6 Décembre 2025
Elsbeth // Saison 3. Episode 8. Basket Case.
L’épisode 8 de la saison 3 d’Elsbeth, intitulé « Basket Case », m’a laissé une impression mitigée. Pas dans le sens d’un épisode raté, mais plutôt d’une heure qui semble dépendre entièrement d’un contexte extérieur : une affaire sportive que beaucoup connaissent, même sans l’avoir cherchée. Et cette proximité avec un fait divers réel crée un décalage étrange, comme si la série voulait s’en inspirer tout en prétendant ne pas le faire. Ce n’est pas vraiment du fait divers repris des gros titres comme peut le faire Law & Order, mais l’allusion est tellement transparente que le spectateur se retrouve constamment ramené à cette histoire réelle, qu’il le veuille ou non.
Et quand un épisode repose autant sur une référence, ça a forcément un impact sur l’expérience. L’épisode met en scène Coach Willoughby, figure sportive vieillissante, et Peyton, sa petite amie beaucoup plus jeune. Qu’on connaisse ou non les parallèles avec le monde réel, cette dynamique crée une tension qui dépasse le cadre de l’intrigue policière. Là où Elsbeth joue habituellement sur des archétypes volontairement exagérés, ici tout semble trop proche de personnalités bien vivantes pour que la caricature fonctionne pleinement. Le problème, pour moi, est que Peyton est construite comme un personnage volontairement antipathique… mais qui n’est pas la meurtrière.
Dans les épisodes précédents, les coupables étaient souvent tellement outranciers que l’on acceptait sans peine d’en rire. Ici, la série conserve la flamboyance de ses villains, mais en l’attribuant à quelqu’un d’innocent. Du coup, impossible d’avoir la satisfaction habituelle : ni la jubilation face à un méchant qui tombe, ni l’empathie pour une innocente victime de préjugés. Et c’est d’autant plus dommage que la série avait une vraie piste intéressante : celle des biais, notamment ceux de Detective Taylor, qui projette ses propres opinions sportives et culturelles sur Peyton. L’épisode effleure la question… puis l’évite soigneusement. C’est frustrant, surtout après des épisodes comme « I See… Murder » ou le récent « Doll Day Afternoon » où Elsbeth réussissait justement à intégrer des commentaires plus subtils sans alourdir la narration.
La relation entre Peyton et Elsbeth aurait pu être l’axe central. Elle l’est par moments, notamment lorsque Peyton renvoie à Elsbeth sa manière d’utiliser son style et son excentricité comme stratégie sociale. Ce sont des scènes fortes, parce qu’elles ouvrent une réflexion sur la manière dont les femmes doivent se situer dans des environnements où elles sont constamment évaluées. Mais l’épisode ne les exploite pas vraiment. Il reste en surface, comme s’il hésitait à assumer son propos. Là où la série parvient parfois à souligner, avec humour ou précision, les mécanismes de perception – je pense par exemple à la manière dont l’épisode 7 de cette saison traitait des codes masculins en entreprise – ici tout semble se dégonfler au moment où ça pourrait devenir intéressant.
L’affaire de la semaine repose sur la mort de Dave, le directeur sportif, et la révélation progressive que Coach Willoughby est bien le meurtrier. Mais on ne voit presque rien de la relation entre Dave et Coach W., ce qui rend le mobile assez abstrait. Ce manque d'épaisseur contraste avec certains épisodes récents où les dynamiques entre victimes et coupables étaient plus étoffées, ce qui donnait du relief à l’enquête. Ici, l’intérêt repose davantage sur la mécanique, voire sur la référence sportive. Et si l’on n’est pas attaché à cet univers, on se retrouve un peu à l’extérieur. Malgré tout, Peyton finit par trouver une place intéressante dans l’épisode, surtout dans les dernières minutes.
Sa froideur, sa franchise et son refus de se plier aux attentes d’agréabilité féminine en font un personnage qui se démarque, même si on ne l’aime pas spécialement. Sa décision d’épouser un meurtrier reste incompréhensible, mais elle permet de boucler l’épisode en montrant que l’antipathie n’est pas un indicateur moral – un point qu’Elsbeth explore parfois mais rarement de manière aussi frontale. La scène finale, où on la retrouve en 2030 à la tête d’une marque de cosmétiques rachetée par un grand groupe, apporte une touche ironique qui sauve un peu l’ensemble : Peyton n’est pas une victime, pas une héroïne, pas une méchante, juste quelqu’un qui navigue dans un monde d’hommes comme elle peut. Et ça, c’est en phase avec plusieurs thématiques déjà abordées cette saison.
« Basket Case » est un épisode qui se regarde sans difficulté, mais qui me laisse un sentiment étrange, comme s’il avançait avec de bonnes idées qu’il n’avait pas vraiment envie de pousser. Les parallèles trop visibles avec une affaire réelle brouillent un peu le propos, et l'enquête elle-même manque de chair. Reste l’interaction entre Peyton et Elsbeth, qui offre quelques moments intéressants et rappelle ce que la série sait faire : montrer comment les femmes ajustent leur façon d’exister dans des environnements qui les scrutent en permanence.
Note : 5/10. En bref, « Basket Case » est un épisode qui se regarde sans difficulté, mais qui me laisse un sentiment étrange, comme s’il avançait avec de bonnes idées qu’il n’avait pas vraiment envie de pousser.
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