doute corrosif qui s'infiltre partout. Une simple réplique au dîner, une gestuelle un peu brute, un vieux souvenir qui remonte... Et soudain, tout prend un éclairage toxique. L'actrice parvient à maintenir cette zone de malaise permanent où son personnage ne sait plus du tout sur quel pied danser. Malheureusement, le dispositif finit par montrer ses limites. À force de vouloir rester collé au bouillonnement intérieur de son héroïne, le récit s'enferme un peu trop dans sa propre tête. Le rythme s'alourdit considérablement. Les scènes muettes se succèdent, les regards dans le vide se multiplient, et ce qui instaurait une tension étouffante au début finit par générer une certaine lassitude. 

 

On sent une volonté très marquée de signer un cinéma d'auteur épuré, presque clinique. Mais à force de pousser la sobriété à son maximum, la mise en scène installe une vraie distance. Au lieu de nous plonger dans l'angoisse de Rose, le film nous met sur la touche. Mon vrai regret concerne la relation entre le frère et la sœur. Pour que le dilemme moral nous prenne aux tripes, il aurait fallu qu'on croie dur comme fer à leur complicité initiale. Or, le film nous montre qu'ils sont proches, mais sans jamais nous faire ressentir cette chair, cette histoire commune. On manque de tranches de vie concrètes, de souvenirs partagés, de cette dynamique fraternelle si particulière. Du coup, la fracture fonctionne sur le papier, intellectuellement, mais elle peine à nous tordre le ventre comme elle le devrait.

 

Et puis, il y a ces digressions un peu déroutantes où Rose cherche à s'extirper du marasme. On la voit s'inscrire à des cours de dessin, poser nue devant des inconnus, nouer une liaison amoureuse un peu bancale. On comprend bien l'intention : montrer une jeune femme qui essaie de se réapproprier son corps et de reprendre le contrôle dans une période d'impuissance totale. Mais ces passages paraissent déconnectés du reste, comme greffés artificiellement sur l'intrigue. L'ambiguïté peut être une grande qualité au cinéma, mais ici, elle apporte surtout de la confusion.

 

Note : 4.5/10. En bref, The Good Sister reste un premier film singulier, porté par un sujet fort qu'on croise rarement sur grand écran. La réalisation de Sarah Miro Fischer a le mérite d'éviter le piège du mélodrame larmoyant ou du jugement hâtif. Mais à force de choisir la retenue absolue et d'accumuler les temps morts, le film s'emmêle un peu les pinceaux et perd une partie de son impact dramatique. Un drame psychologique intéressant et honnête, qui pose d'excellentes questions, mais qui manque malheureusement un peu d'audace et de chair pour marquer durablement les esprits.

Sorti le 2 septembre 2026 au cinéma

 

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