Critiques Séries : All’s Fair. Saison 1. Episode 4.

Critiques Séries : All’s Fair. Saison 1. Episode 4.

All’s Fair // Saison 1. Episode 4. Everybody Dance Now.

 

Après trois épisodes oscillant entre satire de luxe et drame juridique déguisé en soap, All’s Fair s’offre une respiration inattendue avec « Everybody Dance Now ». Cette fois, ce n’est plus Allura Grant (Kim Kardashian) qui occupe le centre de la scène, mais Emerald Greene, incarnée par Niecy Nash. Et pour la première fois depuis le lancement de la série, quelque chose ressemble à une vraie tension émotionnelle. Ce déplacement de focale ne transforme pas miraculeusement la série, mais il la rend au moins plus lisible. Ryan Murphy laisse un peu de côté les excès visuels et les postures glamour pour explorer un territoire plus intime, où la violence et la vulnérabilité cohabitent. 

 

Emerald, jusque-là figure solide du cabinet, toujours droite dans ses talons et ses principes, se retrouve ici déstabilisée, forcée d’affronter ce que la série avait soigneusement contourné jusqu’à présent : la perte de contrôle. Depuis le début, All’s Fair se présente comme une anti-série judiciaire. Les affaires de la semaine ne sont pas là pour structurer les épisodes, mais pour nourrir les failles des personnages. C’est un pari étrange, souvent maladroit, mais parfois payant. Dans ce quatrième épisode, la mécanique s’inverse encore : la “victime du jour” n’est autre qu’une des avocates, et la fiction s’aligne brusquement sur le réel. L’enquête, cette fois, se déroule dans la tête d’Emerald. Et rien ne semble plus tenir debout.

Le scénario s’ouvre sur une parenthèse légère : Emerald accepte enfin de sortir de sa bulle. Mère célibataire et professionnelle aguerrie, elle tente de retrouver une part d’elle-même en participant à une soirée pour célibataires. Ce moment, filmé comme une tentative maladroite de réapprendre à vivre, bascule rapidement dans un cauchemar. Une ellipse trouble, quelques images floues, et la série s’aventure sur un terrain délicat, celui de l’agression sexuelle et de ses conséquences psychologiques. Rien n’est montré frontalement, mais tout est suggéré : la confusion, la honte, la colère. Le choix de Murphy – ou plutôt des scénaristes – de ne pas transformer cette intrigue en thriller est probablement la meilleure décision de l’épisode. 

 

L’intérêt ne réside pas dans le “qui a fait quoi”, mais dans la manière dont Emerald encaisse, réagit, tente de garder la face. Sa détermination à aller au commissariat, à parler à ses enfants, à continuer de travailler, tout cela compose un portrait juste, presque pudique, d’une femme qui ne se définit pas par son traumatisme mais par la façon dont elle tente d’en sortir. Niecy Nash porte l’épisode avec une précision qui manquait jusque-là à la série. Son jeu ne cherche ni la sympathie ni la performance. Il respire l’humanité. C’est peut-être la première fois qu’un personnage de All’s Fair existe autrement que comme symbole ou caricature. Le reste du casting gravite autour d’elle, souvent en retrait, parfois utile. 

Sarah Paulson, toujours impeccable en Carrington Lane, continue d’occuper l’espace avec une ironie mordante, sans jamais écraser la nuance d’Emerald. L’affaire parallèle du divorce entre une femme (Jennifer Jason Leigh) et son mari, qui veut des enfants qu’elle ne peut plus lui donner, vient en écho. Carrington, fidèle à elle-même, défend l’homme avec jubilation, révélant au passage des secrets que personne n’aurait dû connaître. Ce duel d’ego renvoie directement à la douleur d’Emerald : le pouvoir que les hommes exercent, le contrôle qu’ils imposent, même dans l’intimité des corps. À ce stade, la série ne prétend plus à la subtilité, mais elle trouve enfin un axe cohérent.

 

Les épisodes précédents avaient souffert d’un déséquilibre flagrant entre le fond et la forme. Le premier, caricatural jusqu’à l’absurde ; le deuxième, empêtré dans des dialogues figés ; le troisième, enfin un peu plus audacieux mais plombé par la direction visuelle. Dans « Everybody Dance Now », les excès visuels sont toujours là, mais moins insistants. La mise en scène se resserre, et la narration respire. On ne sort pas de la série transformé, mais on n’a plus l’impression de regarder une publicité pour un parfum hors de prix. Le dernier acte ouvre une nouvelle brèche. L’agresseur présumé d’Emerald est retrouvé mort, et la série installe un doute : suicide ou règlement de comptes ? 

Ce fil narratif promet de relier enfin les différents personnages du cabinet, jusque-là dispersés dans leurs arcs respectifs. Pour la première fois, All’s Fair semble avoir envie d’avancer, de lier ses histoires, de construire quelque chose qui dépasse la succession d’affaires clinquantes. Ce n’est pas une réussite éclatante, mais un tournant. En s’éloignant temporairement d’Allura et de ses excès scénaristiques, la série découvre une forme d’équilibre. Ce n’est plus un pur soap, ni une satire ratée du luxe, mais un drame humain fragile, qui laisse entrevoir ce que Murphy et son équipe auraient pu faire depuis le début.

 

Il reste encore beaucoup de défauts : un dialogue souvent mécanique, des transitions abruptes, des ambitions esthétiques qui écrasent parfois l’émotion. Mais cet épisode prouve qu’au milieu du vernis, il existe des fragments de sincérité. Et pour une série qui avait démarré dans le bruit et le clinquant, c’est déjà un pas vers autre chose.

 

Note : 5/10. En bref, pour la première fois, All’s Fair semble avoir envie d’avancer, de lier ses histoires, de construire quelque chose qui dépasse la succession d’affaires clinquantes. Ce n’est pas une réussite éclatante, mais un tournant qui me rend curieux de voir la suite. J’ai envie d’être gentil car cet épisode est encourageant à bien des égards. 

Disponible sur Disney+

 

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