16 Décembre 2025
Turbulence // De Claudio Fäh. Avec Hera Hilmar, Jeremy Irvine et Kelsey Grammer.
Turbulence repose sur une idée simple et immédiatement accrocheuse : enfermer quelques personnages dans la nacelle d’une montgolfière, à plusieurs milliers de mètres d’altitude, et observer comment la situation dégénère. Le film de Claudio Fäh joue clairement la carte du thriller aérien, avec un décor unique censé suffire à installer la tension. Sur le papier, le concept fonctionne. Dans les faits, le film donne souvent l’impression de lutter contre ses propres limites. L’histoire suit Zach et Emmy, un couple marié en pleine crise, qui tente de se retrouver lors d’un voyage en Italie.
Un couple marié se lance dans une aventure en montgolfière, mais des circonstances imprévues les placent dans des situations mortelles qui mettent à l'épreuve leur amour et leur résilience alors qu'ils luttent pour survivre.
Leur balade romantique au-dessus des Dolomites tourne rapidement au cauchemar avec l’arrivée d’une troisième passagère inattendue, Julia, qui fait basculer l’excursion dans une lutte pour la survie. Dès que la montgolfière quitte le sol, Turbulence ne cesse d’empiler les dangers : altitude extrême, manque d’oxygène, pertes de connaissance, météo capricieuse, incendie, déchirure de l’enveloppe, plancher fragilisé. Le scénario adopte une mécanique claire : une crise, une réparation de fortune, puis une menace encore plus grave. C’est d’ailleurs là que le film est le plus efficace. Chaque problème impose une nouvelle action physique, souvent risquée, et oblige les personnages à sortir de la nacelle ou à s’accrocher à des câbles dans le vide.
Ces moments fonctionnent parce qu’ils exploitent une peur très basique : la hauteur. Quand la caméra s’attarde sur un pied qui glisse près du bord, ou sur une main qui cherche une prise au-dessus du vide, Turbulence trouve enfin son rythme. Le danger devient concret, immédiat, presque palpable. Malheureusement, cette tension est régulièrement affaiblie par la mise en scène. Une grande partie du film repose sur des effets numériques peu convaincants. Le recours massif au fond vert se voit trop souvent, et l’illusion de l’altitude se fissure. Quand l’image donne l’impression d’un plateau plutôt que d’un gouffre, la peur s’évapore.
Certaines séquences arrivent pourtant à créer un vrai malaise, notamment lorsque les personnages se penchent au bord de la nacelle ou tentent de se déplacer sur une structure instable. Ces instants rappellent ce que le film aurait pu être s’il avait mieux maîtrisé son rendu visuel. Le problème principal reste cependant l’écriture des personnages. Zach est présenté comme un cadre supérieur dont les décisions passées ont eu des conséquences graves. Une scène d’ouverture brutale pose les bases de sa culpabilité, mais le film n’explore jamais vraiment ce traumatisme. Très vite, cette intrigue est mise de côté au profit d’un conflit conjugal et d’un chantage assez convenu. Zach devient un mélange d’arrogance et de panique, sans réelle évolution.
Jeremy Irvine fait ce qu’il peut avec ce matériau, oscillant entre assurance forcée et peur maladroite. Le jeu reste lisible, mais le personnage manque de profondeur pour susciter un véritable attachement. Emmy, incarnée par Hera Hilmar, est réduite à son rôle d’épouse blessée, puis de survivante improvisée. Le scénario lui demande des compétences soudaines qui tiennent plus du besoin narratif que de la crédibilité. Malgré cela, Hilmar parvient à transmettre une forme de tension intérieure, notamment dans les scènes où la survie prend le pas sur les non-dits du couple. Julia, jouée par Olga Kurylenko, est sans doute le personnage le plus frustrant. Introduite comme une figure ambiguë, elle aurait pu apporter une vraie complexité morale au récit.
Le film préfère la cantonner à une fonction d’antagoniste, multipliant les décisions impulsives et dangereuses. Kurylenko tente d’apporter des nuances, mais le scénario ne lui laisse pas l’espace nécessaire pour exister autrement que comme moteur du chaos. Kelsey Grammer incarne Harry, le pilote de la montgolfière. Sa présence apporte une touche plus détendue au début, presque rassurante, avant que le récit ne l’écarte assez brutalement. Le personnage semble surtout servir à installer les règles du décor avant de disparaître, ce qui renforce l’impression que chaque rôle est conçu avant tout pour faire avancer la mécanique du suspense. Ce déséquilibre entre la survie pure et le drame humain est constant. Turbulence hésite entre thriller physique et mélodrame relationnel, sans jamais trouver un vrai point d’équilibre.
Les scènes de conflits personnels ralentissent souvent le rythme, alors que le film est bien plus convaincant lorsqu’il se concentre sur la gestion des risques, la peur de tomber et l’urgence des décisions. La réalisation de Claudio Fäh pousse clairement vers l’escalade. Les dangers arrivent vite, parfois trop vite, et certaines réactions des personnages demandent une suspension d’incrédulité assez large. Des choix illogiques sont faits uniquement pour relancer la tension, ce qui peut sortir du film. Les amateurs de thrillers accepteront peut-être ces raccourcis, tant que le spectacle tient, mais ils restent visibles. Sur le plan technique, la musique accompagne efficacement l’action sans trop en faire.
Le montage maintient un certain dynamisme, même si le film donne parfois l’impression de répéter le même schéma. À 91 minutes, Turbulence évite l’ennui total, mais laisse aussi un goût d’inachevé. Au final, Turbulence est un thriller à concept qui fonctionne par à-coups. Quand il mise sur la peur du vide et les dangers physiques, il devient prenant. Dès qu’il s’attarde sur des personnages trop peu écrits, il perd de son impact. Le film n’est ni catastrophique ni marquant. Il propose quelques sensations efficaces, mais reste limité par des effets visuels inégaux et une dramaturgie trop utilitaire.
Note : 4.5/10. En bref, Turbulence donne l’impression d’un exercice de genre honnête, parfois tendu, souvent maladroit, qui rappelle que le vide sous les pieds peut être bien plus effrayant que les conflits humains censés l’accompagner.
Prochainement en France en SVOD
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