4 Octobre 2025
Chaque retour de Slow Horses s’accompagne d’une attente particulière. Après une saison 4 marquée par des pertes lourdes et des tensions internes, cette nouvelle salve d’épisodes démarre avec un virage narratif plus grave. Les deux premiers chapitres posent des bases inquiétantes, où le poids des traumatismes passés se conjugue à une menace terroriste d’une ampleur inédite. Plus que jamais, les membres de Slough House semblent fragiles, divisés, et pourtant aspirés malgré eux dans une spirale de chaos politique et de manipulations. La cinquième saison s’ouvre sur une scène de campagne électorale.
Rien d’inhabituel à première vue : un candidat, des promesses, un discours censé rallier les indécis. Puis, sans prévenir, un jeune homme sort une arme semi-automatique et abat une dizaine de personnes. Le carnage s’arrête lorsqu’un deuxième tireur l’exécute froidement. Cette brutalité immédiate installe un climat de peur, tout en soulevant une question dérangeante : s’agit-il d’un acte isolé ou d’une manœuvre orchestrée en coulisses pour servir des intérêts politiques ? Le massacre résonne d’autant plus fort qu’il trouve écho dans l’actualité contemporaine. La série choisit de montrer à quel point des individus en marge, nourris de frustration et de haine, peuvent être instrumentalisés par des forces supérieures.
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Le terrorisme n’est plus seulement une question de cellules organisées : il devient une ressource, un réservoir d’hommes prêts à être activés puis éliminés. Dans ce climat tendu, les agents de Slough House traînent leurs propres fardeaux. Marcus est mort, Louisa a quitté le service, et River peine à gérer la décision difficile qu’il a prise vis-à-vis de son grand-père. Chacun évolue désormais avec une fragilité accrue, ce qui rend la maison plus vulnérable que jamais. Shirley illustre particulièrement ce déséquilibre. La perte de Marcus, qui représentait son repère, la fait replonger dans ses démons. Sa dépendance refait surface et ses jugements s’en trouvent altérés.
Pourtant, c’est elle qui devine le danger entourant Roddy, persuadée que ce dernier est devenu une cible. Sa lucidité contraste avec son état psychologique instable, et cela donne une tension supplémentaire à ses interventions. Roddy a toujours été perçu comme le génie informatique imbu de lui-même, un personnage comique au sein d’un univers sombre. Dans ces deux épisodes, il devient paradoxalement central. Son aventure avec Tara, une femme mystérieuse qu’il croit séduire, semble trop belle pour être vraie. Là où ses collègues flairent immédiatement le piège, lui s’entête à croire en la sincérité de cette relation. La série joue avec cette ambivalence : Roddy est à la fois pathétique et attachant, un homme ridicule mais potentiellement exposé à un complot qui le dépasse.
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La légèreté qu’il apporte contraste avec la gravité du récit, tout en rappelant que dans Slow Horses, le danger peut frapper n’importe quel maillon de l’équipe, même le moins crédible. Jackson Lamb, figure centrale de la série, se fait plus discret dans ces débuts de saison. Sa silhouette fatiguée, sa nonchalance apparente et son humour corrosif demeurent, mais l’intrigue s’attarde davantage sur les seconds rôles. Ce choix narratif met en lumière la vulnérabilité du groupe sans son chef en première ligne. Cela ne signifie pas pour autant que Lamb soit absent. Ses rares interventions suffisent à rappeler que derrière sa façade désabusée, il conserve une lecture fine des manipulations en cours.
Son scepticisme vis-à-vis de la romance de Roddy illustre cette capacité à percer les illusions, même lorsqu’il fait semblant de s’en désintéresser. Le fil rouge de ces épisodes ne se limite pas aux drames individuels. La série s’attarde sur le contexte politique, avec la figure de Zafar Jaffrey, maire en quête de réélection. Dans un climat où la criminalité et la peur façonnent l’opinion, un événement sanglant peut devenir une arme de propagande. L’idée que le premier tireur ait été un pion destiné à servir une stratégie électorale n’est pas à exclure. Ce cynisme politique renforce l’atmosphère pesante de la saison.
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Le spectateur se retrouve face à un double jeu : d’un côté des terroristes capables de manipuler des individus isolés, de l’autre des responsables politiques prêts à exploiter ces drames pour leur propre bénéfice. Entre les deux, Slough House navigue sans boussole claire, cherchant tant bien que mal à comprendre le puzzle. Malgré cette noirceur, Slow Horses conserve une singularité : son humour grinçant. Les maladresses de Roddy, les piques de Lamb, ou encore les scènes absurdes où une opération tourne au fiasco, rappellent que la série refuse de sombrer totalement dans le désespoir. Cette capacité à juxtaposer des moments de comédie presque burlesques à des séquences de terreur donne à l’ensemble une tonalité unique.
Un exemple marquant réside dans la tentative de protection de Roddy : Shirley en planque, Lamb dans l’appartement, et l’attaque d’un assaillant qui vire à la cacophonie. Le sérieux de la menace se mêle au ridicule des méthodes employées. Cet équilibre, qui pourrait sembler fragile, fait au contraire la force de la série. Il est impossible d’ignorer l’importance des personnages manquants dans ce début de saison. Marcus, dont la disparition hante toujours ses collègues. Louisa, partie en congé mais dont l’absence se fait sentir comme un vide durable. Ces départs créent une atmosphère d’inachèvement : Slough House paraît amputé, moins capable de tenir tête aux tempêtes extérieures.
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Cela participe d’un sentiment de fragilité généralisée. Chaque membre restant semble marcher sur une corde raide, entre loyauté à la mission et lutte intérieure. Ce climat annonce probablement de nouvelles fissures à venir. Ces deux premiers épisodes multiplient les pistes sans livrer toutes les réponses. Tara est-elle complice volontaire des terroristes ou victime de coercition ? Pourquoi Roddy est-il ciblé spécifiquement ? Quel lien unit la fusillade d’Abbotsfield, les sabotages liés au carburant et l’enrôlement de jeunes activistes ? Le spectateur est volontairement laissé dans l’incertitude. Slow Horses ne se contente pas de dévoiler une menace claire et identifiable ; la série brouille les pistes, révélant un ennemi diffus, insaisissable, qui semble toujours avoir un coup d’avance.
La cinquième saison choisit d’explorer la douleur et les cicatrices laissées par les saisons précédentes. Cela se traduit par des personnages plus vulnérables, des intrigues teintées de désespoir, et une menace terroriste qui trouve un écho glaçant dans le monde actuel. Pour autant, la série ne bascule pas dans un registre entièrement dramatique. Elle maintient une légèreté indispensable grâce à ses personnages les plus absurdes, et notamment Roddy, qui devient malgré lui le centre d’attention. C’est ce mélange de noirceur et de dérision qui empêche l’ensemble de devenir étouffant, et qui donne à Slow Horses sa couleur si particulière.
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Ces deux premiers épisodes de la saison 5 offrent une entrée en matière dense, mêlant drame intime, enjeux politiques et menace terroriste. La fusillade inaugurale marque les esprits et installe un climat inquiétant, tandis que les trajectoires individuelles des membres de Slough House révèlent leurs fragilités. Roddy, longtemps considéré comme un simple ressort comique, se retrouve au cœur de l’intrigue, exposé à un danger qu’il ne mesure pas. Shirley lutte contre ses démons, River refuse de regarder ses blessures en face, et Lamb observe, en retrait, mais toujours avec un regard perçant.
La série confirme ainsi sa capacité à jouer sur plusieurs registres : intrigue d’espionnage, satire politique, étude de caractères, comédie noire. Si le début de saison ne livre pas toutes les clés, il installe une tension palpable et promet une suite pleine de zones d’ombre. Slow Horses continue d’explorer un monde où l’incompétence se mêle à l’héroïsme, où la fragilité devient une arme à double tranchant, et où les plus insignifiants peuvent se retrouver au centre d’un jeu qui les dépasse.
Note : 8/10. En bref, ces deux premiers épisodes de la saison 5 offrent une entrée en matière dense, mêlant drame intime, enjeux politiques et menace terroriste.
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