9 Décembre 2025
Tornado // De John Maclean. Avec Kōki,, Jack Lowden et Takehiro Hira.
Je suis toujours intrigué par ces films qui veulent mélanger les genres. Un peu de western, une touche de samouraï, un soupçon de fable mystique… sur le papier, Tornado de John Maclean avait tout pour m’embarquer. Et il faut dire que j’avais envie d’y croire. Surtout que Maclean n’en est pas à son coup d’essai : Slow West m’avait séduit par son minimalisme et son étrangeté poétique. Ici, il pousse encore plus loin la fusion des univers : le Japon féodal rencontre les Highlands écossais de 1790. Rien que ça. Le résultat, hélas, c’est un peu comme une tornade sans vent : ça tourne beaucoup, mais ça ne déplace pas grand-chose.
Grande-Bretagne, années 1790, la jeune japonaise, Tornado et son père croisent sur leur chemin une bande de criminels impitoyables dirigée par Sugarman et son ambitieux fils Little Sugar.
L’histoire suit Tornado, interprétée par Kôki (la fille de Kimura Takuya, star japonaise, pour ceux qui suivent). Elle voyage avec son père Fujin, ancien samouraï reconverti en montreur de marionnettes, à travers une Écosse lugubre et déserte. Leur spectacle itinérant attire un jour un groupe de bandits mené par un Tim Roth plus patibulaire que jamais. Sauf qu’au milieu de la représentation, un gamin profite du moment pour dérober deux sacs d’or appartenant à la bande. À partir de là, tout part en vrille : vengeance, poursuites, trahisons, morts absurdes — le cocktail classique, mais servi ici sans la moindre étincelle. D’ailleurs, pendant cette première scène, j’ai eu un petit moment de flottement.
Le fond musical des accords de Formidable de Stromae lors du spectacle m’a surpris. Je dois avouer que je me suis demandé si ce n’était pas une vidéo qui tournait en fond quelque part. Ce clin d’œil incongru à la pop moderne dans un décor du XVIIIᵉ siècle résume bien l’ambiguïté du film : audacieux sur le papier, déroutant dans les faits. Ce qui frappe d’abord, c’est l’ambition visuelle. Les paysages écossais filmés par Robbie Ryan sont magnifiques : des plaines battues par le vent, des brumes épaisses, une lumière qui semble sortir d’un rêve. On sent le désir de Maclean de transformer cette contrée en territoire mythique, à mi-chemin entre le western et la légende japonaise.
C’est beau, oui, mais c’est aussi glacé. À force de vouloir être contemplatif, le film s’épuise dans sa propre lenteur. On attend que quelque chose se passe, mais le vent ne se lève jamais vraiment. Kôki fait ce qu’elle peut dans le rôle-titre, mais son jeu reste coincé entre deux registres : parfois fragile, parfois guerrière, sans jamais convaincre totalement dans aucun des deux. Tornado pleure, crie, tranche deux ou trois gorges, puis redevient une silhouette muette. On devine une volonté d’incarner une héroïne stoïque, mais ça sonne souvent creux, comme un personnage encore en répétition. En face, Tim Roth fait du Tim Roth : regard sombre, voix rauque, présence inquiétante.
Jack Lowden, qui joue son fils, apporte un peu de nuance, mais ses motivations sont traitées avec la profondeur d’un sous-titre Netflix mal traduit. Le scénario, lui, semble hésiter entre la parabole morale et le western psychologique. Résultat : on se perd dans les flashbacks, les ellipses et les dialogues sibyllins. On devine que Maclean veut parler d’avidité, de filiation, de violence cyclique. Mais le message se noie dans une mise en scène trop cérébrale, comme si le film avait peur d’assumer sa propre simplicité. On se retrouve devant une sorte d’allégorie bricolée, pleine de symboles (les marionnettes, l’or, le vent, les masques) mais sans âme derrière.
Et pourtant, tout y était pour faire un grand film. Le mélange des genres aurait pu donner quelque chose d’unique : un Kill Bill dépouillé, une fable métaphysique sur la vengeance, ou même un western zen. Mais Tornado reste coincé entre deux mondes : trop lent pour être un vrai film d’action, trop confus pour être une œuvre contemplative. C’est un peu comme si Maclean avait voulu filmer un rêve, mais qu’il s’était endormi au montage. Les combats, rares, sont expédiés en quelques gestes mous. On attend un grand duel final, une montée en tension… et non, tout se termine dans une série de scènes sèches et mal chorégraphiées, comme si le film s’excusait de faire du bruit.
Même la vengeance finale, censée être cathartique, manque d’impact. On comprend que Tornado est censée trouver sa voie, mais on ne ressent ni sa colère, ni son deuil. On regarde juste une actrice se battre contre le vide. Je reconnais toutefois une vraie cohérence esthétique. Maclean filme ses paysages comme des peintures figées, et sa direction artistique est irréprochable. La musique de Jed Kurzel apporte une tension sourde, parfois hypnotique. Le problème, c’est que tout cela reste à distance. On contemple, on admire, mais on ne ressent rien. Tornado est un film qui veut trop bien faire, trop tout contrôler.
Et dans cette recherche de pureté visuelle, il perd la chair, la sueur, la brutalité qui font vivre un bon western ou un bon chanbara. En sortant de la salle, j’avais cette impression étrange d’avoir vu un objet fascinant mais inabouti. Comme un prototype de film : une belle idée en quête de scénario. J’aurais voulu que ça me bouscule, que ça me gifle un peu — au lieu de quoi, j’ai eu droit à une brise légère, polie, presque timide. Alors non, Tornado n’est pas un désastre. Ce n’est pas non plus un grand film. C’est une curiosité, un OVNI visuel dont je me souviendrai peut-être pour deux plans sublimes, une lumière d’aube sur la lande et le regard perdu de Kôki derrière son masque. Mais pour le reste, tout s’évapore aussi vite qu’un nuage dans le vent.
Note : 4.5/10. En bref, un vent de promesses, quelques éclairs d’élégance, mais aucune tempête. Tornado aurait pu balayer les genres et les certitudes — il se contente de les effleurer. Et quand le générique défile, je me surprends à penser que le film porte bien son nom : beaucoup de mouvement, très peu de substance.
Sorti le 7 novembre 2025 en séance exceptionnelle au cinéma Castillet à Perpignan - Sorti le 9 décembre 2025 directement en DVD
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